Le magasin Mr Bricolage a installé devant ses portes un cendrier un peu particulier. Les mégots qui y sont jetés seront collectés puis recyclés par l’entreprise TchaoMegot. Ils serviront notamment à créer de l’isolation thermique pour le bâtiment et le textile.


Au bord de la bouche d’égout, face au 1 rue du 22 Novembre, de nombreux mégots abandonnés s’apprêtent à rejoindre – et polluer – les eaux de pluie. Pourtant, cela pourrait devenir de l’histoire ancienne. C’est en tout cas ce qu’espère Nicolas Issenhuth, directeur du magasin Mr Bricolage installé à cette adresse. « Ces mégots jetés par terre, c’est quand même triste », déplore-t-il.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Face à cette situation, le commerçant a souhaité agir. « On s’est demandé, en tant qu’acteur de la rue et commerçant engagé, quel était notre rôle? On occupe un peu de place dans la rue, il y a une relation de voisinage avec les habitants. On a une responsabilité : celle de faire un geste pour la collectivité. » Il a, depuis, fait l’acquisition d’un cendrier de la société TchaoMegot, installé depuis maintenant deux semaines à l’entrée du magasin. « Je les ai contactés et ils m’ont expliqué leur démarche. J’ai trouvé ça intéressant. »

TchaoMegot est une jeune entreprise de collecte et de recyclage des mégots de cigarettes. Les mégots collectés sont dépollués grâce à un solvant naturel et sans eau. Une technique innovante et brevetée. Une fois dépolluée, la matière devient une fibre utilisée comme isolant thermique pour le bâtiment ou pour rembourrer les doudounes.


« Chaque mégot est une victoire »

Chez Mr Bricolage de Strasbourg, les collaborateurs du commerce vident régulièrement le contenu du cendrier dans un sac prévu à cet effet. Outre l’achat du cendrier, la société facture le ramassage des sacs : 750 € HT pour deux ramassages. « C’est un choix. On peut le faire. On a envie de le faire. Alors on le fait. Chez nous, dans l’équipe, la démarche plaît. »

© Mathilde Piaud pour Pokaa

« Ça se remplit pas mal et tant mieux, c’est toujours ça en moins dans les égouts. C’est le but. Il y en a encore par terre mais ce n’est pas grave, chaque mégot est une victoire », se réjouit le directeur, lui-même ancien fumeur.

Pour Nicolas Issenhuth, cette action en faveur de l’environnement prend tout son sens dans une boutique d’articles pour le jardin et la maison. Déjà, parce que les mégots recyclés permettent de fabriquer de l’isolation. Ensuite, parce le directeur constate, grâce aux articles vendus, un intérêt croissant pour la nature et l’extérieur. Une tendance qui s’est, selon lui, accélérée avec le premier confinement. « Il y a une demande de plus en plus importante pour le végétal. Si les gens ont besoin d’acheter du potager, des fleurs, c’est qu’ils sont sensibles à ça. Ça me semble important d’accompagner cette démarche-là, je pense que ça s’inscrit dans une suite logique. Il y a une cohérence. »

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Un petit geste

Nicolas Issenhuth aimerait maintenant voir le principe se diffuser. « À titre personnel, j’aimerais voir cette initiative soutenue de manière plus large. Par exemple que la collectivité, la mairie, prenne le relais et fasse la même chose. Aujourd’hui les restaurants sont fermés mais si demain, il y en a quelques-uns qui mettent ça sur leur terrasse, ce serait toujours ça de moins à ramasser par terre. »

« Il y a tellement d’initiatives qui se perdent parce que tout le monde trouve ça formidable mais qui ne trouvent pas d’écho. Je n’ai pas envie d’être comme tous ces gens qui disent c’est super, mais qui eux, ne sautent pas le pas », raconte Nicolas Issenhuth, séduit par le dynamisme des jeunes entrepreneurs. Après quelques jours d’utilisation, il ne regrette pas son choix : « J’ai ma fierté personnelle de contribuer à un petit geste, à mon niveau. C’est une conviction personnelle, je me dis que si chacun y va de sa petite initiative ça peut avoir un résultat ».

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