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« Ils sont au centre de ma vie » : avec 7 Strasbourgeois(es) qui font passer l’amitié avant le reste

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Il y a ceux que l’on retrouve tous les jeudis dans un bar de la Krutenau, celles avec qui l’on célèbre les bonnes nouvelles au Molodoï, et d’autres avec qui l’on partage les grandes décisions comme les petits riens du quotidien. Pourtant, l’amitié reste encore difficile à définir : entre évidence intime et lien souvent moins reconnu que d’autres, de belles histoires amicales se construisent chaque jour à Strasbourg, en dehors des modèles qu’on leur impose parfois.

Rencontres au bout du monde, échanges virtuels ou amitiés d’enfance, Vanessa, Maxime, Alexandre, Agathe, Yannick, Marie et Adrien* nous racontent les relations qui façonnent leur vie dans la capitale alsacienne.

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Et vous, vous les avez rencontrés où, vos meilleur(e)s ami(e)s ?

Il arrive que les grandes histoires d’amitié commencent avant même la naissance. C’est le cas de Vanessa, 34 ans, encadrante dans la fonction publique territoriale à Strasbourg, dont la rencontre avec sa meilleure amie Déborah remonte à la maternité. « Nos mamans étaient déjà amies, et c’est même grâce à ma mère que ses parents se sont rencontrés. C’est ma copine de fœtus ! », plaisante-t-elle.

D’autres liens naissent d’un heureux hasard. Alors qu’elles vivaient à seulement deux rues l’une de l’autre dans la capitale alsacienne sans jamais s’être croisées, Marie et Chloé se sont rencontrées… à Katmandou : « Il a fallu le Népal pour que nos vies se rejoignent », sourit Marie. Une amitié qui s’est ensuite construite doucement, « comme en amour », jusqu’à mener à la création d’un podcast commun sur le voyage, Tiger Rainbow

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Chloé, Bissap l'âne et Marie. © Document remis

La proximité physique n’est pourtant pas toujours nécessaire pour qu’un lien se crée. Pour Yannick, responsable hygiène de 38 ans, tout commence derrière un écran avec Stéphanie. Jeux vidéo, discussions et passions communes rythment leurs échanges à distance pendant près de 18 ans, avant qu’ils ne se rencontrent enfin en vrai. « J’ai eu l’impression que notre conversation reprenait simplement là où nos échanges virtuels s’étaient arrêtés », raconte Yannick.

Et puis certaines amitiés se construisent simplement à force de se croiser. Adrien*, serveur de 27 ans, a ainsi vu son groupe de potes se former derrière le comptoir du bar strasbourgeois dans lequel il travaillait à l’époque : « À la base, c’étaient des clients habituels. À force de se croiser, on s’est rapidement rapprochés, puis liés d’amitié. Maintenant, je fais tout avec eux. »

De vrais compagnons de route

Une fois les premiers liens créés, certaines amitiés finissent par dépasser le simple partage de bons moments. Elles s’inscrivent dans le quotidien, accompagnent les grandes étapes et deviennent parfois des histoires que l’on construit à plusieurs. Adrien l’a particulièrement ressenti après le décès de son père l’année dernière : « Mes amis m’ont énormément aidé, et n’ont pas hésité une seule seconde à sonner à ma porte et m’apporter du réconfort. »

Cette attention se retrouve aussi dans des gestes très concrets. Agathe, une graphiste de 23 ans, se souvient du départ d’une amie proche vers Paris. « Pendant toute la semaine, on s’est rendus disponibles : cartons, meubles, allers-retours… Personne ne s’est demandé si c’était contraignant, c’était simplement évident d’être là. » Pour elle, cette entraide fait partie de ce qui distingue les amitiés fortes : une présence qui ne se négocie pas.

Pour Maxime, 32 ans, certaines amitiés deviennent aussi des espaces où l’on grandit ensemble. Avec Lilou, le « coup de foudre amical » arrive sur les bancs de l’école en 2017 : « C’est tout simplement mon âme sœur », raconte-t-il. Une complicité qui se renforce lors d’un séjour de cinq mois en Amérique du Sud, puis pendant sept années de vie commune à Strasbourg, dans trois appartements différents. En parallèle, avec une troisième amie, ils se lancent dans la création d’un lieu de vie culturel et social : « Un intense projet professionnel, mais surtout projet de vie », qui ne fait que renforcer leur lien.

Maxime amitié 2 bis
Maxime qui cuisine avec ses ami(e)s. © Document remis

Une volonté de partager davantage que des souvenirs que l’on retrouve également chez Alexandre, 30 ans, et son meilleur ami Matthieu. Avec leur groupe de potes, ils imaginent même un futur où la solidarité occuperait une place centrale : « On aimerait acheter avec nos proches un ensemble immobilier pour créer notre propre microcosme amical, une mini-communauté pour s’entraider au quotidien. »

Une façon d’imaginer l’amitié comme un projet collectif, sur le long terme.

voiture hellfest – Alex (gauche) et Matthieu (droite)
Alexandre et Matthieu. © Document remis

Faire durer l’amitié quand la vie change

À l’âge adulte, les emplois du temps se remplissent, les trajectoires évoluent et les occasions de se voir peuvent parfois se faire plus rares. Pourtant, certaines amitiés trouvent leurs propres manières de traverser le temps, comme dans le cas de Vanessa : « Nous pouvons ne pas nous voir pendant de nombreux mois et pourtant nous retrouver, comme si nous nous étions quittées la veille. » Pour entretenir ces liens, elle mise sur des échanges réguliers, mais aussi sur des moments privilégiés avec chacune de ses amies : une journée spa, un repas à la maison, un apéro qui s’éternise ou une longue discussion pour refaire le monde.

D’autres choisissent de créer leurs propres rituels. C’est le cas d’Alexandre et de ses proches, qui organisent chaque année un deuxième Noël entre potes, avec menu préparé plusieurs semaines à l’avance, karaokés et cadeaux. « C’est ça la force de ce groupe d’amis, l’entraide, la bonne entente et l’esprit de famille choisie. » Le reste du temps, leur complicité continue aussi de passer par des messages, des recettes, des vidéos ou des mèmes envoyés sur les réseaux sociaux.

Alexandre et sa bande
Alexandre et sa bande. © Document remis

Chez Adrien, l’amitié se cultive davantage dans la spontanéité : « Je les vois un jour sur deux et quand je ne les vois pas ils viennent quand même me voir au restaurant où je travaille. Même sans s’écrire, on se croise à l’Exils qui est notre QG. » Entre habitudes installées et retrouvailles improvisées, son groupe fonctionne presque naturellement, comme une présence quotidienne.

Si les échanges numériques font désormais partie des habitudes de nombreuses amitiés, Maxime, lui, dit avoir beaucoup de mal avec les appels. S’il opte quand même pour de longs vocaux avec ses relations à distance, c’est lorsqu’il retrouve ses proches en tête-à-tête qu’il en profite le plus, lors de longues soirées prolongées : « Se raconter, s’écouter, rire, se soutenir, s’offrir notre honnêteté, se comprendre, et s’aimer en fait. » Des façons différentes d’entretenir nos liens, qui interrogent aussi la place que l’on leur accorde réellement.

Maxime amitié bis
Maxime et ses ami(e)s. © Document remis

Et si l’amitié sortait enfin des cases ?

On connaît les grandes étapes que la société nous invite à célébrer : la rencontre amoureuse, le couple, la famille. Pourtant, d’autres relations participent tout autant à construire une vie, sans toujours bénéficier de la même reconnaissance. Pour Marie, cette hiérarchie n’a jamais eu beaucoup de sens : « L’amitié, chez moi, est toujours passée avant les relations romantiques, ce qui m’a d’ailleurs souvent été reproché par les personnes avec qui j’ai relationné. Mes amis sont au centre de ma vie et de mon équilibre. »

Un constat partagé par Agathe, qui observe qu’à l’âge adulte, beaucoup de projets semblent encore pensés autour du couple : le logement, les vacances, la famille… « Comme si l’amitié devenait forcément secondaire. Pourtant, je ne le ressens pas du tout comme ça. Pour moi, une relation amicale peut être aussi profonde, durable et structurante qu’une relation amoureuse. » Pour elle, cette forme d’amour tient justement à son absence d’obligation. On choisit de rester, simplement parce que le lien existe.

Agathe amitié
Ami(e)s d'Agathe. © Document remis

Yannick, lui, pointe une autre forme de pression sociale : celle qui entoure les amitiés entre hommes et femmes. Alors que son cercle amical occupe une place aussi importante que sa famille ou sa conjointe dans ses décisions de vie, il regrette que ces relations soient encore parfois soupçonnées d’être intéressées : « Pour moi, ces liens devraient pouvoir exister sans être constamment questionnés. »

Agathe amitié 3 bis
© Document remis

Marie aimerait ainsi que l’amitié soit enfin estimée à la hauteur de ce qu’elle représente dans nos vies : « J’aimerais qu’on arrête de considérer l’amitié comme une relation secondaire, une salle d’attente avant le ‘vrai’ engagement que serait le couple. Elle mérite d’être reconnue comme un lien à part entière, capable de porter une vie entière, avec autant de profondeur, de fidélité et d’engagement qu’une histoire romantique. »

Une réflexion qu’elle invite à prolonger avec la lecture de Nos puissantes amitiés d’Alice Raybaud, qui explore justement la place que ces liens occupent, ou pourraient occuper, dans nos existences.

*Le prénom a été modifié

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