Des militants d’ANV-Cop21 ont collé des affiches sur la devanture de la permanence d’un député LREM alsacien dans la soirée du vendredi 26 mars à Strasbourg. Ils protestent contre les modifications et suppressions des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, qu’Emmanuel Macron s’était engagé à reprendre « sans filtre ». Le projet de loi « climat et résilience » est actuellement étudié à l’Assemblée nationale.



18h15. Ce vendredi 26 mars, une dizaine de personnes se donnent les dernières consignes, à 60 mètres de la permanence de Sylvain Waserman, député de La République En Marche (LREM), route de l’Hôpital à Neudorf. Tom demande si tout le monde est prêt : « Ok, on y va, et surtout, ne paniquez pas, on est là pour se soutenir et on a vu quoi faire en cas de problème. » Le groupe commence à se diriger vers le local visé. Arrivés à quelques mètres, les activistes enfilent leurs gilets jaunes estampillés ANV-Cop21, un mouvement citoyen qui s’oppose aux politiques et aux projets climaticides par des actions non violentes.

Une promesse d’Emmanuel Macron non tenue

Devant le local, tous semblent avoir un rôle bien défini. Certains discutent avec des employés, d’autres tapissent toute la devanture de la permanence parlementaire d’affiches, 4 personnes tiennent des banderoles, et une militante filme l’action. La raison ? Le projet de loi « climat et résilience », examiné à l’Assemblée Nationale depuis le 8 mars. Le 25 avril 2019, Emmanuel Macron avait annoncé la création de la Convention Citoyenne pour le Climat : 150 citoyens tirés au sort allaient devoir travailler sur des mesures concrètes liées à la transition climatique. Le président annonçait alors : « Ce qui sortira de cette convention, je m’y engage, sera soumis sans filtre soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe. »

Après des mois de travail, les citoyens tirés au sort ont établi 149 propositions. Celles-ci ont finalement été pour la plupart annulées ou lourdement modifiées par le gouvernement. Les députés n’étudient que 46 des 149 propositions, et la majorité sont vidées de leur sens selon de nombreuses associations. « Seul 10 ont été reprises telles quelles », d’après Zoé, qui participe à l’action. Le discours d’Emmanuel Macron sur la reprise des propositions avait changé au fil de l’avancement de la Convention Citoyenne. Par exemple, en janvier 2020, il avertissait : « Il y a un cas de figure qui peut être, moi, de vous dire : ‘Je ne suis pas d’accord’. »

© Thibault Vetter

« Ce gouvernement n’a toujours pas compris »

Zoé réagit : « Nous sommes mobilisés contre le détricotage de ce texte. C’est insupportable qu’il soit vidé de sa substance à ce point, malgré les engagements du président. Ce gouvernement n’a toujours pas compris l’ampleur de l’urgence climatique. On fait pression avec le mince espoir que les députés fassent tout de même passer des amendements importants. »

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En quelques minutes, sur la vitrine, des mesures proposées et non retenues dans la loi climat sont affichées par les activistes : « Intégrer les citoyens aux autorités organisatrices de la mobilité à toutes les échelles », « Réduire la TVA sur les billets de train de 10% à 5,5% » , ou encore « Système progressif d’aides à la rénovation avec prêts et subventions pour les plus démunis ». De nombreux passants se renseignent sur la démarche. Le député Sylvain Waserman fini par sortir et discuter avec les écologistes. Il nie la promesse d’Emmanuel Macron de reprendre toutes les proposition, qui a pourtant bien été formulée, et se défend :« Nous sommes notamment en faveur d’une des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat qui est très importante : il s’agit de la modification de l’article 1 de la Constitution. Ainsi, toutes les lois, pour être constitutionnelles, devront répondre à des critères écologistes. »

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« On ne devrait pas être encore là, à vous interpeller ! »

En effet, dans le premier article de la Constitution, les citoyens ont proposé d’ajouter l’alinéa suivant : La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique. Mais Ariane rétorque au député : « Si vous avez une telle volonté écologiste, pourquoi annuler toutes les mesures concrètes ? C’est bien de modifier la Constitution, mais on veut du concret, on n’a plus le temps. On ne devrait pas être encore là à vous interpeller, comme on le fait indéfiniment depuis des années. »

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Interrogé par Pokaa, Sylvain Waserman assure qu’il « apprécie le débat citoyen » et qu’il va « regarder les propositions ». Mais il estime que le gouvernement est « déjà volontariste » pour ce qui est du climat. Vers 18h45, les militants quittent les lieux. ANV-Cop21, comme des dizaines d’associations, de partis politiques, de syndicats et d’entreprises appellent à manifester le 28 mars pour les 150 mesures de la Convention Citoyenne pour le Climat. À Strasbourg, le rassemblement est fixé à 14h place de la République. La loi « climat et résilience » sera débattue en séance plénière à l’Assemblée nationale à partir du lundi 29 mars.

© Thibault Vetter

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