Le 20 novembre, 300 Gilets jaunes se sont rassemblés à Strasbourg pour l’anniversaire de la mobilisation. Dans le cortège, beaucoup se sont livrés sur leurs difficultés financières. Reportage.


« Tous les mois on calcule pour voir si ça va passer. La hausse des prix de l’énergie est très difficile à encaisser », explique Jean-Charles. Pour lui, c’est une évidence d’être là : « Ce n’est pas les 100 euros de Macron qui vont me calmer, c’est tellement loin de suffire. » Il y a 3 ans, les Gilets jaunes se mobilisaient pour la première fois, en bloquant massivement des routes et en occupant des ronds points dans tout le pays.

Ce 20 novembre, environ 300 personnes se rassemblent à Strasbourg, pour l’anniversaire du mouvement. Vers 14h, une femme prend le micro place Kléber. Elle revient sur son expérience : « On s’est parlés. On s’est engueulés et on s’est réconciliés. Surtout, on a fait de la politique, entre travailleurs, précaires, et retraités. Et rien que ça, c’est une victoire. »

Isabelle continue, émue : « Trois ans après, leur monde d’après, il est encore pire que le précédent. Ils volent toujours des milliards avec l’évasion fiscale. On l’a vu avec l’affaire des Pandora papers. Et puis, malgré la pandémie, ils continuent à supprimer des lits dans les hôpitaux. Nous on en a marre que ça soit des riches qui décident de nos vies. Ils font n’importe quoi. C’est peut-être ça notre plus grande revendication. On veut reprendre le contrôle de nos vies. »

Jean-Charles © Thibault Vetter
Isabelle © Thibault Vetter

« Je regarde le compteur électrique tous les jours pour rester dans le budget »

Le cortège part à 14h30. Des fumigènes sont enclenchés. Les manifestants reprennent ensemble l’un des chants qui a marqué les Gilets jaunes : « Même si Macron ne veut pas nous on est là, pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur. » Éric porte fièrement son gilet jaune. Il cherche un emploi depuis la fermeture de l’usine Knorr de Duppigheim fin septembre. « Le gouvernement veut de plus en plus sanctionner les chômeurs, et en même temps il ne fait rien contre les délocalisations », dénonce t-il.

Derrière lui, Arnaud et Magalie manifestent en se tenant la main : « Nos fins de mois sont difficiles, comme pour presque tout le monde. » Arnaud est cariste et livreur, Magalie n’a pas d’emploi. Ils « ne font jamais de sorties », et « sont loin de pouvoir manger bio ». À quelques pas, Maxime et Marie disent payer 150 euros d’électricité tous les mois : « Notre appart’ est une passoire thermique. » Lui est accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH). Il gagne 800 euros par mois. Elle est étudiante. Maxime « regarde le compteur électrique tous les jours pour ne pas dépasser le budget ». Encore dans le même esprit, Francis témoigne : « Depuis 3 ou 4 ans, parfois, je suis obligé de couper le chauffage. Là c’est de pire en pire. »

Arnaud et Magalie © Thibault Vetter

« Je vis chez ma fille »

Il y a aussi Marlène, figure du mouvement en Alsace : « Moi j’ai 65 ans et je vis chez ma fille. J’ai travaillé toute ma vie, à partir de 16 ans. J’étais aide-soignante. Je m’en sors, parce que j’ai appris à économiser, et à m’organiser. Maintenant je me bats pour mes petits-enfants. »

Marlène © Thibault Vetter

La manifestation est petite, mais déterminée. Arrivés au pont du Corbeau, quelques manifestants hésitent à tourner vers la place Gutenberg, pour sortir du tracé déclaré. Immédiatement, des policiers casqués sortent des voitures. La dissuasion fonctionne. Le cortège repart sur le quai des Bateliers. À partir de là, les forces de l’ordre se positionnent tout proche des manifestants, devant et derrière le cortège, à pied et équipés. Les militants chantent : « Macron nous fais la guerre, et sa police aussi ! » et « Darmanin au fond du Rhin ».

Une dispersion forcée après la manif’

Sans événements particuliers, le défilé atteint la place de la République. Une quinzaine de personnes prennent la direction de la place Kléber, sur le trottoir. Certains projettent d’aller boire une bière. Soudainement, les forces de l’ordre se déploient, rue des Grandes-Arcades. Les quelques manifestants au parage reviennent. « Peut-être que quelqu’un s’est fait arrêter », s’inquiète un homme. Plusieurs personnes invectivent les policiers. L’ambiance est tendue. Un agent donne un coup dans le téléphone d’une gilet jaune qui filme la scène. Un autre menace avec sa matraque. Le responsable demande la dispersion. Les gilets jaunes, en tout petit nombre, s’exécutent. Puis les policiers se déplacent en ligne autour de la place Kléber. Un gradé explique que « la manifestation était terminée, et que tout attroupement non autorisé peut justifier une arrestation ».

Une militante s’étonne de la manœuvre : « Quand on manifeste en tant que Gilet jaune, ils cherchent à nous réprimer, plus que les autres mouvements. On doit leur faire peur. Mais ça ne va pas m’arrêter, au contraire, ça me motive encore plus. Sinon, c’est sûr qu’on ne l’aura jamais notre monde meilleur. »

© Thibault Vetter

3 COMMENTAIRES

  1. Vu les dégâts occasionnés lors des manifs précédentes, pas étonnant que les fdo prennent des mesures fortes. Le mouvement s’est essoufflé par le refus de la représentation élue, donc la promotion de l’anarchie et du désordre, et surtout par la cristallisation des rancoeurs dû au mouvement lui-même. Aucune construction, aucune logique, aucun consensus. Pas étonnant que les GJ soient rejetés vu qu’ils rejettent tous ceux qui émettent la moindre critique à leur égard.

  2. Il n’y a pas les riches et les gilets jaunes. Il y a ceux qui travaillent et les gilets jaunes… S’ils étaient au pouvoir, que changeraient- ils ? Y ont-ils déjà réfléchi ???

  3. Les gilets jaunes ont empêché nombre de « travailleurs » de travailler et notamment vers Noël 2018…. mettant beaucoup de gens dans une situation délicate voire critique. Sont-ils conscients du mal qu’ils ont fait ? Ils ont ralenti l’activité de tout un pays et l’ont fragilisé.

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