À Strasbourg, de nombreuses associations œuvrent dans le domaine de l’économie sociale et solidaire (ESS). Derrière ce terme valise, et souvent flou, se cachent des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois qui travaillent pour préparer au mieux le monde de demain. Pour aider à mieux comprendre l’ESS, mais surtout pour découvrir ses actrices et acteurs, on est parti à la rencontre de différentes associations strasbourgeoises. La deuxième : les Retoqués, une association voulant lutter localement contre le gaspillage alimentaire.



Le temps est à la pluie lorsque l’on rentre au domicile d’Ève Geronimus, ancienne présidente des Retoqués et désormais salariée de l’association. Loin de la Tour du Schlossel, dans laquelle l’association se réunit généralement pour travailler et vendre leurs produits, on se pose autour d’un café et d’une nouvelle confiture pomme-gingembre. Sa particularité ? Elle a été réalisée à partir de fruits et légumes invendus, et récupérés chez des producteurs locaux bio, situés jusqu’à 20 kilomètres autour de Strasbourg.

La lutte contre le gaspillage alimentaire représente ainsi l’objectif principal des Retoqués. Un projet venu de l’envie d’Ève Geronimus de changer de vie : « J’avais envie d’avoir un travail qui avait un sens. À la base je suis pharmacienne et j’ai décidé de me reconvertir dans la gestion des déchets ». Après avoir trouvé « chouette »  le projet de conserverie anti-gaspillage de Metz, elle a voulu monter le même projet à Strasbourg. Ce dernier a débuté en janvier 2020, avec une association qui se crée ensuite en juillet. Désormais, l’équipe, 100 % féminine, a bien grandi, avec ses premières salariées, une alternante et même une ingénieure agroalimentaire depuis janvier. Enfin, les Retoqués fonctionnent également avec une dizaine de bénévoles qui aident au quotidien.

L'équipe des Retoqués
© Les Retoqués – Document remis


Réutiliser les fruits et légumes « moches »

Mais revenons à nos fruits et légumes. Et, tout particulièrement, aux « fruits et légumes moches », comme les appelle malicieusement Ève Geronimus. Ils représentent la première action des Retoqués, contre le gaspillage alimentaire. En effet, comme l’explique la salariée : « On récupère les fruits et légumes non-vendus. Ceux qui sont sortis du circuit de distribution chez les producteurs, les hors-calibres comme par exemple des pommes fripées. Tout ça, on en fait des bocaux longue conservation, que l’on revend ensuite en circuit court ». En effet, selon les Retoqués, 30 % des pertes alimentaires se situent chez le producteur. Les raisons peuvent varier : de la surproduction due aux conditions météorologiques aux problèmes de gestion de stocks, en passant par une inadéquation de l’offre et de la demande ou encore des produits hors calibre et écartés du circuit de distribution. 

Les Retoqués décident ainsi de lutter contre ces pertes alimentaires en récupérant les fruits et légumes, en les transformant ensuite. Le procédé est plutôt simple : une fois les invendus récupérés chez maraîchers urbains et ruraux partenaires, les Retoqués transforment le tout les week-ends, dans les locaux de Pur etc à la Meinau. Le résultat ? Des confitures potimarron/orange/vanille, et bientôt pomme/gingembre, que les Strasbourgeoises et Strasbourgeois peuvent venir acheter à la Tour du Schlossel.  Par ailleurs, l’association aimerait d’ici quelque temps développer des bocaux de sauce. Et ne vous inquiétez pas, qu’un légume ou fruit soit beau ou non, cela ne changera rien au niveau du goût.


Sensibiliser et lutter contre le gaspillage alimentaire

Si cette confection et vente de bocaux représente la première action de sensibilisation, les Retoqués souhaitent également sensibiliser activement à l’anti-gaspi. Cette fois, grâce à des rencontres et des moments de partage « pour les Strasbourgeoises et Strasbourgeois curieux ». Ève Geronimus développe : « Ça nous permet d’agir de deux manières dans la gestion des déchets : producteurs et consommateurs. On a pour objectif de créer une communauté anti-gaspi à Strasbourg. On est partie du principe que pour que les choses changent, il faut que le consommateur devienne acteur. Donc nous, on doit lui montrer comment il peut le faire. On ne veut pas de communication verticale, on veut des moments conviviaux d’échange de bonnes pratiques, de trucs et astuces».

Les Retoqués animent plusieurs ateliers grâce au soutien de leurs bénévoles. Les concepts ne manquent pas : « On a plein d’ateliers différents, avec plusieurs concepts : table ronde, cours de cuisine, buffet anti-gaspi. On souhaite également développer des jeux de rôle, pour que les gens apprennent en s’amusant. Il ne faut pas trop dramatiser la situation ; on veut que les participants s’amusent et passent un bon moment. S’ils peuvent retenir quelque chose c’est top ». Les Retoqués ont par exemple organisé des ateliers de lactofermentation aux Petites Cantines, des animations avec les enfants de l’école Branly, où ils ont fait de la compote de fruits qui venaient de la cantine et des cookies à la chapelure, ou encore des buffets anti-gaspi, soit un buffet normal, rempli de « fruits moches » et où tout ce qui était compostable l’a été.


« Créer des emplois plus vertueux et donner du sens au travail que l’on fait »

Dans leurs actions, les Retoqués souhaitent sensibiliser les Strasbourgeoises et Strasbourgeois au gaspillage alimentaire. Cela passe par développer plus d’ateliers vers les publics des quartiers prioritaires des politiques de la Ville (QPV) : « On souhaite développer des ateliers de sensibilisation, de manière ludique, des jeux, sur des quartiers prioritaires de la Ville. En fait, on veut diversifier notre public cible pour toucher toute la population strasbourgeoise ». Une volonté d’avoir un véritable impact sur le côté social, mais également écologique, afin d’agir concrètement sur le quotidien des gens, pour le bien du territoire et des habitants. Le tout, en travaillant avec tous les partenaires possibles, comme l’explique Anaïs Herveleu, ingénieure agroalimentaire : « On contribue à la réduction du gaspillage alimentaire et des déchets, en partenariat avec des acteurs du territoire strasbourgeois. En fait, on souhaite que chaque maillon fonctionne ensemble ».

En plus de cela, les Retoqués essayent également d’imaginer un autre modèle de société pour les années à venir.  L’association se retrouve désormais organisée sous une forme de gouvernance partagée, où les postes traditionnels de présidente, trésorière et secrétaire deviennent trois postes de co-présidentes. En outre, comme l’explique Claire Guerder, cheffe de projet : « Sur le territoire, on essaye de créer des emplois plus vertueux et donner du sens au travail que l’on fait, qui résonne avec ce qu’on porte nous et ce qu’on veut pour le monde. La vocation même de l’asso, c’est pour le bien-être des gens. C’est un grand enjeu dans l’élaboration de l’asso et notre modèle économique ». Un postulat que partage Anaïs Herveleu : « On souhaite faire partie d’une économie qui fait en sorte que tout le monde soit intégré à la société et que chacun/chacune puisse trouver son bonheur économiquement et socialement ».

À travers la sensibilisation et la fabrication de recettes faites de fruits et légumes invendus et récupérés, les Retoqués souhaitent ainsi partager aux Strasbourgeoises et aux Strasbourgeois des petites astuces pour devenir acteur dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Avec une nouvelle gouvernance et des choix économiques dirigés vers plus d’écologie et de social, les Retoqués tentent d’imaginer le monde de demain. Un légume moche à la fois.


*Soutenu mais non relu par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg.

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