Le dimanche 24 mai, le CRIG Rugby d’Illkirch-Graffenstaden a réalisé un immense exploit en s’imposant sur la pelouse du Grand Dole, pourtant grand favori. Une victoire qui permet au club alsacien de monter en Fédérale 2 pour la première fois de son histoire. Cette montée vient récompenser les efforts de tout un groupe de potes, unis dans la victoire comme dans la défaite.
Au coup de sifflet final, personne n’osait y croire. À l’issue d’une rencontre aller-retour qui laissait peu de place aux rêves, les joueurs alsaciens du CRIG Rugby d’Illkirch-Graffenstaden ont réussi une improbable opération remontada sur la pelouse du Grand Dole (Jura). Une victoire au forceps pour décrocher la plus belle récompense de l’histoire du club : une montée en Fédérale 2.
Ce précieux sésame est venu couronner une saison pas toujours simple, alors que les rugbymans luttaient depuis plus de quatre ans pour décrocher cette montée. « C’était de la joie, des pleurs de joie », commente Hugo De Combejean, 21 ans et numéro 15 de l’équipe.
« Quand la balle sort en touche, tu commences à avoir des larmes qui coulent toutes seules. Je ne peux même pas fêter en fait, je m’écroule au sol et je repense à toutes les années au CRIG. Je trouve ça fou de monter et de vivre ce moment », ajoute Charles Samson, 19 ans et troisième ligne.
Au moment de mettre des mots sur cet improbable succès, Hugo résume assez simplement. « On est juste des copains. Ça fait 4 ans qu’on est ensemble, qu’on cravache à tous les entraînements, qu’on perd, qu’on pleure, qu’on rigole, qu’on gagne, qu’on fait tout ensemble. »
L'ancrage local, l'ADN du CRIG
C’est bien là que réside la puissance de cette équipe du CRIG. La majorité des joueurs ont été formés au club et se connaissent pour la plupart depuis de nombreuses années.
« Il y a quelques mecs, j’ai grandi avec eux, c’est mes meilleurs amis. Pour le reste, les plus anciens nous ont appris tant de choses sur le rugby et sur la vie. On aurait pu se dire qu’il y aurait une petite cassure à cause de l’âge entre les deux groupes. En fait, ça s’est super bien passé, il y a une super cohésion », analyse Charles.
J'ai monté mon club de cœur en Fédérale 2 et c'est le plus beau sentiment du monde.
Car ce groupe est en réalité un assemblage de deux générations. « C’est vraiment une bande de potes de trentenaires et une bande de potes avec 10 ans de moins. Ce qui est extraordinaire, c’est que la mayonnaise a pris entre nous. C’est vraiment le passage de témoin », confirme Hugo Rapp, 35 ans, demi d’ouverture.
Celui qui est l’un des cadors de ce groupe a connu le monde du rugby professionnel dans sa carrière, tout comme Rafaël Cordier, formé au club et ancien pensionnaire de Pro D2 avec Bourg-en-Bresse. Les deux Alsaciens ont même évolué sous le même maillot en Nationale, avant de signer leur retour dans leur région natale.
« J’avais fait sport-étude à Strasbourg. Mes amis qui n’ont pas souhaité aller plus loin dans leur carrière ont posé leur valise à Illkirch. Quand je suis rentré, j’avais à cœur de les rejoindre. Porter le même maillot que ses amis d’enfance, ça n’a pas de prix », témoigne Hugo Rapp.
« Avec Hugo Rapp, on est revenu pour faire monter le club, c’était notre but, de remettre le rugby alsacien et le CRIG sur la carte. C’est un accomplissement. C’est pas mal d’émotions parce que moi je suis un enfant du club », ajoute Rafael.
« C'est un rêve éveillé »
Justement, les autres enfants du club ont vécu une soirée de rêve ce dimanche 24 mai. « C’est un rêve éveillé. Ça fait deux semaines maintenant et je pense que je commence juste à réaliser. C’est une énorme fierté de se dire que je fais partie de cette aventure. J’ai monté mon club de cœur en Fédérale 2 et c’est le plus beau sentiment du monde », raconte Hugo Rapp, licencié au CRIG depuis ses 4 ans.
Charles aussi joue sous ces couleurs depuis des années. « À la fin du match, quand tu serres la main de tes coachs de quand tu avais 6 ans et qu’ils disent ‘Tu as fait un bon match’… Il y a une émotion indescriptible. Tu regardes le chemin que tu as parcouru. C’est ce que je raconterais à mes gosses. Tous mes souvenirs de rugby sont au club. »
Les deux anciens joueurs pro évoquent eux aussi cette soirée comme l’un de leurs plus beaux souvenirs. « J’ai connu des moments magnifiques dans ma carrière, mais vivre un moment comme ça, avec mes potes… On a été sur un nuage pendant une semaine. Ça a été si particulier émotionnellement. On pourra dire qu’on a réussi à faire monter le club », souffle Hugo Rapp.
Le joueur a d’ailleurs mis officiellement un terme à sa carrière à l’issue de ce match. « C’était ma dernière saison. Plusieurs fois on m’a posé la question ‘pourquoi pas une dernière ?’. Mais finir comme ça, c’est juste extraordinaire. » Rafael lui aussi y a songé. « Je pensais clairement m’arrêter là-dessus, mais c’est impossible. »
Clairement, on est revenus de la période du rugby pro en dépression. Je voulais arrêter le rugby.
Car un défi de taille attend désormais les joueurs du CRIG Rugby, l’adaptation à une nouvelle division et à un niveau de jeu inévitablement plus élevé. Pour cela, ils pourront compter sur la nouvelle génération, qui est déjà montée en puissance cette année, alors que le club vivait une saison compliquée.
« Bizarrement, c’est peut-être l’année où le club y croyait le moins. Il y avait pas mal de joueurs de ma génération qui arrêtaient petit à petit. Et finalement les jeunes ont complètement pris le pas de l’équipe et sont montés en qualité, ils ont été extraordinaires », admet Hugo Rapp.
Car si les anciens pros ont amenés avec eux toute leur expérience, la jeunesse du CRIG a aussi été déterminante cette saison. « On est très exigeant avec nous et avec eux, et des fois pas de la bonne manière. Il y a une quinzaine d’années, le rugby était beaucoup plus dur. On a eu l’habitude d’avoir des entraîneurs horribles avec nous. Les jeunes nous permettent de nous relâcher, ils sont plus dans la déconne, ils nous ont mis la banane en fait et ça a parfaitement fonctionné », avoue Rafael.
Une transition à amorcer pour le club alsacien
« Clairement, on est revenus de la période du rugby pro en dépression. Je voulais arrêter le rugby. Le plaisir de jouer en amateur avec des copains, ça n’a pas de prix. »
Au-delà du terrain, la « jeunesse dorée » du CRIG a aussi réussi à déstabiliser les anciens. « On leur ramène le côté festif de la troisième mi-temps », plaisante Hugo, dont le propos est immédiatement confirmé par Rafael.
« Ils sont fous, vraiment, ils sont fous. Nous on faisait la fête ok, mais eux, ils sont fous, mais on découvre plein de choses. Ces nouvelles générations, elles me régalent. »
Reste maintenant à préparer la saison prochaine, et le club va devoir entamer un virage tout en conservant l’ADN qui a fait son succès : la culture locale et le mix des générations. Avec la tâche délicate d’évoluer à l’échelon le plus élevé de la région.
« Merci pour les émotions. Je vous aime tous. C'était magnifique »
« Il va falloir se structurer rapidement. On a deux mois pour structurer le rugby alsacien, pour essayer de fédérer autour de ce club », commente Hugo Rapp. « Le rugby prend une place de plus en plus importante en France. C’est devenu clairement le deuxième sport national. Quand on regarde la carte de la France, les clubs de haut niveau sont dans le Sud et à Paris. Il y a Vannes, en Bretagne, qui a réussi à créer un vrai projet. C’est à nous maintenant de construire et je pense que le public suivra. »
« Là on m’a déjà mis un peu la pression au niveau de la muscu », s’amuse Charles, conscient du défi qui attend le CRIG. « On va essayer de faire monter le rugby alsacien au plus haut, on va tout donner en tout cas. ». Avant de conclure : « Merci pour les émotions. Je vous aime tous. C’était magnifique. »
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