Ouvert en 1996 après la transformation d’une ancienne usine, le dojo de l’Aikikai de Strasbourg, association d’aïkido, vient d’être vendu pour être transformé en complexe immobilier après quatre années d’incertitude. Les adhérent(e)s de l’association pratiqueront désormais à Schiltigheim, rue Louis-Pasteur.
« C’est le dernier stage ici, hors de question d’être dans le pathos ! Je veux que l’on pratique en se souvenant des moments de joie vécus dans ce lieu pendant ces 30 années. Ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est une poursuite et le début de plein de belles choses en aïkido ! », lance Gabriel Valibouze sensei, (le maître en japonais). L’homme aux cheveux gris a consacré ses 50 dernières années à la pratique de l’aïkido.
Il est aujourd’hui 7e dan Shihan, un titre japonais d’enseignement, et titulaire d’un brevet d’État en aïkido. Face à lui, une vingtaine de pratiquantes et pratiquants aligné(e)s, assis sur leurs talons, écoutent avec attention.
Âgées de 10 à 80 ans, ces personnes portent toutes et tous un « gi » blanc, la tenue de pratique en aïkido. Les plus anciens et anciennes portent aussi un « hakama » couleur bleu foncé ou noir, l’habit traditionnel japonais pour la pratique de cet art martial apparu à la fin du premier quart du XXe siècle. Pour l’entraînement, pas de différences de sexe, de poids ou de niveau : en aïkido tout le monde pratique ensemble.
Une ancienne fabrique de cartes postales réaménagée
Ils et elles sont venu(e)s d’un peu partout en Alsace pour deux jours d’entraînement lors de ce dernier week-end de février. Ce stage est le dernier événement de la sorte au dojo situé route des Romains à Koenigshoffen. Fin avril, le lieu doit être vidé avant d’être détruit pour la construction d’une résidence immobilière.
« Nous avons inauguré ce dojo en 1996 après mes séjours au Japon et aux États-Unis pour apprendre et perfectionner ma pratique de l’aïkido, se remémore Gabriel Valibouze sensei, 70 ans aujourd’hui. Il faut bien comprendre que nous avons acheté ce bâtiment qui était une usine de fabrication de cartes postales. Il a fallu tout aménager pour pouvoir pratiquer ! »
Tatamis, mousse de protection, kamiza (lieu d’honneur du dojo où est affiché le portrait du fondateur Morihei Ueshiba, 1883-1969), décoration épurée… Pendant près de 30 ans, ce sont plus de 1500 personnes qui ont été licenciées à l’Aikikai de Strasbourg, l’association qui regroupe les pratiquants et pratiquantes d’aïkido du dojo, et qui ont suivi les enseignements de Gabriel Valibouze.
« Apprendre à faire confiance et se faire confiance »
Sur le tatami, Miriam et Laurine, 11 ans, viennent d’obtenir leur 6e kyu, comme une sorte de validation d’un premier niveau en aïkido. « J’ai commencé cet art martial à 4 ans parce que je me faisais embêter par des garçons à l’école. Et depuis je n’ai pas arrêté et je veux devenir ceinture noire », explique Miriam, le visage encore rouge après son intense examen.
La jeune fille, qui vient de déménager à Prague (République tchèque) avec ses parents, a déjà retrouvé un nouveau dojo pour s’entrainer : « C’est vraiment super là-bas, mais j’ai un lien particulier avec le dojo de Strasbourg. C’est là où j’ai commencé, et je crois que ça me manque déjà. »
Sa sensei à elle, c’est Evelyne, 4e dan. Pratiquante depuis 20 ans, elle s’est occupée des cours enfants à l’Aikikai de Strasbourg jusqu’à l’année dernière : « Gabriel sensei m’a confié très rapidement les cours pour les enfants alors que je pratiquais depuis seulement quelques années. Avec le temps, je réalise que ce sont eux qui m’ont enseigné énormément de choses dans ma pratique de l’aïkido. »
Depuis la première annonce de la fermeture du dojo il y a quatre ans, elle a eu le temps de prendre du recul sur la situation : « Cela a vraiment été une annonce très douloureuse et j’ai eu du mal à comprendre, mais aujourd’hui je suis heureuse que cette attente prenne fin et que l’on puisse toutes et tous avancer vers de nouveaux projets. »
Pour elle, l’aïkido représente avant tout une manière d’apprendre « à faire confiance et à se faire confiance » : « C’est un art martial qui peut vraiment générer de la frustration et qui demande énormément de temps, de pratique et de patience pour pouvoir progresser. L’aïkido est surtout un moyen de s’interroger sur nous, notre corps, et notre rapport aux autres. »
Une nouvelle association pour continuer de pratiquer
Devant également déménager avec la vente du terrain, Gabriel Valibouze a prévu de partir plusieurs mois autour du monde, sans trop en dévoiler. « C’est la première fois en 50 ans que je vais être sans dojo, où la pratique et l’enseignement de l’aïkido ne seront plus mon quotidien », sourit-il.
Pour pouvoir continuer de pratiquer, Bertrand, présent depuis 12 ans au dojo de Strasbourg, a cherché pendant quatre années un lieu adapté : « En quatre ans, j’ai dû visiter une trentaine d’endroits dans toute l’Eurométropole. Je voulais que l’aventure continue avec ce groupe-là, et notamment avec les enseignants Laurent 5e dan et Paolo 4e dan. L’aïkido est une pratique qui s’inscrit aussi dans une dynamique de groupe. »
Les recherches ont fini par être fructueuses en fin d’année dernière. Le nouveau lieu d’entraînement de ce groupe se situe à Schiltigheim, rue Louis-Pasteur. Nouvelle adresse et nouvelle association puisque l’Aikikai de Strasbourg est devenue l’association-mère de plusieurs autres associations de pratique d’aïkido alsaciennes… Toutes fondées par des personnes ayant suivi les entraînements de Gabriel Valibouze. À Schiltigheim, c’est le Raven Aikikai qui vient de naître.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site web ou sur leur page Facebook.
Journaliste : Dorian Mao


