Comme partout en France, le samedi 17 juillet, des milliers de strasbourgeois ont battu le pavé pour dire non à la nécessité de présenter un passeport sanitaire pour aller dans des lieux publics, suite aux annonces d’Emmanuel Macron le 12 juillet dernier. Reportage.



Autour de la statue Kléber, en plein centre ville de Strasbourg, les manifestants convergent en masse ce samedi 17 juillet, à 13h. Ils répondent à un appel lancé par des gilets jaunes du QG Strasbourg République, pour dire « non au passe sanitaire ». En même temps, avec le même mot d’ordre, des rassemblements ont lieu dans toute la France. Toma, l’un des organisateurs, précise qu’il n’est « pas anti-vaccin », mais il dénonce « l’autoritarisme du gouvernement ». Brigitte, également gilet jaune, ajoute : « Je ne veux pas vivre dans une société qui interdit l’accès à des lieux à ceux qui n’ont pas de passeport sanitaire. La décision a été prise sans débat démocratique, très verticalement. Macron est allé trop loin.« 

© Thibault Vetter

« Du fric, pour l’hôpital public »

À 13h50, près de 4 000 personnes s’élancent rue des Francs-Bourgeois. En tête de cortège, elles scandent : « Du fric, pour l’hôpital public ». Anne, Sylvie et Mona sont infirmières. Comme beaucoup d’autres soignantes, elles tenaient à venir. Mona se fera vacciner, car elle n’aura « pas le choix si elle veut continuer à payer à manger à son fils ». Dans son allocution du 12 juillet, le président à annoncé que les membres du corps médical devaient obligatoirement se vacciner avant le 15 septembre, sous peine d’être licenciés.

Mona se dit très angoissée. Elle estime qu’il n’y a « pas assez de recul pour appréhender les risques », et qu’elle devrait avoir « le droit de choisir ». Sylvie, dont la fille s’est « retrouvée aux urgences à cause du Covid », se fera vacciner dans les jours qui viennent. Elle n’est pas contre le principe mais s’insurge de « la façon de faire du gouvernement ». Anne pointe du doigt « les suppressions de lits d’hospitalisation qui continuent« , et le fait que « la piste des traitements médicamenteux ne soit pas mise en valeur ». Passionnée par son métier, elle juge que « le gouvernement est hypocrite » : « Ils font comme s’ils faisaient tout pour endiguer l’épidémie, mais comment peut-on leur faire confiance après les mensonges mis en évidence depuis le début de la crise sanitaire ? Et Franchement, mettre le couteau sous la gorge des soignants, c’est indécent.« 

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La peur des complications graves après vaccination

Laurence, aide soignante, a pris la décision de démissionner, pour ne pas se faire vacciner. Selon elle, il y a du graphène, un composé probablement toxique, dans les vaccins, les masques et le gel hydroalcoolique. Sur les réseaux sociaux, depuis début juillet, de nombreux internautes affirment, à tort, dans des publications parfois virales, la présence de la molécule dans le vaccin. Une autre personne brandit une pancarte : « Vaxxé un jours, pucé toujours ? »

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Des thèses complotistes semblent avoir fait écho à de nombreuses personnes présentes. Mais la plupart évoquent surtout les complications liées au vaccin. Par exemple, Liouba le refuse, dit-elle, parce que son ami à eu des thromboses suite à sa première injection. Raph, aussi gilet jaune à Strasbourg République, analyse la situation : « Les avis divergent énormément. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une manifestation syndicale, avec un discours politique rodé et des mots d’ordre que tout le monde reprend. Il y a énormément de gens qu’on voit pour la première fois. Je pense que si beaucoup refusent la vaccination, c’est surtout parce qu’ils ont peur. Ils n’ont pas confiance et c’est légitime. L’attitude du gouvernement, depuis le début de la crise sanitaire, est le terreau parfait pour les discours complotistes.« 

« Ils nous divisent »

Vers 14h45, le cortège s’étire, à perte de vue, sur le quai des Bateliers. Tonio, du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), réclame quant à lui la levée des brevets sur les vaccins, des fonds pour l’hôpital public, et dénonce, comme beaucoup d’autres, l’autoritarisme de l’État.

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La tête de la manifestation est tonitruante. Les activistes enchainent les chants. Dans le vacarme, Théa dit regretter « la division binaire entre les pro et les anti-vaccins ». Elle arbore même un pancarte qui porte ce message. Pour Samy, « la communication gouvernementale stigmatise ceux qui ne se vaccinent pas, et favorise la discorde » :« Je ne sais pas si c’est conscient, mais ils nous divisent », convient-il.

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Arrivé à Gallia aux alentours de 15h15, le cortège est censé continuer jusqu’au pont d’Auvergne et finir place de la République. Une partie décide de tourner sur l’avenue de la Marseillaise. Le barrage de police ne parvient pas à bloquer les militants, qui s’engouffrent de part et d’autre des voitures des forces de l’ordre en scandant « La police, avec nous ! ». Ils tournent ensuite rue Pierre Bucher, devant la Taverne Française, et finissent coincés par des policiers sur un pont très étroit, au-dessus du Canal du Faux-Rempart.

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Des manifestants gazés sur un pont étroit

Les manifestants tentent de dialoguer, mais un gradé porte le mégaphone à sa bouche : « Nous allons faire usage de la force. » « Vous allez quand-même pas nous gazer sur le pont ?! », rétorque une femme, éberluée, bloquée par la foule derrière elle. Les militants insistent pour passer.

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Les policiers lancent des grenades et utilisent leurs bombes lacrymogènes. De nombreuses personnes subissent les gaz incapacitants. Le journaliste de Pokaa et une photographe sont touchés en plein visage. Les forces de l’ordre sont invectivées : « C’est dangereux de gazer sur ce pont ! Il n’y avait aucune issue, quelqu’un aurait pu tomber dans l’eau ou faire une crise respiratoire », fulmine un homme.

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Le parcours prend fin place de la République. Une infirmière, en larmes, prend la parole : « J’ai tenu la main aux patients qui mourraient du Covid, après avoir tout fait pour les soigner. Il faut nous aider concrètement, en nous donnant des moyens humains et matériels ! » La foule se disperse finalement à 16h15. Les organisateurs prévoient de nouvelles manifestations mercredi 21 et samedi 24 juillet. Et Céline de conclure : « Ce n’est pas par le mépris, la brutalité et la stigmatisation que l’on remporte l’adhésion. Ce gouvernement n’a rien compris, mais on le sait depuis longtemps. »

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3 COMMENTAIRES

  1. C’est le propre de la France les minorités qui gueulent ont plus de droits que la majorité silencieuse cela concerne tous les gouvernement sans courage politique

  2. Où l’on note que tous les amalgames sont faits entre le plus légitime, « plus de moyens pour les services de santé », et les plus farfelues, « contre la dictature », avec des thèses complotistes plus ou moins extrêmes et une bonne louche d’anti-macronisme primaire. Confus, cacophonique, abracadabrant… Le but de la vaccination étant le bien commun et le retour à la vie « normale », ces élucubrations promettent des confinements a répétitions. Merci les troublions !

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