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Elle fouette des gens dans un donjon : à 25 minutes de Strasbourg, voici Maîtresse Alice

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Disclaimer : contenu réservé aux adultes. Cet article n’est pas là pour promouvoir le TDS (travail du sexe), mais pour donner un peu de perspective sur le sujet. Se lancer dans le TDS, c’est prendre des risques légaux, des risques physiques et psychologiques.

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À 8h elle promène le chien, à 10h elle chantonne sur du Depeche Mode pendant qu’elle donne des fessées à un soumis, à 12h elle rentre chez elle faire une salade « avec les tomates du jardin ». Qui dit profession insolite, dit interview osée : à 25 minutes de Strasbourg, on a découvert le quotidien de Maîtresse Alice, et de son métier qui claque. 

Aujourd’hui, je rencontre Maîtresse Alice, qui a pour job de dominer des hommes (oui oui). En effet, à 41 ans, elle pratique la domination de façon professionnelle depuis 2 ans dans son donjon (promis, j’en reparlerai), situé à 25 minutes de Strasbourg. 

Pour vous donner le contexte de l’interview, il faut savoir que je suis assise en pull avec mon café et, elle, en robe en cuir, avec des cuissardes à grands talons. Avec, en arrière-plan, beaucoup de fouets. 

Et maintenant que les présentations sont faites, rentrons dans le coeur du sujet ! 

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Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

À savoir avant tout : le travail du sexe, c’est pas un job comme un autre

Je l’ai déjà dit dans l’interview de Flora qui vendait ses culottes, mais comme c’est super important, je vais vous le rappeler : le travail du sexe (TDS) n’est PAS anodin. Et ce même si c’est souvent présenté comme « facile et sans danger » par certaines plateformes. 

Cet article n’est pas là pour vous vendre le TDS mais pour vous donner un peu de perspective sur le sujet. Se lancer dans le TDS, c’est prendre des risques légaux (pour vous et vos proches), des risques physiques et psychologiques, mais aussi, possiblement, avoir son nom lié au travail du sexe le reste de votre vie. Donc, si c’est la route que vous souhaitez prendre : informez-vous beaucoup, protégez-vous beaucoup aussi, mais surtout, prenez le temps de bien y réfléchir avant. 

Faites-moi confiance, ma tête et mes aventures dénudées sont partout sur Internet et ça a des conséquences. Donc se faire des sous avec ses fesses, c’est okay, mais seulement si on a bien réfléchi avec sa tête avant ! 

Avant d’aller plus loin, prenons le temps aussi de faire un petit point définition. BDSM, ce sont les initiales de : 

  • Bondage (le fait de contraindre, d’attacher)
  • Discipline (le fait d’utiliser des règles et des punitions)
  • Domination (le fait de contrôler l’autre)
  • Soumission (le fait de se laisser contrôler)
  • Sado-Masochisme (le fait d’aimer faire ou avoir mal).

Je vous vois arriver : oui ça fait BDDSSM, mais c’est moche et relou à dire, on enlève donc les lettres en double, et hop, BDSM. Le BDSM n’est donc pas UNE seule pratique mais des TONNES, et ça ne fait pas forcément mal (je vous jure). Ordonner à quelqu’un un massage des pieds, c’est déjà du BDSM.

Mais aussi, c’est évident mais je vais le répéter, le BDSM c’est un jeu entre adultes consentants. Oui ça peut être impressionnant en fonction des pratiques, oui ça peut laisser des traces, mais ça doit toujours être consenti. Si une des personnes est forcée, ce n’est pas du BDSM, c’est une agression ! Trêve de définition, passons à la rencontre avec Maîtresse Alice.

• Pour commencer : c’est quoi, pour toi, une dominatrice ?

« C’est chaud comme question. Une domina, c’est une meuf habillée en cuir avec un fouet qui fait peur. Non, en vrai, c’est vachement plus que ça. Je vais te donner mon avis, mais tout le monde ne te dira peut-être pas pareil. Pour moi, c’est une femme passionnée par le monde du BDSM. On peut dire ‘qui a pour passion de taper sur les gens ?’ », nous explique Maîtresse Alice en se marrant.

Elle poursuit : « C’est une travailleuse du sexe qui se fait payer pour réaliser des scénarios, les fantasmes des clients. Une bonne dominatrice est censée être à l’écoute, et vient apporter un plus à la vie quotidienne. C’est une personne capable d’analyser les gens et de comprendre ce dont ils ont besoin, elle est capable de respecter les attentes du soumis et d’écouter les siennes. On peut le faire de façon rémunérée ou non. Moi je le fais de façon professionnelle, donc rémunérée. »

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• C’est quoi la différence avec une travailleuse du sexe « traditionnelle » ? Ça pique plus ?

« Dans les très grandes lignes, oui ! Déjà dans les pratiques : on va tourner autour de la contrainte, de la douleur. Avec les pratiques qui vont avec comme du fouet, du wax play*, des fessées… Par contre, il n’y a pas de ‘sexe’ à proprement parler. Après, faut pas se mentir, ça reste assez tactile ! Mais par exemple : le soumis peut me toucher les hanches, m’embrasser les pieds, mais il ne va pas venir me rouler un patin. »

*Utilisation de bougies spécifiques pour jouer avec de la cire chaude.

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• Tu fais ça où ? Dans les chambres d’hôtels ?

« Alors, ça pourrait, mais moi j’ai de la chance, j’ai un lieu que j’ai retapé à mon goût ! C’est pas très grand, c’est un appart qui doit faire 16 m2. Mais j’ai un sling*, une croix de saint André**, une cage… et j’envisage d’avoir plus ! Et j’ai aussi pinces, cravaches, bougies, sextoys (toujours avec une capote), donc il y a de quoi faire. Évidemment, y a une partie du matériel qui ne se prête pas, je mets des gants et puis j’ai un protocole de désinfection assez hard pour la sécurité des pratiques. »

*Une espèce de balançoire qui permet une position allongée les jambes relevées.
**Croix en forme de X qui permet d’attacher quelqu’un.

• D’où t'es venue l’idée d’être domina ?

« J’ai mis un pied dans ce monde-là en tant que soumise, mais dans un cadre privé, en pratiquant avec mon mari. Et c’est une force d’avoir commencé du côté de la soumission ! Déjà, parce que tu connais les sensations, mais aussi parce que tu comprends mieux ce que les soumis attendent. D’ailleurs, je pense que tout(e) bon(ne) dominant(e) devrait passer de l’autre côté pour bien comprendre. C’est un label qualité, si on peut dire. »

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• Qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire ton métier ?

« En vrai, je peux dire l’argent ? J’avais besoin de sous pour ma voiture et c’est comme ça qu’une passion est devenue mon métier. Mais j’ai pas non plus envie de te dire que c’est de l’argent facile, ça a demandé beaucoup de préparations, des discussions, d’investissements… Et puis, aujourd’hui, je ne le fais pas que pour l’argent. »

• Tu te formes comment ? Il y a un CAP domination ?

« Non, mais ce serait marrant ! En théorie, tu te formes ‘seule’. Mais en vrai, il faut se rapprocher de la communauté BDSM pour voir, pour comprendre. Je me suis formée de façon globale par mon expérience de soumise, mais je suis aussi allée chez d’autres dominas pour voir comment elles travaillaient. Et pour les choses spécifiques, comme le fouet par exemple, je suis passée par des cours en Alsace. Je suis aussi partie faire un workshop à Paris auprès de l’École des Arts Sadiens. Il y a des pratiques à risque, il faut faire attention, ne pas s’improviser dominatrice. » 

Elle poursuit : « Je suis aussi formée aux premiers secours : la sécurité c’est la base. Il faut aussi savoir poser les bonnes questions ! Par exemple, la dernière fois, j’ai un client qui m’a dit ‘pas de limites’ et je me suis rendu compte qu’il avait un pacemaker. Heureusement que j’ai demandé, parfois on fait des jeux avec de l’électricité et ça aurait pu être dangereux ! »

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• C’est quoi une journée type ?

« Je me lève, je promène le chien, je vais checker mes mails et les demandes de rendez-vous. Je cale toujours un appel téléphonique avant de recevoir les gens. Et ensuite, je pars en séance ! Il y a des journées où je n’ai aucun rendez-vous, et d’autres journées où je pourrais en faire 10 quoi. C’est pas fixe du tout. Comme la plupart des gens à leur compte en fait. »

• C’est qui tes clients ?

« Un peu tout le monde… mais uniquement des hommes. On est sur du 40/60 ans en moyenne. Mais j’ai des jeunes aussi. Une fois, j’ai eu un gars qui avait l’air si jeune que ça m’a mis le doute. À l’époque, je l’avais fait venir en voiture pour être sûre qu’il ait le permis et qu’il ait bien 18 ans. Évidemment, je ne prends pas en dessous de 18 ans, et même, quand ils sont trop jeunes c’est un peu stressant, donc en vrai j’évite. »

Et ton client le plus âgé, c’était quel âge ? « C’était il y a pas longtemps en plus, 78 ans ! »

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• Tu prends du plaisir dans ton travail ?

« Oui, pour de vrai. C’est pas du plaisir au sens de ‘après la séance j’ai un orgasme’. Mais si la personne prend du plaisir en face, j’en prends aussi. C’est aussi super agréable d’avoir du pouvoir. Pendant la domination je me sens forte, je me sens belle. Les tenues te mettent aussi beaucoup en valeur. Je vais pas mentir, c’est hyper gratifiant. »

Maitresse Alice, domina
© @Teiher_ - Régis Theisgen / Document remis

• Toutes les dominatrices font la même chose ?

« Tout le monde a ses pratiques et son style. Par exemple, je suis une domina sans protocole, je suis assez tranquille. Je suis pas la domina qui t’accueille, met le collier dans l’entrée et te crache dessus. On m’a déjà dit : ‘ah je m’attendais à ce que ton donjon soit gothique’ et justement ce n’est pas moi ! En fait, je le fais comme j’ai envie : par exemple je parle beaucoup durant les séances, j’ai besoin de communication. »

« Je respecte aussi mes envies et mes propres limites : je n’accepte pas les gens qui refusent d’avoir un safeword*. »

*Mot qui, quand il est prononcé, arrête le jeu d’un coup.

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• Tout le monde peut devenir dominatrice ?

« Franchement, je ne pense pas. Tout d’abord, parce que pour bien le faire, il faut déjà avoir un pied dans le BDSM. Aussi, comme je le disais avant, je pense qu’il faut être passé du côté de la soumission pour savoir ce que ça fait. Et puis, c’est pas facile : ça peut être dangereux, tu sais jamais sur qui tu vas tomber. Et même, faut être capable de cerner les gens pour savoir de quoi ils ont envie. Ce n’est pas si évident. »

• Comment ça influe sur ta vie de couple ? Ton compagnon voit ça comment ?

« Alors, j’ai une vie de famille très traditionnelle à côté… Mais ça a quand même changé un peu ma vision des hommes. Mais en bien ! J’ai rencontré des gens très humbles, très sympas. J’ai une vision moins traditionnelle de l’homme cisgenre. Après, avec mon compagnon, il y avait pendant longtemps une dynamique où j’étais soumise dans la sexualité, et maintenant ce n’est plus le cas. Je suis devenue super exigeante et je ne lâche plus prise comme avant. Pour mon compagnon, ça ne doit pas être simple tout le temps. »

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• Une anecdote à nous raconter ?

« Oh punaise oui ! J’ai changé de local, mais je suis restée dans le même immeuble. Dans le nouveau local, j’étais en plein milieu d’une séance, le soumis est sur la croix de saint André. Et ça sonne. Et ça re-sonne. Ça ne s’arrête pas, donc je suis obligée d’aller ouvrir. C’était mon ancien propriétaire qui passait par là et qui voulait voir l’avancée des travaux ! J’étais super contente d’avoir enfilé un kimono et de ne pas lui avoir ouvert en tenue… Je lui ai dit de repasser à un autre moment, mais c’est pas passé loin ! »

Maitresse Alice, domina
© Maitresse Alice / Document remis

• Une chose à ajouter ? Un message à transmettre ?

« Le BDSM n’est pas réservé à une élite. On est d’accord que c’est un budget, mais mes clients ne sont pas que des cadres qui viennent avec leurs cravates. Ce sont aussi des boulangers, des garagistes… Aujourd’hui, on sort des clichés qu’on avait pendant des années, que ce soit sur les clients, les pratiques, et même l’ambiance ! »

Merci Maitresse !

Écrit par :
Fondatrice du Love Shop (Dé)boutonné•e•s, j'ai plus de sextoys que de cure-dents. Comme j'ai déjà la tête dans les produits décadents, je mets les mains dans la luxure pour vous raconter des aventures qui donnent chaud. Et tout ça par conscience professionnelle. Evidemment. @adeleduloveshop // @deboutonnees_stras
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