Avec des moyens supplémentaires et un tout nouveau directeur artistique, La Pokop compte prendre encore plus de place dans le paysage culturel strasbourgeois. Théâtre, danse, musique, drag, cabaret et formes hybrides : la nouvelle programmation s’étendra désormais tout au long de l’année. Le tout en continuant de mettre en avant les artistes émergent(e)s et la création étudiante.
Depuis son ouverture en 2022, La Pokop a accueilli de nombreux spectacles et événements et s’est laissé l’espace d’expérimenter pour réussir à trouver sa propre identité. Cette rentrée, la salle de spectacle cofinancée par le Crous et l’Université de Strasbourg entame une saison charnière.
Une augmentation des financements, issue en partie de la réorientation du budget jusqu’alors alloué au festival Démostratif, a notamment permis l’embauche d’un directeur artistique. Et c’est Théophile Dubus qui a été choisi pour doter La Pokop d’une programmation à la hauteur de ses ambitions.
« Pour qu'on se réunisse, pour rire, pleurer, réfléchir, trouver du courage »
Après avoir fait ses armes à Lyon, puis à Tours, le comédien, metteur en scène, auteur et directeur de la compagnie FEU UN RAT ! a posé ses valises dans la capitale européenne début septembre. « La Pokop a accueilli plein d’événements, mais il y avait plusieurs directions à la fois, sans une ligne de programmation bien à elle », explique-t-il. Une évolution qui s’inscrit dans la continuité de ce qui a déjà été développé : une salle tournée vers les étudiant(e)s, mais aussi vers l’émergence artistique, avec l’envie d’en faire un véritable lieu ressource pour celles et ceux qui créent.
C’est une équipe jeune de quatre personnes qui est mobilisée à temps plein tout au long de l’année. Mais pas loin d’une cinquantaine de personnes participent aussi de près ou de loin au fonctionnement de la salle comme les équipes culturelles du campus, le SUAC, des intermittent(e)s du spectacle, des stagiaires en technique, etc.
Le poste de directeur artistique repose sur trois volets. La programmation, avec la diffusion de spectacles mais aussi l’accueil de résidences, au plateau comme à l’écriture. Chaque semestre, La Pokop accueillera cinq à six spectacles, deux à trois résidences et une résidence d’auteur/rice. Ensuite, la coordination des événements coportés par le Crous, la Carte Culture et les autres dispositifs du campus.
Et enfin, la création, car Théophile a aussi été embauché en tant qu’artiste. « Mon travail, c’est de faire des spectacles », avec une attention particulière portée sur le comique et sur le rire contemporain. « J’ai envie d’utiliser des chemins détournés, légers, pour amener des choses plus graves ou plus philosophiques. Si j’ai envie de faire des spectacles, c’est pour qu’on se réunisse, pour rire, pleurer, réfléchir, trouver du courage. Et éventuellement trouver de quoi résister à ce qu’on va devoir affronter. »
Faire confiance à la jeune génération
Plutôt que d’essayer de penser à des thématiques qui intéressent les étudiant(e)s, le directeur artistique préfère faire confiance à la curiosité de ce public. Même principe pour les jeunes artistes qu’il compte programmer au cours de l’année. Il veut éviter un cadre trop strict ou une thématique imposée, pour permettre à la génération actuelle de faire émerger les sujets qui la préoccupent. « J’ai l’impression que cette génération n’a pas peur de se salir les mains », observe-t-il.
Pour dénicher les spectacles à programmer, le nouveau directeur s’appuie sur les festivals dédiés à l’émergence. Mais aussi sur les artistes qui viennent directement vers lui. Celles et ceux de Strasbourg et de la région auront évidemment leur place, mais pas seulement. « Ce sera moitié-moitié : Grand Est et Eurométropole d’un côté, national et international de l’autre. » Parmi les premières pistes potentielles, des artistes venu(e)s de Belgique et du Mali.
Au fil de ses rencontres avec différentes équipes artistiques, Théophile a d’ailleurs repéré plusieurs thématiques récurrentes. Beaucoup explorent le rapport de l’humain à l’objet, à l’inanimé, à la machine, les liens entre arts et sciences, les nouvelles technologies et l’IA. Mais aussi la soi-disant séparation entre l’Homme et l’artiste, les violences sexistes et sexuelles, ce qu’on en fait, comment réparer, ou encore les identités mouvantes. Autant de questions que les jeunes créateurs/rices n’ont pas peur d’aborder frontalement.
Une autre tendance a également retenu son attention : le besoin de refuge. « Pour se sentir bien, on a besoin de soigner nos espaces communs, intérieurs, d’être en sécurité ensemble, face au chaos climatique, au fascisme et à l’extrême droite qui tambourinent à nos portes. »
Des créations artistiques aux formes hybrides
Théâtre, danse, musique, improvisation et même cinéma : la programmation à venir se veut pluridisciplinaire. Mais ce qui intéresse particulièrement Théophile, ce sont les formes hybrides, qui se font de plus en plus nombreuses, notamment du côté du cabaret, du théâtre documentaire ou du drag.
Toute la première partie de saison, une carte blanche est donnée à Sacha Vilmar, ancien directeur artistique du festival Démostratif. De septembre à novembre, sept spectacles sont à découvrir autour de la thématique « Grotesque ! ». Avec notamment la sortie de résidence des Aventures de Kitti, prévue le 9 octobre prochain, un projet « complètement inclassable », sorte d’ovni entre le music-hall, le conte et le documentaire. Le drag king Dany Hot rejoindra d’ailleurs sur scène Théophile, ou plutôt Objette, son alias drag. Et il se pourrait bien qu’elle fasse souvent apparition à La Pokop pour « semer la terreur et la joie ».
Pour le reste de la programmation, il faudra patienter jusqu’à la fin de l’année pour que celle-ci soit entièrement dévoilée. Le tout avec une grille tarifaire qui se veut la plus abordable possible : 2€ pour les étudiant(e)s, 4€ pour les personnels de l’Université et les partenaires, 10€ pour le grand public. De nombreux événements proposés par le Crous seront, quant à eux, entièrement gratuits.
Un lieu de vie ouvert à toutes et tous
La Pokop ne veut pas seulement montrer des spectacles, elle veut aussi accompagner celles et ceux qui les fabriquent. En proposant d’un côté un accompagnement administratif, ouvert aux artistes en début de parcours. De l’autre, des temps de réflexion autour d’une question précise, intitulés « Les Goûters de la dramaturgie », auxquels les équipes artistiques peuvent s’inscrire, pour faire relire leur dossier ou trouver un titre à leur spectacle par exemple.
Les associations étudiantes ont aussi leur place. L’ARTUS viendra présenter trois de ses créations et proposera à ses adhérent(e)s un atelier de création et de régie lumière, avec le matériel de la salle. « Les théâtres, c’est des maisons dans lesquelles on est censé se sentir bien et où on peut se parler », précise Théophile. Mais pas question de réserver la salle au seul monde universitaire. Il tient à rappeler qu’elle est ouverte à toutes et tous.
Pour penser son espace comme un lieu ouvert et adapté à toutes et tous, la Pokop propose aussi le 19 novembre prochain une visite tactile du décor et une représentation de Tous coupables sauf Thermos Grönn en audiodescription pour les personnes malvoyantes. L’équipe aimerait aussi organiser des séances labellisées « Culture relax », où le public peut entrer et sortir de la salle librement, loin des codes du théâtre traditionnel. À l’accueil, une trousse sensorielle est déjà à disposition, avec casque anti-bruit, lunettes de soleil et fidgets pour les personnes neuroatypiques.
Une brochure en FALC (facile à lire et à comprendre) et en version audio devrait aussi voir le jour. Le 9 octobre, les personnes de l’équipe seront formées pour devenir souffleuses d’images. Elles pourront ensuite être placées en salle à côté d’une personne malvoyante lors des spectacles et décrire à voix basse ce qui se passe sur scène.


