Il y a des grands projets urbains qui changent le visage d’une ville. Celui de la Coop en fait partie. La Coop, c’est un peu l’écrin artistique et alternatif d’un quartier du Port du Rhin lancé dans un processus rapide et intense de requalification dans le cadre du projet Deux-Rives, dont on vous parlait déjà ici. Du temps, et une pandémie, sont passés depuis notre dernière visite des lieux. Et, alors que la vie va progressivement reprendre son cours, on s’est dit que ce serait pas mal de se rendre sur les lieux, afin de prendre des nouvelles de ce projet.


Lorsque l’on se promène dans le quartier Port du Rhin, on se sent happé par l’histoire ouvrière du quartier. De grands bâtiments parfois délabrés, un port, des rails de chemin de fer, on se sent à Strasbourg, mais à une autre époque. Petit à petit néanmoins, quand on se rapproche de la Coop, on voit de nouveaux bâtiments, des travaux, un quartier en changement et en pleine évolution. Piloté par la SPL Deux-Rives, la société qui se charge de la refonte des Bains municipaux, la Coop est un projet hyper ambitieux de requalification d’un quartier très pauvre de Strasbourg. D’ailleurs, les choses ont bien changé depuis qu’on y a posé les pieds pour la dernière fois. Alors on ouvre grand nos yeux et nos oreilles, et c’est parti pour une nouvelle visite de la Coop, avec ses nouvelles évolutions.


La Virgule : poumon créatif de la Coop

On s’arrête d’abord quelques minutes à la Virgule. Lors de son ouverture au public, il était promis que la Coop dans son entièreté serait un lieu solidaire, favorisant le circuit-court et laissant la part belle aux artistes. Et justement, ce sont ces derniers qui ont été les premiers à s’approprier les lieux, au sein du bâtiment de La Virgule. Sur ses 4 600 m2 se trouvent des ateliers d’artisans, des ateliers d’art, des makerspace, des espaces de coworking et un Fab Lab. En somme, le berceau d’une créativité alternative un peu hors des murs du centre-ville de Strasbourg, faisant la jonction entre notre ville et l’Allemagne.

Le petit truc en plus : Si vous vous demandiez, la Virgule est nommée telle quelle pour sa ressemblance avec le fameux signe de ponctuation. Ce projet est d’ailleurs le premier chantier à avoir été achevé sur le site de la Coop.


La Sérigraphie : Omnino, un caviste, une crèche franco-allemande et des logements participatifs

La Sérigraphie, c’est cet immense bâtiment délabré que l’on ne peut pas rater lorsqu’on se trouve à la Coop. Et comme de nombreux autres sur tout le chantier, ce bâtiment possède une histoire. Construit comme un bâtiment de stockage en 1924, alors que les activités de la Coop étaient en plein essor, l’entrepôt pris rapidement plusieurs fonctions : une fabrique de pâtes (miam), une choucrouterie (re-miam) un atelier de conditionnement de farine et, pour ne rien gâcher, une cave à vins dans le sous-sol. Celle-ci servira pendant plus de 30 ans jusqu’à ce que soit construit, dans les années 1960, la Cave à Vins, dont on vous parlera un peu plus loin.

Assez paradoxalement, le bâtiment tient son nom d’une activité qu’il a exercé pendant une petite dizaine d’années seulement : la sérigraphie. Alors qu’est-ce que c’est ? Simplement une technique d’imprimerie qui utilise des pochoirs interposés entre l’encre et le support. De 1975 à 1985, on y réalisera ainsi des affiches commerciales et publicitaires. Puis, l’évolution du monde faisant, la sérigraphie fut remplacée par l’imprimerie. Dix ans seulement, mais un nom qui restera dans l’histoire !

Aujourd’hui, le bâtiment est sans doute le plus délabré de la Coop. Néanmoins, de nombreux projets y sont prévus, pour les prochaines années. Il faut dire qu’avec 5 000m2 de bâtiments, il y a de quoi avoir des idées ! La Sérigraphie en tant que telle sera divisée en trois parties :

  • La Grande Sérigraphie, avec notamment des logements en autopromotion sur quatre étages. Concrètement, cela signifie que les futurs habitants vont réaliser eux-mêmes les travaux de second oeuvre, en se réunissant ensemble. En outre, va se rajouter une micro-brûlerie bien connue des amateurs de café de Strasbourg et des alentours : Omnino, qui offrira une boutique, une cantine mais aussi un atelier de torréfaction sur 1060 m². Le rêve : se réveiller avec les belles et bonnes effluves de café.
  • La Petite Sérigraphie, avec une crèche franco-allemande, qui sera située au premier étage, avec 11 lits, sur 126 m2. Des bureaux seront également accessibles, mais ce qu’il faut surtout retenir c’est que le rez-de-chaussée et ses 330 m2 seront à prendre : un bar, une épicerie, on ne sait pas encore, mais on espère un projet qui fera vivre tout le quartier.
  • Enfin, la Nave, un petit bâtiment qui tire son nom de sa ressemblance avec un navire. Au rez-de-chaussée : une cave vinicole urbaine et un bar à vins, le tout porté par l’entreprise strasbourgeoise Niderwind. Petite surprise supplémentaire : une toiture partagée, avec une serre qui sera accessible aux enfants de la crèche ainsi qu’à tous les habitants de la Sérigraphie, mais également une terrasse.

En somme, que des projets ambitieux, qui respirent le vivre ensemble et le côté « bobo » qui chercherait une atmosphère rurale en ville. Les travaux vont commencer au deuxième semestre 2022, pour se finir en 2024. Ce qui donnera un tout autre aspect à Strasbourg, dans les années à venir.

Le petit truc en plus : en inspectant certains carreaux du bâtiment de la Sérigraphie, vous remarquerez qu’ils sont cassés. Mais si vous regardez d’encore plus près, vous verrez qu’ils respectent une symétrie parfaite. L’œuvre discrète d’une artiste, qui donne un petit truc en plus, à l’atmosphère de l’endroit.

Regardez bien… © Nicolas Kaspar/Pokaa


L’Administration : KaléidosCOOP, des bureaux et des logements participatifs

Continuons ensuite nos déambulations en nous promenant du côté de l’Administration. Beaucoup de bâtiments et d’immeubles à réhabiliter, qui vont auront plusieurs utilités. Au sein de l’Administration, ce sont ainsi deux projets distincts qui vont prendre forme : Stras’Coop et La Coopé. Pour le second, des logements participatifs seront construits dans l’aile est de l’ancienne administration de la Coop. Porté par l’opérateur immobilier Loft Factory, ce projet livrera les appartements bruts de pomme aux personnes qui souhaitent y habiter, qui réaliseront eux-mêmes les travaux ensuite.

C’est surtout le projet Stras’Coop qui nous intéresse. Celui-ci verra son rez-de-chaussée et son premier étage occupés par KaléidosCOOP, un tiers-lieu partagé qui souhaite contribuer au développement économique, social et solidaire du territoire. Une brique en plus dans l’atmosphère générale de la Coop, qui se veut un lieu alternatif, d’artistes et d’innovations nouvelles. Pour le reste de Stras’Coop néanmoins, moins de folie : 23 bureaux sur les étages supérieurs de l’Administration. Enfin, la Petite Boulangerie, qui était… eh bien une boulangerie, accueillera elle-aussi des bureaux.

L’horizon de la fin des travaux est ici plus proche que celle de la Sérigraphie, puisque le tout sera livré à partir de 2021 et au fur et à mesure de l’année 2022, si tout va bien, tout devrait être occupé.

Le petit truc en plus : Le projet KaleidosCOOP a notamment été développé par Jeanne Barseghian, alors qu’elle n’était pas encore maire de Strasbourg.


L’Entre2Rives : du logement neuf

Dans les entrailles de l’Administration, on tombe sur des grands immeubles qui sortent rapidement de terre. Pour quel projet ? L’Entre2Rives. Ici, pas vraiment de culture alternative, d’habitats participatifs ou de micro-brûlerie strasbourgeoise. Ici, on parle logements et du neuf. 138 pour être exact. Le tout réparti entre deux bâtiments : Le Toit et La Tour, respectivement 10 et 17 étages. On connaît notre Strasbourg bétonneur bâtisseur, il fallait bien qu’on est du neuf quelque part.

Le petit truc en plus : Le bâtiment Le Toit aura, comme son nom l’indique, une toiture assez remarquable. Et pour cause : elle sera tout en cuivre. Une information qui n’est pas anodine car, vous ne le savez peut-être pas, mais le cuivre change de couleur avec le temps. Et de rouge cuivré, il passera au vert. À voir ce que ça donne avec l’harmonie du paysage.


La féminisation des espaces publics du quartier

Lorsque vous vous baladerez dans le quartier de la Coop dans les années à venir, vous remarquerez sans doute que certains noms de rues mettrons à l’honneur de nombreuses femmes. Quand on crée un nouveau quartier, il faut également créer des routes. Et donc les nommer. L’espace public étant encore très fortement masculin en termes de noms de voiries (moins de 5 % des rues portant le nom d’une femme), la Coop a pris l’initiative de nommer ses rues, allées et places avec des personnalités féminines.

C’est en ce sens qu’on pourra se promener place des Ouvrières de la Coopé ou allée Eleanor Marx, flâner rue Lucie Baud et rue Huguette Malbos, ou encore déambuler allée Käthe Kollwitz, rue Anne Bonny (oui, la pirate trop classe qu’on retrouve dans la série Black Sails), et allée Martha Desrumaux. En tout et pour tout, ce seront 17 personnalités féminines qui seront mises en avant dans tout le quartier. Un joli pas vers plus de reconnaissance dans l’espace public. 

Enfin, un parking sera livré en 2023, puisque tout le quartier est imaginé en zone de rencontre, soit une zone où les piétons ont la priorité sur les cyclistes, qui ont eux-mêmes la priorité sur les voitures, qui elles, ne rouleront pas au-dessus de 20km/h.

Le petit truc en plus : Le nom des places, allées ou rues du quartier du Port du Rhin suit une logique bien précise. À la Coop, à l’histoire ouvrière très forte, les noms de voirie rendront hommage à ce passé.


L’Union Sociale : le Pôle d’études et de conservation des Musées de la Ville de Strasbourg

On est presque à la fin de notre visite, lorsqu’on s’arrête devant l’Union Sociale, qui présente la particularité d’être déjà partiellement occupé. Ce bâtiment, construit en 1954, servait de lieu de stockage de différentes marchandises (électroménager, produits alimentaires…). On y trouvait également une mercerie ainsi qu’une nouvelle unité d’emballage. Plus de 60 ans plus tard, il est désormais devenu le Pôle d’étude et de conservation des Musées de la Ville de Strasbourg.

Livré fin 2020 après deux ans de travaux, ce bâtiment réhabilité va s’étendre sur 8 200 m2 répartis du sous-sol au 3ème étage. Au total, 80% de la surface du bâtiment sera dédiée à l’entrepôt des quelque 400 000 pièces (peintures, sculptures, jouets, textiles…) issues des collections des Musées de la Ville, ce qui représente 40 % de l’intégralité des collections. Assez impressionnant. D’ailleurs, si ce bâtiment reste dédié à la conservation, et non pas à l’exposition. Néanmoins, un container sera installé sur le parvis de l’Union Sociale, et servira de lieu pédagogique afin d’apprendre les ficelles du métier de la conservation. Son nom ? Le Trait d’Union.

Le petit truc en plus : Ce Pôle d’études et de conservation strasbourgeois est une singularité en France. Il s’agit en effet du dernier service technique d’un Musée qui soit géré en régie dans tout le pays !

© Nicolas Kaspar/Pokaa


La Cave à Vins : un futur projet de food court ?

Juste en face de l’Union Sociale se trouve la Cave à Vins, la dernière étape de notre visite. Là encore, on fait face à un lieu chargé d’histoire, construit dans les années 60 et qui, comme son nom l’indique, servait à conserver du bon vin qui coulait à flots dans nos bouteilles. Désormais, ce lieu de plus de 11 000 m2, en cours de réhabilitation, cherche des repreneurs.

© Nicolas Kaspar/Pokaa

À l’époque où on avait visité la Coop pour la première fois, on avait entendu parler d’un ambitieux projet de food court. Il faut dire que l’immense et ancienne salle d’embouteillage, donnant sur une belle verrière, se prêtait parfaitement à un projet. Le problème, c’est que ce projet a quelque peu capoté et si la Ville l’étudie toujours, celui-ci est pour l’instant au point mort. Cette salle d’embouteillage restera de toute manière dédiée à la restauration, mais il faudra attentivement suivre les nouvelles à ce sujet.

Le petit truc en plus : Il y a beaucoup de mystère concernant le futur de la salle d’embouteillage. D’ailleurs, il se peut que très vite, on aille la visiter plus en détails…

C’est donc la fin de notre parcours à la Coop. Un lieu qui a bien poussé et qui va contribuer au changement de visage de Strasbourg dans les années à venir. Plusieurs mystères restent encore à élucider, mais qu’il est agréable de voir notre ville continuer à innover et essayer et que ce projet continue d’être mené à bien malgré le changement de municipalité. Reste à savoir s’il finira par se développer hors sol et dans le béton comme le quartier Danube, ou s’il développera une véritable âme, pour faire honneur à son passé.

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