Pour soutenir ses étudiants, l’université de Strasbourg a mis en place un dispositif d’aide ouvert à toutes celles et ceux qui font face à des difficultés ou bien ressentent simplement le besoin de parler. Stress, solitude, décrochage, ou encore problèmes d’orientation, de nombreux sujets peuvent être abordés avec une particularité : l’accompagnement est proposé par d’autres étudiants.



Plutôt méconnu, le dispositif RESCUE proposé par l’université de Strasbourg existe pourtant depuis 2014. Pour venir en aide aux étudiants en difficulté, une quinzaine d’étudiants relais sont recrutés chaque année pour proposer une oreille attentive et accompagner celles et ceux qui le souhaitent vers les professionnels et les structures appropriés. Le dispositif est d’ailleurs coordonné par le Camus (Centre universitaire d’accueil médico-psychologique universitaire de Strasbourg) et le SSU (Service de santé universitaire).

Élisa, Pierre, Louise et Julien sont en poste cette année et tentent chacun à leur manière de soutenir au mieux les étudiants qui les contactent.

Personne de dos
© Bastien Pietronave / Pokaa


Un échange par mail et de façon anonyme

Tous les soirs c’est le même rituel, Élisa consulte sa boîte mail. À 25 ans, elle est en 3e année à la HEAR et est étudiante relais depuis octobre dernier. Comme tous ses collègues qui font partie du dispositif RESCUE, les étudiants en difficulté peuvent la contacter par mail et de façon anonyme pour discuter de leurs problèmes ou demander de l’aide. L’idée, c’est de leur répondre assez vite, parce que des fois, il peut y avoir des urgences.” indique l’étudiante. Mais selon les cas, les participants échangent plus ou moins longtemps avec leurs interlocuteurs : “Ça peut être assez long comme hyper court. La plupart du temps, c’est souvent un message de l’étudiant, nous on lui répond et il ne répond pas derrière. Donc là l’idée, c’est vraiment de se décharger. Ça lui fait du bien et on n’en entend plus parler et ça s’arrête là. Mais ça peut aussi être très très long.” 

En 6e année à l’INSA, Louise est quant à elle étudiante relais depuis février 2021. L’an dernier, elle avait une vingtaine de contacts par mois et a déjà eu quelques échanges par mail depuis le début de l’année. L’un des avantages du dispositif, c’est sans aucun doute l’anonymat garanti par ses membres à toutes celles et ceux qui leur écrivent. “Les étudiants peuvent contacter qui ils veulent parmi la liste des étudiants relais. On se dit que peut-être quelqu’un d’une certaine fac voudrait discuter avec quelqu’un de la même fac ou au contraire choisirait quelqu’un qu’il ne serait pas susceptible de croiser dans la vraie vie c’est pour ça qu’on renseigne notre école.” explique Louise.

Une fois l’interlocuteur ou l’interlocutrice choisi, l’étudiant peut lui écrire via une adresse mail anonyme, sans préciser son nom. Et si ces informations sont visibles dans le mail, le destinataire doit respecter l’anonymat et ne pas dévoiler l’identité de la personne qui l’a contacté. « C’est à nous de garder cet anonymat. On n’a même pas le droit de donner le nom et prénom aux autres étudiants relais. Donc la seule personne qui sait que tu existes et que tu as demandé un conseil, c’est la personne que tu as contactée.” assure Julien, étudiant relais en 2e année d’école d’ingénieur. Une sécurité plutôt rassurante pour celles et ceux qui veulent préserver leur vie privée. 

© Maria Fernandes


Dépression, anxiété, solitude, problèmes familiaux ou administratifs

Avec le Covid, les prises de contact ont largement augmenté cette dernière année. Une explosion des demandes, qui montre une nouvelle fois l’impacte de la pandémie sur la santé mentale des étudiants. Beaucoup ont notamment souffert d’isolement comme l’explique Louise : L’an dernier c’était beaucoup beaucoup sur des problématiques d’angoisse et d’anxiété dues à la situation sanitaire. Mais pas que, il y avait aussi des étudiants qui se sentaient seuls. Un mail sur deux était sur ces thématiques-là.

L’étudiante explique que chaque cas est différent, surtout lorsque cela touche au mal-être psychologique : “Parfois, on a un peu l’impression qu’ils envoient une bouteille à la mer. Comme un journal intime dans lequel la personne a déballé ce qu’elle voulait dire à 2h du matin et le lendemain matin, elle a pris du recul et ça va mieux. Et dans d’autres cas, on échange plus longtemps, il y a des cas où la situation est plus grave et dans ce cas on garde un suivi.” Lorsque l’étudiante relais estime qu’un suivi par un professionnel serait bénéfique, elle oriente alors vers le Camus puisque les concernés n’ont pas besoin d’avancer les frais. Et alors que la structure reçoit entre 60 et 80 demandes de rendez-vous psy par jour, passer par le dispositif RESCUE permet d’obtenir un rendez-vous en une semaine.

© Laurent Khram

Mais les étudiants relais répondent à des problématiques bien différentes. Comment pratiquer un sport en période de Covid, comment mener certaines démarches administratives ou comment obtenir une bourse, notamment pour les étudiants étrangers par exemple. En 2e année de Licence de Maths-Info, Pierre fait partie du dispositif depuis octobre et a récemment conseillé un étudiant qui avait des doutes sur sa scolarité et son parcours : “Il avait un doute vis-à-vis de son orientation, il était inquiet. C’est aussi notre rôle de les rassurer.” Louise confie : “Chaque personne qui nous contacte a ses propres problématiques. On essaie de se mettre à leur place, je me demande comment j’aurais aimé qu’on me réponde.” 


On est les mieux placés pour les comprendre

La spécificité du dispositif repose là-dessus : ce sont des étudiants qui proposent leur aide à d’autres étudiants. Une particularité qui rend la démarche plus accessible et plus informelle et qui constitue un avantage certain selon Pierre :On est étudiant comme eux, on affronte les mêmes galères. On est sûrement les mieux placés pour les conseiller sans aucun jugement. On ne fait pas ce boulot juste parce que c’est un boulot. La majorité d’entre nous fait ça pour aider les étudiants, pour qu’ils aillent bien et pour les aider à trouver une solution sans qu’ils n’aient à se préoccuper des frais, du jugement ou d’autre chose. On est les mieux placés pour les comprendre.

Environ une semaine sur deux, les étudiants participent à une réunion organisée par Valérie Scarbolo, la psychologue en charge du dispositif. L’occasion pour chacun, de discuter de certains cas avec la professionnelle et de se décharger aussi de leur côté. En parallèle, le groupe dispose également d’un groupe Whatsapp pour se soutenir mutuellement : “Je sais que si je dois faire face à une situation compliquée, je peux demander de l’aide aux autres étudiants du dispositif  ou bien me tourner vers notre responsable. Je sais que je ne suis pas seul.” indique Pierre.

© Laurent Khram

Pour se former à appréhender différentes situations, les étudiants du dispositif ont suivi plusieurs formations depuis le début de l’année. L’une portait sur les types de dépressions, d’anxiétés et en général la santé mentale, sur les risques festifs, sur les différentes adresses et services vers lesquels rediriger, ou encore sur le fonctionnement de notre système de Sécurité Sociale ou l’accès aux soins pour les personnes étrangères. Louise rappelle tout de même : “On n’est pas des professionnels de santé, notre rôle c’est de leur apporter des conseils quand on peut et quand ça dépasse nos compétences, de renvoyer à des services adaptés. On est formé sur tous les services qui existent à l’échelle de Strasbourg.” Elle poursuit : “Vu le climat anxiogène du Covid, c’est tellement important que ce dispositif existe. Les étudiants, s’ils se sentent seuls, qu’ils veulent des conseils, on est là pour répondre à tout sans jugement, évidemment dans la confidentialité et avec toujours beaucoup de bienveillance.

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