À l’occasion d’un point presse organisé ce jeudi 10 septembre à la chambre d’agriculture à Schiltigheim, l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace a alerté sur sa situation critique. Les rendements sont en berne et les récoltes présentent, pour la plupart, des défauts de calibre.
« Acheter des fruits et légumes d’Alsace aujourd’hui, c’est permettre à nos producteurs d’exister demain ». L’interprofession alsacienne a tiré la sonnette d’alarme ce 10 septembre depuis la chambre d’agriculture d’Alsace, suite aux différentes vagues de chaleur survenues cet été dans la région.
« Je pensais que 2003 [canicule historique en France, NDLR] serait notre pire année. Je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse en arriver là », souffle Pierre Barth, président de l’IFLA, l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, en introduction de cette réunion à caractère « exceptionnel ». Le décor est planté.
Car cet été, l’agriculture alsacienne a essuyé tous les supplices, comme dans le reste de l’Hexagone. Les températures records ont été combinées à une hygrométrie très faible. Le Grand Est, l’une des régions les plus touchées, a composé avec « 47% de précipitations en moins depuis le début de l’année, avec des niveaux de sécheresse jamais atteints », introduit Fabien Digel, directeur de l’IFLA.
Pour les cultures en cours de récolte, des rendements « sans doute pires que ce qu’on attendait »
À la rentrée, le bilan est sans appel : les rendements sont au plus bas. « Globalement, on recense des pertes de 20% à 30% toutes cultures confondues, même sur des parcelles avec irrigation », déplore Pierre Barth.
Certaines cultures sont en réalité beaucoup plus touchées que d’autres, comme les salades ou les tomates. « Pour les poires, les pommes, les choux et les pommes de terres, toujours en cours de récolte, les résultats sont sans doute pires que ce qu’on attendait ».
Dans le détail, les pommes de terre affichent, au minimum, des rendements inférieurs de moitié sur les parcelles non irriguées comparé à une année normale. Pour la production restante, il faut encore survivre aux germinations provoquées par ces chaleurs intenses ou aux attaques de taupins. « En trente-deux saisons, on n’a jamais vu ça », glisse un producteur au micro.
Pire encore, les quetsches, emblèmes alsaciens, ont connu une baisse de rendement atteignant jusqu’à 80%, comme la salade, principale victime de l’été, dont certaines parcelles ont perdu jusqu’à la totalité de leur production.
Il faudra qu'on trouve d'autres dispositifs, comme des reports de crédit, sinon des entreprises vont devoir cesser leur activité.
Autre grande problématique soulignée par l’ensemble des acteurs/rices présent(e)s ce 10 septembre : les calibres des fruits et légumes, sensiblement plus petits qu’habituellement, stoppés dans leur croissance par les différents pics de chaleur.
Une fois le constat posé, Pierre Barth s’interroge. « Comment passer cette année compliquée ? ». En responsabilisant chaque maillon de la chaîne agroalimentaire pour commencer. « Il faut prendre conscience que notre alimentation et notamment les fruits et légumes sont en danger. Que ce soit les consommateurs, les grossistes ou la restauration collective, chacun à son niveau peut nous aider à survivre ».
Car malgré une baisse de la production, il y a bien des produits qui débarqueront dans les rayons. « Il faut à tout prix réussir à la vendre. Il faudra une légère tolérance sur l’agréage des produits agricoles dans les magasins ». Le président de l’IFLA entend notamment sensibiliser le/la consommateur/trice aux fruits et légumes « moches », plus petits ou d’une couleur différente.
Le soutien attendu des « consomm’acteurs »
En parallèle, Pierre Barth, envoie un signal clair aux grands distributeurs, dans un contexte où les coûts de production repartent à la hausse. « Une grande partie de la perte de valeur de nos produits passe par les promotions. Cette année, on n’en a pas besoin, il faut en faire moins, voir pas », clame-t-il.
Selon lui, le plan d’urgence agricole et le milliard d’euros débloqué par le gouvernement ne suffiront pas à éponger des pertes annuelles « qui se chiffrent quasiment à dix milliards d’euros. Ce qui me dérange le plus, c’est que les fruits et légumes ont très peu accès à ces dispositifs. Donc on compte sur le consommateur et il faudra qu’on trouve d’autres dispositifs, comme des reports de crédit, sinon des entreprises vont devoir cesser leur activité ».


