Depuis cinq ans, les glaneurs de Strasbourg perpétuent une action née à Lille en récupérant les invendus du plus grand marché de la ville pour les redistribuer gratuitement dans la foulée. Bénévoles, personnes accueillies, commerçants… tout le monde y trouve son compte.


Au milieu du ballet interrompu des camions et des palettes, une dizaine de personnes remonte le boulevard de la Marne en poussant des charriots ce samedi de février. Il est 13h, le marché est terminé, mais c’est la course pour tout ranger et libérer la place du coté des producteurs. À chaque stand, la petite équipe s’arrête et lance la même question: « Bonjour, vous avez quelque chose pour nous ? » « Oui », « Non », la réponse varie mais personne ne s’étonne de la requête, habitués que sont les commerçants à voir les glaneurs arriver au moment où ils ramassent leurs étals.

13h, le glanage commence. © A.Me / Pokaa


Une trentaine de tentes en France

Cela fait maintenant près de cinq ans que la Tente des Glaneurs déplie sa toile au bout du marché de la Marne tous les samedis. « À l’origine, c’était une initiative lilloise, explique Matthias Muller, vice-président de l’association strasbourgeoise. Elle a été lancée sur le marché de Wazemmes par Jean-Loup Lemaire il y a dix ans. ». « Depuis, une trentaine de tentes ont vu le jour ailleurs en France, ajoute Francesca Giazzon, la présidente. « Ce sont des étudiants de l’Insa qui ont créé celle de Strasbourg après avoir fait des études avec la Ville pour voir sur quel marché il était possible de s’implanter. » À Strasbourg comme à Lille, le principe reste le même : demander les invendus pour les redistribuer immédiatement après. Gratuitement. « On ne demande aucun justificatif de ressources, on ne pose aucune question à ce sujet. Chacun peut venir comme il le souhaite », insiste Matthias Muller.

Gilets gris sur les épaules, les bénévoles chargés de glaner commencent doucement à remplir leurs charriots. De fleurs pour commencer, puis de fruits et légumes et de pain. Car ils n’ont pas le droit de récupérer de la viande, du poisson, ou des produits transformés pour des questions de sécurité alimentaire. Qu’il y ait des invendus à donner ou non, les glaneurs sont plutôt bien reçus par les commerçants. « C’est vraiment bien ce que vous faites », glisse une dame en donnant du pain, avant de retourner au rangement de son camion. Salutations, discussions, sourires, quelques bénévoles s’attardent parfois un peu avant de rattraper le groupe. Ici tout le monde se connaît.

Après avoir fait le tour des producteurs installés côté avenue de la Forêt Noire du boulevard de la Marne, les glaneurs s’arrêtent 5 minutes devant le bac de Green Phenix. La start-up récupère les déchets organique des commerçants pour les revaloriser, mais fait également un peu de tri dans ce qui leur est donné. Résultat : quelques fruits et légumes viennent s’ajouter au butin déjà récolté. Plus tard, Green Phoenix passera récupérer les fruits trop abîmés pour être donnés par les glaneurs. Un échange de bons procédés.

Après avoir glané sur la première partie du marché, les bénévoles s’arrête au stand de Green Phoenix, une start-up qui valorise les biodéchets. © A.Me / Pokaa


« C’est une initiative qui arrange tout le monde »

Les glaneurs poursuivent leur mission sur la seconde partie du marché, en direction de l’Orangerie. « C’est là que l’on glane le plus de choses, explique Marine Sommer, secrétaire de l’association et bénévole depuis 3-4 ans. C’est une initiative qui arrange tout le monde », explique t-elle. « Car les commerçants ont des taxes à payer sur leurs déchets, et moins d’invendus, ça fait moins de choses à jeter. » Pour Hamid toutefois, la motivation est ailleurs. « Je sais qu’ils vont le donner à des gens qui n’ont pas d’argent, explique ce responsable d’un étal de fruit et légumes. Et ça, c’est juste de l’humanité. » En plus de quelques prunes, betteraves et pommes de terre, il insiste ce matin-là pour faire don de toutes ses bananes invendues. De quoi remplir à un charriot entier jusqu’à ras bord.

© A.Me / Pokaa

Bien chargés, les glaneurs reviennent doucement à leur tente, déployée tout au bout du marché. D’autres bénévoles restés sur place ont déjà commencé à trier et ranger les premiers invendus récupérés. Il est 13h40 et une quinzaine de personnes attend déjà de pouvoir être servies. Un café avalé en vitesse et les glaneurs s’attellent à finir de préparer leur étal. Depuis le début de la crise sanitaire, les équipes sont limitées à dix personnes pour chaque marché. Mais l’association compte plus d’une trentaine de bénévoles. De tous âges. De tous horizons.

Matthias Muller a 62 ans et participe à la Tente des Glaneurs depuis quatre ans. Il œuvre également dans d’autres associations strasbourgeoises. Pour lui, il est essentiel de « venir en aide aux autres ». Jérôme, la trentaine, est arrivé après le second confinement. « C’est juste trois heures de mon temps et ça permet d’aider quelqu’un qui a pas forcément les moyens de se faire à bouffer », détaille-t-il. « On aide ceux qui en ont besoin en évitant le gaspillage. C’est ce double concept que j’ai trouvé génial », expose de son côté Marine.


« On découvre de nouveaux légumes »

14h, la distribution commence. Parmi les accueillis, Nicole, Clémence et Nadia. Toutes les trois viennent régulièrement à la tente depuis deux ans environ. « C’est sympathique, convivial. C’est anti-gaspi et ça permet de faire des économie, détaille la première. « On complète ensuite les courses en achetant ce qui nous manque, mais ça fait du bien au porte-monnaie. ».  » En plus ce sont des fruits et légumes qui viennent de la région, de bons produits, ajoute Clémence. « Sans ça il faudrait acheter au supermarché mais ça coute très cher. »

Adèle et Laura, accueillies à la tente des glaneurs. © A.Me / Pokaa

Un peu plus loin, Adèle et Laura attendent également leur tour. Étudiantes, elles viennent à chaque fois qu’elles le peuvent. « On en a entendu parler par des gens de notre école, expliquent-elles. « Ça évite le gaspillage, mais en plus ça nous permet de découvrir de nouveaux légumes et de tenter de nouvelles choses en cuisine. » Comme des betteraves jaunes, ou des topinambours.

À 14h15, la file d’attente est encore longue. Une quarantaine de personnes attendent désormais. Mais la matinée a été plutôt bonne pour un samedi d’hiver en matière d’invendus récupérés. « On essaie toujours de faire en sorte que chacun reparte avec quelque chose, explique Zoé, bénévole. « Quand on a peu de choses on donne un peu moins mais on donne quand même. » Les bénévoles sont également invités à se servir s’ils le veulent. S’il reste des invendus, comme ce sera certainement le cas des bananes ce matin, les glaneurs passent un coup de fil à une ou plusieurs associations organisant des maraudes pour leur donner. Et de maillon en maillon, c’est une chaine de solidarité qui se crée pour redistribuer ce qui, sans cela, aurait été jeté.


La Tente des Glaneurs
Tous les samedis boulevard de la Marne
Début du glanage à 13h
Distribution à 14h
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