À Strasbourg et dans l’Eurométropole, le Plan Climat, voté en 2019, a l’ambition de réduire de 50 % le volume de la poubelle bleue en 2030, ainsi qu’une baisse de 15 % de tous les déchets confondus. Mardi 22 juin, lors d’une conférence de presse, Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole et Fabienne Baas, vice-présidente en charge de la réduction, gestion et valorisation des déchets, ont présenté une délibération dense pour aller encore plus loin dans la valorisation et la réduction des déchets sur le territoire. La grande ligne : moins la poubelle sera grande, plus vous économiserez.




L’Eurométropole de Strasbourg, pionnière dans la valorisation et la réduction des déchets

Pour Pia Imbs, cette délibération autour de la valorisation et de la réduction des déchets est « stratégique et marquante ». Elle s’inscrit dans la continuité du Plan Climat, qui vise à une baisse des déchets tout confondus de 15%, ainsi que la réduction de moitié du volume du bac d’ordures ménagères. Pour Pia Imbs, le calcul est vite fait : « Moins de déchets c’est moins de destruction de matière, c’est moins d’incinération et plus d’économie d’énergie. » 

Mais l’Eurométropole ne s’arrêtera pas là. Selon Fabienne Baas, il faut « renforcer cette dynamique, l’engagement collectif doit encore s’amplifier ». Pour cela, l’Eurométropole doit se donner de nouveaux objectifs, notamment en adoptant le plan d’action « Objectif Z, Zéro Déchet, Zéro Gaspillage », allant de 2021 à 2026. Mais également en se donnant les moyens de poursuivre ses politiques, en doublant les moyens de l’appel à projet « Objectif zéro déchet » dès 2022 pour soutenir les acteurs du secteur : 120 000 euros au lieu de 60 000, pour qu’ils aillent « plus loin dans leurs actions », selon Fabienne Baas.


Moins de déchets dans la poubelle bleue, moins d’impôts ? La taxe TEOMi

Là où l’Eurométropole s’impose encore une fois comme une pionnière lorsqu’il s’agit de nos poubelles bleues, c’est dans une nouvelle incitation à mieux gérer ses déchets. Pour cela, Fabienne Baas explique que la collectivité va mettre en place une taxe d’enlèvement des ordures ménagères incitative (TEOMi). Concrètement, ce qui existe déjà, c’est la TEOM : c’est un impôt dû par le contribuable, une taxe payée par tout propriétaire d’un bien soumis à la taxe foncière.

Ce qui va changer, c’est que celle-ci sera incitative. Ce qui signifie que en plus d’une part fixe de l’impôt qui restera, et donc l’Eurométropole n’a pas encore précisé les contours, il y aura une part variable, qui dépendra du volume de votre bac à ordures ménagères, et non sur son poids ou sa levée. Plus simplement dit : moins votre poubelle bleue sera grande, moins vous payerez d’impôts.

© Nicolas Kaspar/Pokaa


Une application en plusieurs étapes

Dans l’idée, il n’y a pas grand chose à redire. Dans la pratique en revanche, la logistique d’organiser cette politique dans une collectivité de 500 000 habitants, une première en France à cette échelle, cela ressemble à organiser un week-end avec vos amis qui approchent doucement la trentaine : c’est compliqué. Surtout alors que nous vivons quasiment tous en copropriété dans des immeubles, à partager nos poubelles. Les efforts individuels seront invisibles si votre voisin jète davantage que d’habitude et le tri pourrait vite devenir le motif de nouvelles querelles de voisinage. Néanmoins, l’Eurométropole va se doter d’un territoire pilote, avec les communes de Holtzheim, Eckbolsheim, Niederhausbergen et Cronenbourg, pour Strasbourg. Un territoire de 33 000 habitants « représentatif de l’ensemble de notre territoire », selon la délibération.

Les premiers contacts avec les communes choisies seront pris en 2022, avant que la base de calcul soit élaborée en 2023, et que le premier avis de taxe foncière intégrant la part variable soit effectif en 2024. Par après, le déploiement de ce type de financement se fera pas secteurs successifs jusqu’en 2027, date à laquelle, si tout se passe comme prévu, cette TEOMi s’appliquera sur l’ensemble du territoire de l’Eurométropole de Strasbourg.


Trier et valoriser les biodéchets des habitants

En plus de cette innovation eurométropolitaine, la collectivité généralise la collecte des biodéchets, obligatoire pour les communes de moins de 10 000 habitants d’ici 2022. Aujourd’hui, les déchets qui sont actuellement collectés dans nos poubelles d’ordures ménagères résiduelles à couvercle bleu, représentent environ 10 000 tonnes par an, qu’il s’agit aujourd’hui de valoriser. Pour cela, le déploiement de ce nouveau type de collecte avec les poubelles brunes se fera en plusieurs phases, de 2022 à 2025. Concrètement, il devrait y avoir selon Fabienne Baas un bac pour 300 habitants et « chaque installation se fera en lien avec la commune et les habitants ».

Plan de collecte des biodéchets à Strasbourg. © Délibération de l’Eurométropole – Document remis

L’Eurométropole, « pionnière dans sa gestion des déchets », se base sur ses expérimentations en la matière, qui avaient débuté place Saint-Etienne à Strasbourg sur 200 foyers en 2018, puis à Holtzheim et 1800 foyers en 2019, à la Montagne-Verte pour 400 foyers en février 2020 et enfin Cronenbourg, dans le quartier des Brasseurs. Le fait de réduire notre poubelle bleue devrait d’ailleurs être facilitée puisque, avec l’extension des consignes de tri pour la poubelle jaune, on pourra désormais y mettre les pots de yaourt, de fromage blanc et les emballages plastiques jusque-là interdits de recyclage.

Par rapport à cette politique de l’Eurométropole, plusieurs questions demeurent. Quel part fixe restera-t-il de la TEOM ? Comment va s’organiser la logistique de la nouvelle TEOMi sur tout le territoire, et notamment à Strasbourg où cela risque d’être un cauchemar d’organisation ? En attendant, cela reste un projet extrêmement ambitieux, sur un sujet complexe, qui fait de notre collectivité une pionnière en la matière.

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