Le lundi, c’est conseil municipal. Un conseil pas comme les autres, puisqu’il ancre officiellement le premier budget de la mandature écologistes. Une étape charnière dans leur mandat strasbourgeois. De quelle manière l’opposition s’est opposée à ce budget, qu’est-ce qui a été décidé dans ce conseil et que faut-il en retenir ? On répond à tout cela juste en dessous.

Le point synthèse

 

Résumer un conseil municipal long de 10h30 en seulement quelques minutes reste un exercice compliqué. Néanmoins, si vous avez un peu de temps pendant votre pause dèj en mangeant un repas sain ou une grosse livraison bien sale, voici ce qu’il fallait en retenir :

  • Le budget 2021 a été voté. L’exécutif a fait beaucoup d’efforts de pédagogie, vantant la végétalisation, l’embauche de plus d’agents et la solidarité envers les quartiers et les associations, comme elle l’avait fait dans nos colonnes hier. L’opposition a naturellement orienté le débat sur la taxe foncière et sur l’augmentation de la dette. Elle a par ailleurs voté contre le budget, dans sa globalité, au sein d’un débat bien plus apaisé qu’on aurait pu le croire.
  • Le projet KaleidoSCOOP, tiers-lieu partagé qui souhaite contribuer au développement économique, social et solidaire du territoire, dont nous vous parlions ici, a été évoqué, provoquant une belle unité municipale.
  • La situation du Shadok a également été discutée, ce qui a permis à Céline Geissmann, adjointe au numérique, de présenter les prochaines échéances pour le lieu, que nous vous avions détaillé ici.
  • L’urbanisme a animé les débats, que ce soit sur le sujet d’une vente d’une emprise foncière de la part de la Ville au 92 Avenue du Rhin, ou bien dans une interpellation de Jean-Philippe Vetter relative à la bétonisation de Strasbourg.
  • Mais c’est bien le religieux qui a le plus crispé nos élus strasbourgeois ce lundi. En premier lieu par la délibération concernant une subvention de 2,56 millions d’euros accordée à la construction de la mosquée Eyyub Sultan à la Meinau.
  • En second lieu avec la résolution de Jean Philippe Vetter, relative à la reconnaissance de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, où les élus strasbourgeois de tous les bords politiques ont pu régler leurs problèmes à la suite de plusieurs escarmouches sur les réseaux sociaux.
© Capture d’écran du conseil municipal


Le vote du budget 2021

>> À lire ou à relire : 4 questions pour comprendre le budget 2021 de la Ville de Strasbourg


C’était évidemment le gros morceau de ce conseil municipal. Pendant près de trois heures et demie, les élus ont discuté du budget 2021, soit le premier de la municipalité écologiste. Peu d’annonces novatrices de la part de l’exécutif, compte tenu du fait que le premier adjoint Syamak Agha Babaei s’était exprimé dans l’un de nos articles la veille pour présenter concrètement le budget aux Strasbourgeois. Néanmoins, s’il fallait retenir quelque chose de la présentation de ce budget par l’exécutif, c’est qu’elle a été réalisée dans l’unité la plus totale. La grande majorité des adjointes et même des élues et élus municipaux de la majorité se sont exprimés, chacun sur leur domaine de compétence.

Il est donc surtout intéressant de voir comment l’opposition s’est mise en ordre de bataille pour s’opposer au budget. Jean-Philippe Maurer revient sur le pilier démocratique vanté par la municipalité, en remettant sur la table le refus de celle-ci de recevoir le label de Capitale de la démocratie. Par la suite l’élu LR évoque le sujet de la hausse de 5 % de la taxe foncière : « La taxe foncière, certaines personnes la payent, mais ça touche d’autres personnes par ricochet car ceux qui payent vont la répercuter sur d’autres personnes, notamment au niveau professionnel. Une sorte de ruissellement de l’impôt, qui pourra faire payer à tous la taxe foncière finalement. C’est donc un budget en trompe l’œil que nous ne pouvons cautionner. » Son collègue Jean-Philippe Vetter se positionne en défenseur des petits propriétaires, « des petits strasbourgeois », reprenant l’argument que le creusement de la dette sera payée demain par les générations futures. Enfin, Elsa Schalck parle de sécurité, en déclarant : « Sans sécurité, il n’y a pas de pilier social. »

Syamak Agha Babaei, premier adjoint en charge des finances.
© Maria Fernandes / Pokaa

Du côté du groupe d’Alain Fontanel, l’ancien premier adjoint commence par souligner des lignes budgétaires « bienvenues », tout en mettant en garde l’exécutif écologiste : « Il va falloir passer des simples présentations aux actes. » En outre, de part sa connaissance du sujet des finances publiques, il critique également la dette qui se creuse, accusant l’exécutif de « dilapider la bonne gestion financière que vous soulignez ». « Ce choix est une faute », résultant en une « double peine » pour les Strasbourgeois, avec un budget qui pénalise les petits propriétaires.

Enfin, le groupe socialiste se positionne avec la majorité pour ce vote du budget, tout en rappelant qu’ils seront très attentifs à la manière dont celui-ci sera utilisé. Si Catherine Trautmann juge la hausse de la taxe foncière « ni nécessaire ni opportune dans cette période de crise », l’ancienne maire de Strasbourg soulève néanmoins le « dialogue nourri » avec la municipalité écologiste. De son côté, Serge Oehler, ancien adjoint au sport sous Roland Ries, s’insurge contre la tournure de phrase « investissement de prestige », que Syamak Agha Babaei aime beaucoup utiliser concernant l’ancienne municipalité. Il fait bien comprendre que si les socialistes votent pour, c’est parce qu’ils s’y sont engagés et rien de plus.

Finalement, le budget est voté à 53 voix pour et 11 voix contre. Des cours d’écoles plus vertes, plus d’agents de la fonction publique, des liens plus forts avec les associations, des quartiers prioritaires qui ne seraient plus délaissés et un soutien aux populations les plus précaires touchées par la crise : les perspectives écologistes pour cette année 2021 sont ambitieuses. Désormais, ils sont attendus au tournant.

Alain Fontanel
© Pokaa


L’urbanisme et la bétonisation en question

L’opposition attaque régulièrement ce sujet lors des conseils municipaux. Renvoyant le nouvel exécutif écologiste face à son passé au sein de l’ancienne municipalité de Roland Ries, qui a bétonné à outrance la ville de Strasbourg. Et le terreau est particulièrement fertile, puisque les projets lancés sous l’ancienne mandature continuent d’être réalisés aujourd’hui. Dernier exemple en date : la vente par la Ville d’une emprise foncière située au 92 Avenue du Rhin à Strasbourg à un promoteur immobilier. Cet axe sur-pollué et sur-fréquenté, un des symboles de la bétonisation strasbourgeoise, se situe à un carrefour juste à côté du Vaisseau.

C’est Suzanne Brolly, adjointe à l’urbanisme, qui présente le projet, qui date de 2017 : « Il consiste en un cube de 27 000m3, dans lequel l’ambiance bois est mise en avant par l’utilisation de matériaux bruts. C’est une innovation constructive formée d’un noyau béton, d’une ossature bois et d’un exosquelette métallique avec le bois approvisionné en majorité localement. » Concrètement, ce sont 7 étages sur 7 000 m2, dont 4 500 seront pour des bureaux et 500 pour des activités au rez-de-chaussée comprenant un amphithéâtre partagé et un restaurant, qui seront accessibles par le public. En outre, il est prévu de mettre un parking souterrain et de refaire un terrain multisports, puisque le précédent sera remplacé par le projet de bureaux.

Suzanne Brolly et Yasmina Chadli.
© Nicolas Kaspar/Pokaa

Ce sujet constitue un peu l’occasion rêvée pour l’opposition de pilonner sur le sujet et faire des écologistes les uniques responsables de l’urbanisme sous Roland Ries. Jean-Philippe Vetter se retrouve aux avant-postes. L’élu LR met en cause le bilan de l’ancien adjoint à l’urbanisme, à savoir Alain Jund. Il met également en cause la position de Jeanne Barseghian sur l’urbanisme, notamment sur le cas du parc Sainte Cécile, qui va bientôt laisser place à deux immeubles de quatre étages chacun. Le débat tourne davantage sur de l’idéologie, sur la notion de bétonisation et les différentes visions de l’urbanisme. On a donc d’un côté une municipalité qui se cache, parfois de manière péremptoire, derrière le Plan local d’urbanisme et des considérations techniques, et de l’autre, une opposition qui en deviendrait presque anti-secteur privé. À cet argument de bétonisation à outrance, la municipalité sort sa nouvelle carte maîtresse : le quartier Archipel, quartier d’affaires où le béton est roi. « C’est toi qui bétonne ! » « Non c’est toi ! » : on se retrouve finalement dans une version de « c’est celui qui dit qui l’est », à la sauce politique strasbourgeoise.

Et comme souvent, une fois que les débats sont lancés, ils finissent immanquablement par s’échauffer. Un élu du groupe d’Alain Fontanel demande même le retrait pur et simple de la délibération. Lors d’un autre tour de parole, il continue en demandant un îlot de nature en ville sur l’avenue du Rhin, qui est située proche de la route. Une remarque qui ne manquera pas de faire réagir la municipalité, l’invitant à aller jeter un œil au parc de la Place de Haguenau. De son côté, le groupe socialiste s’abstient sur cette délibération, notamment à cause de la question du terrain de sport. Qui sera finalement votée à 45 voix pour, 11 voix contre et 7 abstentions.

Jean-Philippe Vetter /
© Pokaa


La grande question de la mosquée Eyyub Sultan de la Meinau

Alors que l’on pensait tous que le vote du budget serait le plus gros sujet du jour, il s’est finalement fait voler la vedette par un point qui mêle politique et religion, des sujets ô combien sensibles. Plus concrètement : 2,56 millions de subventions apportées par la Ville pour la construction de la mosquée Eyyub Sultan, située à la Meinau, portée par la branche strasbourgeoise de l’organisation islamique Millî Görüş. Du côté de la municipalité, on explique que c’est dans les règles : « Depuis 1999, et une délibération cadre qui avait été arrêtée lors d’un conseil municipal, il y a eu une extension au droit local aux cultes autorisées en France et une subvention de 10 % octroyée pour des lieux de culte à venir. », explique Jean Werlen, conseiller municipal en charge des relations aux cultes.

Du côté de l’opposition, et notamment de Jean-Philippe Vetter, qui connaît très bien son dossier, on soulève la question : la Ville peut-elle soutenir et faire confiance à Millî Görüş, une des trois fédérations (sur huit) du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui a refusé de signer la « charte des principes de l’islam de France » présentée lundi 18 janvier à l’Élysée, comme le révèle Rue89 Strasbourg. Mais surtout, l’élu rappelle que le projet s’est fait initialement sans la Ville, en tentant d’aller chercher des fonds au Qatar, comme l’avait expliqué là encore, Rue89 Strasbourg dans un article réservé aux abonnés. Le débat agrège de nombreux élus et se révèle très dense. L’opposition continue d’insister sur le sujet, et même les alliés socialistes demandent, littéralement, des comptes, avec une Catherine Trautmann qui demande une consolidation et la transparence du plan de financement, avec une rencontre avec les porteurs de projet.

Jean Werlen. © Capture d’écran du conseil municipal du 22 mars

Du côté de l’exécutif, on sent que la municipalité en place a du mal à se positionner clairement sur le sujet, tentant de noyer le poisson en se réfugiant encore derrière des explications technico-tactiques. Il faut dire que la prise de position est difficile. Jeanne Barseghian remet en cause le fait que ces conditionnalités n’ont pas été mises en place lors du précédent mandat, et parle « d’exigences qui ne sont pas constantes » concernant les projets cultuels. Là encore, l’argument a du mal à tenir la route, puisque 2,5 millions représente beaucoup d’argent public pour un projet dont les contours semblent être flous. Dans un conseil municipal consacré au budget, difficile d’ignorer que cette subvention représenterait la moitié du budget dédié à la végétalisation. Finalement, passablement crispée, la maire de Strasbourg proposera de maintenir la délibération dans son principe, mais d’en modifier le délibéré, « pour que nous actions le principe de la subvention, mais que la subvention fasse l’objet d’une délibération ultérieure ». Une reconnaissance tacite que le tout est un peu flou.

Jean-Philippe Vetter se prononce contre cette proposition, tandis qu’Alain Fontanel demande une suspension de séance. Dix longues minutes plus tard, il est annoncé que la délibération fixe un certain nombre de principes dans le futur, et que, dans les prochains mois, sera engagé un travail de fond concernant la conditionnalité des aides et subventions aux lieux de culte. Cette nouvelle délibération est votée à 42 voix pour et 7 contre, avec la particularité d’avoir deux membres communistes de la majorité votant contre. On a là un vrai sujet crispant au sein de la majorité, et un dossier majeur à suivre dans les prochains mois.

© Capture d’écran du conseil municipal du 22 mars


La création d’une zone de cultures urbaines au Parc de la Citadelle

Le point suivant, le dernier à l’ordre du jour, est bien plus apaisé. Et pour cause, le projet est éminemment sympathique : un nouveau lieu dédié aux cultures urbaines, situé au Parc de la Citadelle, que tous les amateurs de basket strasbourgeois ont arpentés pendant des années. Ces derniers seront « remis à niveau techniquement », comme nous l’apprend l’adjoint aux sports Owusu Tufuor.

En outre, ce dernier nous précise que ce nouveau lieu comprendra une zone d’agrès de parkour, un skate-park, deux nouveaux terrains de basket de 3×3 et deux paniers indépendants, un terrain multisports, une scène et un mur d’expression pour les grapheurs et grapheuses. Le projet sera sur 7 025 m2, et est estimé à 1,6 million d’euros pour un achèvement en 2022. Un projet qui, selon l’adjoint au sport, promet une amélioration du cadre de vie pour les habitantes et les habitants, avec une végétalisation accrue.

Enfin, il ajoute que ce projet sera soutenu par nul autre que Franck Ntilikina, basketteur strasbourgeois en NBA, qui a accepté de participer au projet. En outre, il permettra également de mettre en avant le basket féminin, et le sport féminin dans son ensemble, lors de la venue de l’Équipe de France féminine à Strasbourg pour l’Euro de basket 2021. Le point est finalement voté à l’unanimité, avec 53 voix pour.

Après près de 10h30 de débats, le conseil municipal du mois de mars prend fin. Un conseil qui s’est structuré autour de deux grands débats d’idées : sur l’urbanisme et sur le religieux. Si la municipalité au pouvoir a maîtrisé l’examen du budget 2021, elle a semblé plus fragile sur d’autres points, et particulièrement le sujet de la mosquée de la Meinau. Mais désormais, elle a les coudées franches pour réaliser ses politiques, et c’est là qu’elle doit frapper fort. On se retrouve dans six semaines, au 3 mai, pour les prochaines aventures municipales de la ville de Strasbourg !

2 COMMENTAIRES

  1. Que la ville de Strasbourg finance une telle mosquee dirigee et financee par le parti islamiste de M. Erdogan est tres preoccupant et contestable. Si les Talibans construisaient une mosquee dans notre cite la maire aurait elle aussi accorde 2,5 millions d’euros pour son edification ? Une telle decision devrait etre soumise a un referendum municipal. Apres tout l’argent public est l’argent de tous les citoyens.

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