Au cœur du centre-ville de Strasbourg, dans une ruelle perpendiculaire à la très fréquentée Grand’Rue, la rue des Lentilles abrite un joli bijou : l’Atelier Alma. Depuis septembre 2025, Amalia Buchy y a posé sa machine à coudre, ses tissus et ses idées pour imaginer ses créations. On a poussé les portes de son atelier pour la rencontrer et parler de ses projets de rentrée.
Pour Amalia, la couture, c’est avant tout une histoire de famille et de transmission. « Ça m’a toujours collé à la peau », s’exclame-t-elle avec le sourire. Petite déjà, elle bricolait avec sa fratrie, sous l’œil avisé de sa mère, à partir d’assemblages de tissus. « J’ai toujours vu ma grand-mère coudre », confie-t-elle. Au Pérou, où vit une partie de sa famille maternelle, plusieurs de ses tantes ont choisi d’en faire leur métier. Qu’elles soient amatrices ou professionnelles, elle a grandi entourée de couturières.
Pourtant, Amalia peine encore à se définir : « Je confectionne, je crée des vêtements, je suis dans le textile… Créatrice, couturière : je n’ai pas encore trouvé le terme avec lequel je suis complètement à l’aise. »
L’aventure de l’Atelier Alma commence en 2020 pendant la pandémie de Covid-19. Confinée et à la recherche d’une activité pour passer le temps, Amalia parcourt les pages des célèbres magazines de couture « Burda ». Pendant des heures, elle potasse les nombreux tutoriels et patrons, avant de se prendre au jeu et de confectionner ses premiers vêtements.
En 2023, fatiguée par son ancien métier et animée par une envie de changer de vie, Amalia intègre le programme de couture « Métier de la mode vêtement flou » de l’école Artesane. Après avoir longtemps travaillé depuis son salon, elle décide en septembre 2025 d’emménager dans son atelier de la rue des Lentilles.
L'âme de l'atelier
En poussant la porte du petit local, on entre dans un tourbillon de couleurs et de détails. Pour les amateurs/rices d’« easter eggs », le lieu est un véritable terrain de jeu.
Les murs sont couverts de photos, de tissus, de motifs et de petits mots griffonnés par Amalia ou laissés par ses proches. À droite, un portant sur lequel pendent des pièces fraîchement terminées. À gauche, une table de découpe sur laquelle traînent des mètres à ruban, des ciseaux et des tissus. Le local déborde de vie et porte les traces du travail en cours.
Lorsqu’elle a sauté le pas, Amalia a choisi d’ouvrir un atelier plutôt qu’une boutique : « Je voulais un espace de travail vivant, qui grouille. » Le lieu a avant tout été aménagé pour créer, travailler, expérimenter… Mais il est possible de le moduler au gré des besoins. En juillet dernier, il s’est par exemple transformé en boutique le temps d’une soirée.
Si l’endroit a été pensé « sur mesure », c’est parce que la créatrice y passe beaucoup de temps. « À l’atelier, je me sens chez moi », explique-t-elle. Dans son cocon, mais aussi sur les marchés de créateurs/rices ou sur les réseaux sociaux, les membres de sa famille ne sont d’ailleurs jamais bien loin, toujours prêt(e)s à jouer les modèles et à poser dans ses créations.
Faire dans la dentelle (et dans le jean)
Pendant sa formation, Amalia se découvre une véritable passion pour le travail du jean. « Coudre cette matière, c’était comme une addiction. » Pantalons, tops, vestes : avec ses premières pièces, elle ose le total look jean et explore le réputé « tissu bleu » sous toutes ses formes.
Malgré son amour pour le denim, Amalia a ensuite envie d’explorer d’autres matières. En 2024, elle se tourne alors vers une matière plus délicate et crée un sac à la fois pratique et élégant. La première pièce « star » de l’atelier voit le jour : le sac dentelle.
Inspirée par les joies et les peines du quotidien, Amalia nous confie : « J’adore créer quand il m’arrive des choses. Mon inspiration est très attachée aux aspects émotionnels de ma vie. » Derrière chaque pièce se cache donc un petit morceau de son histoire.
À l’automne 2025, Amalia s’est inspirée d’un vêtement emblématique des côtes bretonnes pour imaginer la nouvelle pièce de l’Atelier Alma : la vareuse. « À l’origine, c’est un vêtement de travail », précise-t-elle. Autrefois fabriquée à l’ouest par les marins-pêcheurs grâce aux chutes de tissu de voile de leurs bateaux, elle a été pensée pour sa résistance, son étanchéité et son confort.
Chez Atelier Alma, les éléments caractéristiques de la vareuse (col V boutonné, poche intérieure…) et son confort sont conservés. Mais puisque le vêtement n’a plus vocation à voguer en mer, la créatrice en varie les matières, couleurs et motifs, lui donnant ainsi davantage de caractère.
Jolies vareuses... Et jolies valeurs
Chez Amalia, pas d’étoffes commandées sur Internet. Fouiller, prendre le temps de regarder et surtout de toucher les matières, c’est essentiel. Passionnée par les marchés aux puces et les brocantes, la créatrice a pris l’habitude de se déplacer pour acheter. « Pour les tissus et pour tout le matériel de l’atelier, je me source localement. » Une manière de consommer qu’Amalia veut plus locale, plus responsable et moins tournée vers le neuf.
Quant à l’épineuse question du genre dans le monde du vêtement, la couturière nous explique à propos de ses vareuses : « Je trouve ça fabuleux que ce soit unisexe. J’aime l’idée que mes créations n’aient pas de genre et qu’elles soient juste adaptées à la personne et à ses mesures. » Une initiative rafraîchissante à l’heure où l’industrie de la mode peine toujours à dégenrer ses collections.
Restez connecté(e)s ! Amalia prépare très prochainement un nouveau « drop » de vareuses et de sacs pour notre plus grand plaisir. Pour suivre ses aventures à l’atelier ou dans les prochains marchés des créateurs/rices, il suffit de cliquer ici.


