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La Laiterie : histoires de 26 ans de rassemblements intimes et de concerts mythiques

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La salle de concert de la « Laiterie » ne porte pas ce nom par hasard. Elle a été créée dans une friche industrielle, là où se trouvait l’ancienne usine de collecte, de pasteurisation et de distribution de lait qui fonctionna à Strasbourg pendant une soixantaine d’années. À partir de 1979, le site passa plus de 10 ans à l’abandon avant que la Ville ne décide de lancer un appel à projets pour le réhabiliter en pôle culturel. Nathalie, Patrick, Thierry et Christian n’avaient alors qu’une vingtaine d’années et c’est leur projet de salle de concert des musiques actuelles qui fut retenu. Le 25 octobre 1994, la Laiterie telle qu’on la connaît a ouvert ses portes. J’avais 4 ans pour ma part et j’ignorais tout de cet endroit précurseur et authentique qui naissait alors, point de rassemblement de tous les amoureux de la musique. Vers 9 ans, à travers des bribes de conversations entre adultes, j’entendais parler pour la première fois de la « Laiterie », mais je comprenais « Literie ». J’imaginais alors des concerts intimistes où quelques privilégiés se retrouvaient dans une laverie dont le sol recouvert de matelas, les invitait à s’asseoir confortablement et à découvrir des groupes de musique éclectiques, dans une ambiance matelassée, et coupée du monde, entre plumes d’oie et murs en hublots de machines à laver.

J’ai découvert plus tard que la réalité était visuellement différente mais le sentiment pas totalement. Dès mes 16 ans, alors que je pénétrais dans la salle de concerts aux murs bruts recouverts d’affiches, j’ai ressenti le réconfort d’un lieu où la bienveillance semble régner, où la musique et la passion prévalent la rentabilité. Une atmosphère sereine, sans déco concept et illusoire. La Laiterie n’en a pas besoin, entre ses murs le rêve est réel et sans frontières, ses paillettes à elles, ce sont celles que l’on retrouve dans le regard de tout ceux qui y sont passés. Depuis 26 ans, des milliers de groupes, en ont foulé la scène à travers des concerts mythiques où proximité, humain, partage et spontanéité sont les maîtres-mots. La Laiterie est restée elle-même, un repère qui a une âme, une maison réconfortante qui résonne de milliers d’anecdotes. Pour ce projet, j’ai sélectionné une poignée de concerts ayant eu lieu dans cette salle, et je suis allée à la rencontre de ceux qui y étaient. À travers chaque discussion, j’ai ressenti le profond attachement et la bienveillance générale que provoque cet endroit. Peu importe les générations, peu importe les concerts qui y ont été vus, ou de quand date le souvenir. Tous m’ont partagé leurs moments vécus à la Laiterie comme si ils s’étaient déroulés hier, avec l’émotion vibrante d’un instant qui a marqué à jamais. Grâce à eux et leurs récits croisés, j’ai vécu moi aussi 26 ans plus tard, des instants que je croyais manqués.

© Document remis par la Laiterie

RADIOHEAD, le 11 novembre 1995 à la Laiterie

L’époque des disquaires, un billet à 77 francs, les cheveux oranges de Thom Yorke et un vent de liberté

Le 11 novembre 1995, Céline S. était au concert de Radiohead à la Laiterie. Plongeon 25 ans en arrière :  » Je suis à 1 mois de mes 18 ans, je n’ai pas le permis et des rêves plein la tête. L’Angleterre me fait les yeux doux et je suis fan d’un groupe qui me transporte et dont la voix diaphane du chanteur m’émeut. C’est l’époque des disquaires, des CD dont on analyse à la loupe la jaquette, et j’ai les 2 albums de Radiohead : « Pablo Honey » et « The Bends ». À Metz, il n’y a pas encore une offre énorme de concerts et Internet en est à ses balbutiements, sans parler des téléphones connectés. Je vois passer une affiche annonçant Radiohead en concert à la Laiterie de Strasbourg, le 11 novembre. Strasbourg est à 2h de route de Metz, avec mon grand-frère nous achetons fébrilement nos tickets pour seulement 77 francs. Je tenais un journal intime à cette époque dont voilà un extrait :

« 12/11/1995, 2h50 du matin : Je viens de rentrer du concert de Radiohead. Les mots me manquent pour exprimer ce que j’ai ressenti ce soir. C’était extraordinaire, les musiciens étaient excellents et fébriles sur scène, et nous étions tout proches d’eux. Je pouvais presque toucher Jonny Greenwood. Thom Yorke, lui se dressait au milieu de la scène avec ses cheveux teints en orange, mon dieu qu’il était beau !! Ça a passé trop vite. On est parti à 5 entassés dans l’AX du frangin vers 16h et on est arrivé à Strasbourg vers 18h. On a vite mangé un bout au MacDo, puis on est arrivé à La Laiterie à 19h30. Il y avait beaucoup de monde et j’avais l’impression d’être une privilégiée ! Je me suis achetée un T-shirt à 100 francs du groupe, il est excellent avec un petit « r » blanc sur la poitrine. La 1ere partie était assurée par un groupe que je ne connaissais pas du tout : Drugstore, mais je n’ai pas trop accroché. Ensuite ils sont arrivés et on a tous hurlé comme des dingues ! J’ai reconnu tout de suite « The Bends », mon morceau préféré du dernier album !!! J’ai chanté tout le concert (laisse tomber l’extinction de voix maintenant !!) et j’ai cru mourir à Fake Plastic Trees ! C’était gigantesque, subjuguant, je les ai vus en vrai !! La prochaine fois que je les verrai sur MTV ça va me faire vraiment drôle ! Le guitariste était, à un moment, juste devant nous, j’ai cru que j’allais m’évanouir !! En reprenant la route j’avais les mélodies de leurs chansons dans la tête et je me suis endormie en pensant à « Nice Dream », chanson dédiée aux « French Girls » pendant le concert. »

25 ans après, je me souviens encore de ce concert et de l’ambiance particulière qui y régnait. C’était la première fois que je me rendais à la Laiterie et j’ai adoré la taille de la salle, les couleurs chaudes à l’intérieur et la proximité avec la scène, cela donnait une atmosphère intimiste. Cela reste pour moi un « milestone », un repère dans ma vie. J’ai assisté à des centaines de concerts depuis, j’ai revu Radiohead 3 fois dans d’autres salles, mais aucun n’a jamais atteint l’intensité de celui du 11/11/1995 à la Laiterie. Ce groupe est devenu énorme et a depuis rempli Bercy, mais ma madeleine à moi c’est la Laiterie et cette impression de vivre un événement unique. »

©Les archives du flash-backer

Après le show Thom Yorke descend dans le hall de la Laiterie se mêler au public et signer des autographes

Cindy M. garde elle aussi un souvenir très marquant de ce concert : « La Laiterie, à 18 ans et des brouettes, permis depuis peu, c’est comme aller à New York depuis Metz. Le concert, voir ses idoles et en plus les rencontrer après, vous ne pouvez pas imaginer aujourd’hui ce que ça fait. Il n’y avait ni réseaux sociaux, ni internet. On achetait le NME pour savoir ce qu’il se passait sur la planète pop rock. Aller à Strasbourg c’était l’aventure, j’étais tout devant quand le groupe a commencé à jouer « The Bends », je suis tombée dans la vague et on m’a de suite récupérée. Sorte d’euphorie, de peur, d’excitation. Et après ce concert incroyable, je les rencontre en chair et en os… J’ai d’ailleurs gardé la place parce qu’après le concert, alors que nous étions en train de « digérer le rêve  » avec mes amis, Thom Yorke est descendu dans le hall avec une flûte de champagne, visiblement épuisé par la performance. Il a demandé à un copain de lui tenir la flûte et il nous a signé très naturellement et simplement des autographes. Je n’étais pas pour le star system mais j’avais 18 ans mon anglais était nul et j’étais tellement heureuse d’avoir une trace de Thom que je lui ai donné mon billet. En quittant la salle, j’ai tenu la porte à un mec et c’était le batteur !!! C’est lui qui a signé à gauche. J’ai vu d’autres concerts à la Laiterie ensuite, comme Pulp ou Menswear. Mais Radiohead reste mon souvenir le plus cher. »

Document remis par Cindy M.

Le public qui monte sur scène, une fougue viscérale, l’alchimie d’une heure et demie inoubliable

Marc G, me raconte avec émotion, l’impact de ce 11 novembre 1995 : « 18 morceaux… Il aura fallu seulement 18 morceaux pour qu’un concert change ma vie et me donne envie de ne jamais évoluer bien loin de micros, d’artistes ou de scènes. Mais si le concert lui-même devenait légendaire à la seconde où il s’achevait, ce n’est pas seulement ce qui s’est passé durant le set inouï de Radiohead ce soir-là que tout s’est joué… J’avais 22 ans, ce samedi 11 novembre. C’était un jour férié, où normalement tout vivait au ralenti. Mais pas pour mon meilleur pote, Fred et moi qui nous apprêtions à faire la route de Nancy à Strasbourg avec je ne sais quelle improbable voiture d’occasion brinquebalante. La flemme d’affronter le froid et les kilomètres était largement compensée par l’excitation de découvrir sur scène ce groupe qui avait fait basculer la BO de notre été. On dit souvent que les goûts musicaux se sédimentent autour de 20 ans. Pour moi, tout a basculé quelques mois plus tôt, en juillet 1995. J’attendais Fred, on était à la montagne dans un chalet et je m’ennuyais un peu. Alors pour tromper le temps, je lui piquais parfois son DISCMAN (rien que ce terme ajoute un lustre vintage à ces lignes) La touche SHUFFLE. Puis PLAY.  C’est parti pour FAKE PLASTIC TREES, un morceau de THE BENDS le second album de Radiohead. J’ignorais tout de ce groupe, mais son nom me faisait marrer : à ce moment-là, je venais d’entrer en stage à Europe 1 (où j’allais rester 18 ans) et “les têtes de radio” ne pouvaient que me parler. Mais au bout de quelques secondes, plus de jeux de mots vaseux, place à la sidération. Ce morceau me casse en deux, me fait venir les larmes aux yeux, littéralement. Des frissons, aussi. Je venais de rencontrer la grâce pure. REPLAY. La voix cristalline de Thom Yorke. La beauté des guitares qui pleurent et implorent. REPLAY la montée graduelle qui s’oppose à la gravité terrestre dont il est question dans la paroles. REPLAY. REPLAY. REPLAY… Puis, un autre titre, THE BENDS, le morceau qui donne son titre au disque. La déflagration, l’énergie pure, la rage, la force, mais mélodieuses, harmonieuses, … parfaites quoi. Donc oui, ce 11 novembre là, 4 mois après ce face à face avec le DISCMAN montagnard, l’excitation est là : qu’allait donner sur scène ce groupe dont on a tant aimé le disque? Pourvu que ce live ne gâche pas le disque.

Arrivé à la Laiterie, c’est d’abord un sentiment immédiat de chaleur humaine : on se sent bien, à sa place. La salle paraît toute petite. Puis, dès que la première partie s’annonce, elle devient un chaudron, blindé et bouillonnant. En quelques pas et avec un peu de sourires, on est dans un spot cool : à Cour, sur la droite de la salle, près de la scène. Après une première partie idéale assurée par Drugstore, tout en énergie retenue, c’est l’arrivée des 5 d’Oxford. Et ce qui allait se passer, je ne l’ai jamais oublié.

©Les archives du flash-backer

Le groupe entre sur THE BENDS et balance aussitôt du lourd, l’air de rien. Déflagration immense. 3 guitares en front de scène : Ed à gauche, Thom au milieu et Jonny à droite. La section rythmique derrière, tous les 5 à fond. La voix de Thom qui arrache le cœur, et une énergie démentielle s’empare de ce lieu qui me semblait minuscule moins d’une heure auparavant. Tout de suite des spectateurs, le plus naturellement du monde, montent sur scène, plongent dans le public. C’est sans doute un peu inavouable, mais je n’avais jamais vu de “stage diving” en vrai  avant, et on ne le verra sans doute plus jamais dans un concert de Radiohead. Juste avant le rappel, le groupe joue FAKE PLASTIC TREES dans une version si bouleversante que le souvenir fantasmé de la première écoute était aussitôt périmé : cette version live, c’était la version idéale de mon morceau idéal. Si le groupe était encore à peine reconnu dans le monde et pas du tout connu en France, ils jouaient ce soir-là chaque note comme si leur vie en dépendait. Pourtant, il n’y avait à ce moment là aucune hype autour de Radiohead. Aucun enjeu ce soir d’automne à Strasbourg. La France découvrait seulement, avec presque deux ans de retard, le tube CREEP à la faveur d’une BO d’un film aussitôt oublié. C’était déjà un hit partout ailleurs dans le monde. Le groupe voulait-il défendre ses couleurs en France ? Ne pouvait-il tout simplement pas s’empêcher de jouer avec une fougue viscérale ou est-ce l’alchimie de ce soir-là à LA LAITERIE qui a rendu cette heure et demie inoubliable ? Quand le groupe avait envie que le public devienne dingue, le public se déchaînait. Quand un morceau calme appelait l’attention, la LAITERIE se figeait et devenait plus silencieuse qu’une église. Ce soir-là, tout le monde vibrait sur la même corde….Je suis aujourd’hui persuadé que c’est la LA LAITERIE qui a permis ce moment unique. J’ai revu de nombreuses fois Radiohead les années suivantes, en vivant parfois l’ennui, et parfois des moments inoubliables ou fous de grâce. Mais jamais la rage pure, le déferlement de rock et de folie n’a été aussi proche d’une écoute religieuse et pure. »


MUSE, le 17 mai 2000 à la Laiterie

Une date pas sold out et des baguettes dédicacées revendues trop tôt

Christophe K. a approché le groupe de très prés : « Je garde un excellent souvenir de ce concert, j’étais monté sur scène avec Bellamy, j’ai braillé dans son micro, slamé plusieurs fois, j’ai chopé une baguette du batteur et je l’ai revendu trop tôt sur eBay… C’était un concert qui envoyait du lourd pour mes 19 ans. J’avais découvert leur premier album quelques mois plus tôt grâce à un pote qui avait laissé traîné la galette sur sa table basse et qui m’a dit : « Ecoute ça, ça devrait te plaire ». Je confirme, grosse claque pour l’époque. Je suis resté fan jusqu’à l’album « Absolution », après bof. La Laiterie c’était notre deuxième maison, on y allait très souvent. J’ai encore le ticket de ce concert. J’aurais jamais imaginé que Muse allait devenir aussi énorme. Que ça allait marcher pour eux oui, mais pas comme ça. Ce concert reste sûrement dans mon top 10, je peux dire que j’ai assisté à la naissance de Muse. Ils ont enchaîné les titres de leur unique album comme des furieux. Une énergie hallucinante sortait des amplis et Bellamy avait déjà les mimiques qu’on lui connaît. Le batteur s’éclatait, c’était flagrant qu’il prenait un pied d’enfer. Trop fier d’avoir chopé sa baguette signée de son nom, mais honteux de l’avoir revendue pour me payer des disques … J’entends encore les lignes de basse de Christopher, ce mec avait l’air trop cool, hyper détendu, la force tranquille. Je crois que la salle n’était même pas pleine ! »

©Les archives du flash-backer

Certains étaient venus pour la première partie assurée par Idlewild

Raphaël G. se rappelle : « Nous étions un petit groupe du coin de Sélestat mais à l’époque on écoutait surtout le groupe Idlewild qui assurait la première partie et qui était du coup pour nous notre tête d’affiche. C’était notre trip du moment. Je crois que Muse tournait déjà depuis 1998 car j’étais à Glastonbury cette année là et ils étaient programmés à la « new band tent » mais je ne les connaissais pas encore à ce moment-là. »

Une occasion manquée

« J’avais 14 ans quand Muse est passé à la Laiterie, on était fans avec mon frère et on voulait aller à ce concert, mais manque de bol, on avait un groupe de rock et ce 17 mai 2000 on avait déjà notre concert pour la fête du lycée, donc on a dû faire notre choix … Après coup, quand on voit le groupe qu’est devenu Muse, on s’en mord les doigts. Mais comme les Queens, j’ai finalement eu plusieurs occasions de les voir entre 2002 et 2019 dans des salles moins intimistes malheureusement. » Jean-Philippe W.

Des souvenirs entre copines d’adolescence

Marie me raconte ce 17 mai 2000 au goût de fête et d’amitié : « J’avais 18 ans et quand je suis l’évolution de Muse je suis assez impressionnée et fière de dire que moi, petite Strasbourgeoise, j’ai pu les découvrir dans une ambiance aussi intime… Mon souvenir de ce concert c’est la fête, les copines, danser, chanter, rigoler. Ça me donne envie de réécouter leurs 1ers CDs et de recontacter les copines avec qui j’y étais (elles sont aujourd’hui installées au Brésil et au Québec…). »

Matthew Bellamy se jette littéralement dans la batterie

« C’était un de mes premiers concerts à la Laiterie. La première partie était absolument géniale (Idlewild si tu connais). En ce qui concerne Muse, avec le recul, je peux dire que j’ai eu la chance de voir de près un groupe qui remplit des stades aujourd’hui. La salle n’était pas pleine, bien remplie mais pas sold-out, donc moins de 1 000 personnes pour un Matthew Bellamy en grande forme qui a fini le concert en se jetant dans la batterie. Sur la fin du show, le dernier morceau de mémoire, il est monté sur le kit de Dominic et il s’est jeté dedans. C’est le souvenir principal qu’il me reste et aussi que Bellamy portait une chemise bien moche. C’était un superbe concert, ça c’est certain, je les ai vus plusieurs fois après, mais un groupe comme ça dans une si petite salle, c’était le feu. » Sebastian D.

©Les archives du flash-backer

SUPREME NTM, le 31 mai 1998 à la Laiterie

Des mythes du rap, de la weed et une ambiance de folie

« Le 31 mai 1998, j’avais 11 ans et je me souviendrais toute ma vie du concert du Suprême NTM. Les premières musiques que j’écoutais c’était du rap. NTM, Oxmo, Kery James, Sniper, Booba… les anciens en somme. Le concert de NTM c’était fou, indescriptible. C’était un truc à vivre. Une folie. Joey Starr et Kool Shen déjà sont fous mais leurs textes sont tellement vrais même 22 ans après. Cela se passe encore et cela existe encore. Le concert était dingue, on était serrés comme pas possible mais c’est ça qui faisait l’ambiance… Bien sûr la weed était de la partie surtout sur certains titres. L’ambiance était déjà dingue avant même qu’ils soient sur scène. À l’époque, je « vivais » NTM, comme avec d’autres rappeurs. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’était une religion mais ça incarnait quelque chose. » Julia

©Les archives du flash-backer

FESTIVAL DES ARTEFACTS 97, du 1er septembre au 7 septembre 1997

Un camping sauvage et le festival au Parc du Rhin avec à l’affiche Noir Désir, Einstürzende Neubauten …

Phabien G. nous emmène 23 ans en arrière : « J’ai assisté au Festival des Artefacts le vendredi 5 septembre 1997. Je me souviens de Noir Désir et de la découverte d’Einstürzende Neubauten. Et surtout de la jungle avant d’entrer dans l’enceinte du festival. En 97, les Artefacts ne se déroulaient pas à la Laiterie mais au Parc du Rhin, au futur jardin des Deux-Rives où trônait encore l’Océade. Avant d’entrer sur le site des Artefacts, il y avait un camping sauvage, une jungle hétéroclite qu’il fallait traverser. Dans cette jungle, pleine de bonne humeur et autres substances, tu ne pouvais pas faire un pas sans qu’on te propose une merguez, de l’alcool ou autres produits stupéfiants, tu étais déjà bourré avant de montrer ton billet, ça m’a sûrement aidé à me faire faire mon premier piercing. L’année d’après en 98 pour Nina Hagen, c’était moins cool, il y avait un camping organisé à côté du site. Elle s’était déguisée en papillon. Les Artefacts en 97 c’était pour moi une rencontre avec de nouvelles tribus, dont des Punks à chiens (ou PLP selon les forces de l’ordre Pue La Pisse). Ça sentait (entre autre) la paix et la bonne humeur. Insouciance, mélange, pas d’impression d’insécurité. J’ai arrêté les Artefacts quand c’est devenu « propre ». C’est l’Expérience Artefacts que je cherchais. C’était un truc de ouf !!! Et je ne picolais pas et encore moins me droguais, mes souvenirs ne sont donc pas embrumés. C’était incomparable aux festivals d’aujourd’hui. Si c’est trop policé ce n’est plus la peine de faire des festoches. Et à cette époque, personne n’avait de smartphones. L’œil est le miroir de l’âme (si on croit à l’âme). L’écran est le miroir de la réalité maintenant. Je me rappelle aussi que lorsqu’une tête d’affiche ne venait pas, le billet était gratis. »

©Les archives du flash-backer

Le premier gros festival sur Strasbourg

« J’étais aux Artefacts en 97… j’y ai vu Einstürzende en chemise à fleurs… Toy dolls… Noir désir… Ça se passait au Parc du Rhin, c’était juste génial. C’était le premier gros festival sur plusieurs jours à Strasbourg… Bien sûr il y avait les Eurockéennes…. mais là c’était à côté… à 20 minutes de chez moi… L’affiche était parfaite. » Fabrice.

Noir Désir : Un live intense et sincère.

« Festival des Artefacts / Vendredi 5 septembre 1997, c’est loin mais je me souviens qu’il faisait très beau ce jour-là, grand soleil et léger vent sur le Rhin. Nous étions venus avec mon amie Isabelle, ce fut un de nos premiers « gros concert » à tous les 2, nous étions venu voir Noir Désir et ce fut une expérience unique tant par l’intensité, la sincérité que le groupe y a mis que par l’incroyable force que la foule a acquise, crescendo, pendant tout le concert… Ce live ; une vague immense arrivant de toutes parts, du groupe comme de la foule, une claque émotionnelle et physique. Je me souviens également du choc d’avoir vu Einstürzende Neubauten (groupe que je ne connaissais pas à l’époque) en live… quelle bizarrerie jouissive ! » Emmanuel A.


QUEENS OF THE STONE AGE, le 25 mai 2011 à la Laiterie

L’album éponyme, une version inoubliable de « I Can’t Quit You Baby », et « Long Slow Goodbye » en live, que Josh Homme confie avoir composé à Strasbourg

Jean-Noël, leader du groupe Last Train me confie : « Queens of the Stone Age à la Laiterie c’était le 25 mai 2011, j’avais 16 ans. Quand tu as un groupe de rock à cet âge là, QOTSA est évidemment une référence incontournable et on ne cachait pas le fait qu’ils étaient (et sont toujours) une grosse source d’inspiration pour nous. Quand on a appris leur venue à Strasbourg, Antoine (le batteur) et moi avons pu obtenir des tickets et on s’est pointé super tôt sur place afin d’avoir une place de choix, ce qui est le cas puisqu’on a fini au premier rang, juste devant Troy Van Leuween. C’était un concert spécial puisqu’ils venaient rejouer leur album éponyme qu’on connaissait évidemment par cœur. Au delà des « Regular John », « Avon », « Mexicola » et autres tubes de cet album, je me souviens particulièrement de la version inoubliable de « I Can’t Quit You Baby » et son riff de basse viscéral. Une impro d’une dizaine de minutes sous forme de leçon de rock and roll. Lors du rappel, les reines nous offrent quelques titres du reste de leur répertoire comme «Hangin Tree », « Burn the Witch » ou « Little Sister » mais la très bonne surprise de la soirée était de découvrir « Long Slow Goodbye » en live, mélancolique, que Josh Homme confie avoir composé à Strasbourg lors d’une précédente tournée. Mythe démago ou réalité on ne saura jamais, mais on s’en souviendra longtemps… ».

©Les archives du flash-backer

« No One Knows » et la Laiterie en feu

Jean-Philippe me raconte : « J’ai découvert les Queens en 2002 à la sortie de « Songs For The Deaf », car étant fan de Nirvana à cette époque, j’avais vu que Dave Grohl jouait la batterie sur l’album et donc je suis allé l’écouter. Ça a été une grosse claque pour moi, comme pour beaucoup de gens. Initialement, j’avais pris mon billet pour leur concert prévu le 29 novembre 2002 mais le soir même en arrivant devant la Laiterie, j’apprend que c’est annulé car Nick Oliveri est malade. J’avais les nerfs… Ensuite, j’ai eu plusieurs occasions de les voir (7 fois en tout) et quand j’ai vu en 2011 qu’ils passaient à la Laiterie pour leur tournée des petites salles, c’était comme un juste retour des choses, une sorte de récompense/ »réparation » pour l’annulation 9 ans plus tôt. J’y suis allé avec mon frère. Ce concert de 2011 avait comme particularité qu’ils jouaient leur premier album intégralement. Je me souviens de leur rappel avec le tube « No One Knows »et de la Laiterie en feu (chantant le riff avec des La lalala). Avec ce groupe on passe toujours un bon moment, les Queens c’est un des meilleurs groupes de rock brut. Ça envoie comme il faut. »

Document remis par Jean-Philippe

Deux dates en France : Strasbourg et Paris

« Je travaillais à la Fnac à l’époque et j’ai pu bénéficier du fait d’être sur place au petit matin, à l’ouverture du magasin et de la billetterie pour acheter mes billets pour « Queens of the Stone Age » avant que ce ne soit complet. C’est ma cousine qui m’avait fait découvrir le groupe quand j’étais ado, on adorait déjà Nirvana, et forcément Dave Grohl à la batterie dans QOTSA c’était extra. Comme Limp Bizkit que je suis allée voir à la Laiterie aussi, Queens Of The Stone Age faisaient partie de ma liste « des concerts à ne pas louper », ça faisait référence à la bande son de mon adolescence. À l’époque, je lisais pas mal de magazines de musique, je faisais de la musique aussi, et je passais des heures à matter des clips du coup quand j’ai su que Josh Homme allait venir à Strasbourg pour jouer le premier album, je n’ai pas hésité une seconde, même si je ne connaissais pas bien cet album-là (peut-être même pas du tout, j’écoutais surtout « Songs for the Deaf » mais bon c’était sûr qu’ils allaient jouer tous les tubes en rappel à la fin). Et puis qu’importe que je ne connaisse pas cet album, j’avais envie de voir Queens Of The Stone Age, un jour dans ma vie, tout simplement, qu’importe la tournée … Et je savais que là c’était doublement classe : petite salle de concert, et premier album. J’ai passé mon concert les yeux rivés sur Josh Homme pour ne pas louper une goutte de sueur ou un seul déhanché sexy et je me souviens que j’hallucinais d’être là, d’avoir cette chance et que je ne voulais pas en manquer une miette. Et puis au fond, tu regardes le concert en te disant « Wouaaaa ce mec il a joué avec lui, lui, et lui, il a telle ou telle carrière… » Bref ça m’impressionnait. Y’a des groupes comme ça devant lesquels t’es un peu toujours comme un gosse. J’aurais aimé que ce soit la formation avec Dave Grohl et Nick Oliveira, j’avais espoir d’une surprise de dernière minute mais bon c’était déjà bien cool. Et puis cette année-là, ils ne jouaient qu’à Paris et à Strasbourg ! La classe pour nous ! » Jessica.

©Les archives du flash-backer

L’écrin de la Laiterie

« New York sans star system »

« La Laiterie pour moi c’est New York sans star system. Un endroit de rêve où on partage un instant de pure simplicité avec quelqu’un qu’on pensait inatteignable car déifié. La Laiterie restera toute ma vie le lieu où le rêve a été touché. Il faut sauver les salles de concert. Ma vie ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans musique, ni live. Et elle est en stand-by en ce moment. Replacé en 1995, les jeunes ne peuvent pas se rendre compte de l’importance que cela représentait pour nous. On ne voyageait pas comme aujourd’hui, on avait pas accès à tout comme aujourd’hui, et un concert c’était un parfum de liberté d’indépendance, de folie, La Laiterie offre une proximité que je n’ai jamais retrouvé. Dans beaucoup d’endroits tout est devenu si impersonnel, c’est du fric et show-off. Mais à La Laiterie ce sont des passionnés. À l’époque, le soir on allait dans les bars de la ville écouter les copains qui avaient fondé des groupes de rock. Quand on allait à la Laiterie c’était pareil . On allait dans un endroit sécurisant aux valeurs communes. On ne jouait pas un rôle. Pas de selfie ou de story. Que des amoureux du son. » Cindy Meunier

« Ce n’est jamais tiède à la Laiterie »

 » Ce qui me manque le plus aujourd’hui de la Laiterie, c’est d’abord cette proximité respectueuse, entre le groupe et le public, et au sein du public. On est proches, on se touche, on se bouscule, mais c’est doux, passionné et plein de respect : à La Laiterie, en un clin d’œil tu passes du bar à devant la scène, ou tu t’éloignes si tu ne le sens pas, c’est simple. Ce qui manque, c’est la possibilité d’une soirée, quelle qu’en soit l’issue. Et ce n’est jamais tiède à La Laiterie. » Marc Gonnet

« Une salle que j’ai fantasmée toute mon adolescence »

 » La Laiterie, c’est la salle que j’ai fantasmé toute mon adolescence. Jeune musicien, y jouer était la vision d’une certaine consécration. J’ai tanné le responsable des premières parties tant de fois qu’il a fini par accepter, non pas une première partie, mais un rendez-vous. Un rendez-vous qui m’a bien remis à ma place et m’a forcé à travailler sur notre projet pour le développer, plutôt qu’à quémander des premières parties sans vision à long terme. Résultat des courses, la première fois que l’on y a joué, ce n’était pas en première partie, mais en tête d’affiche. Je m’en souviendrais longtemps et je dois beaucoup à cette personne. Depuis on est passé du club à la grande salle, et la dernière fois – en décembre dernier- c’était complet plusieurs jours avant, c’est dingue. Sans n’avoir jamais vécu à Strasbourg, j’y ai vu des dizaines de concerts : des Black Rebel Motorcycle Club à The Do, d’Hanni El Khatib à Colt Silvers Orchestral, il y a chaque semaine une bonne raison d’y aller. C’est une des meilleures programmations de France et c’est une chance d’avoir une salle de cette qualité en Alsace, en plein centre-ville. » Jean Noel Scherrer – Last Train

« La liberté, les sourires, le partage »

« Pour moi La Laiterie est un espace de bien-être et de liberté. Quand j’étais plus jeune c’était un défouloir dans les pogos. On évacuait nos frustrations. Les salles de concert, les festoches, en général, pour moi ce sont des sourires et du partage, un lieu de liberté, je ne peux pas dire mieux. Et la liberté en ce moment, elle me manque. Le live me manque terriblement, vivement qu’on y retourne !! » Christophe Kieny

« Des concerts live vitaux »

« Aujourd’hui en 2020, après presque 1 an sans concerts, ce qui me manque, c’est cette « vague immense » que tu reçois dans tout le corps quand tu vois un groupe en live. J’ai toujours su que c’était là, en concerts, qu’il fallait que je sois le plus souvent, mais cette année, j’ai compris à quel point cela m’était vital et je peux dire que j’ai les larmes aux yeux rien que de l’écrire. » Emmanuel André / auteur, compositeur et éditeur de musique.

« J’y ai rencontré ma femme »

« La Laiterie c est clairement un endroit très important pour moi. J’y ai passé les plus belles soirées de mon adolescence et j’y ai même rencontré ma femme. À l’époque, j’y passais 3 soirs dans la semaine et je faisais l’aller-retour depuis Sélestat exprès avec 3 autres abonné(e)s. J’y ai vu tous les groupes de rock possible et j’y allais même parfois juste pour y aller, même si le groupe ne m’intéressait pas. » Sebastian D.

« Des moments de communion »

« La Laiterie c’est une salle de concert avec toujours une bonne programmation et des découvertes. Une salle dont la taille permet d’être proche des artistes, qui est facile d’accès géographiquement et financièrement … En bref, l’assurance de passer de supers moments de communion et de vibrations, de rigolade et de danse… La fête quoi. » Marie Strauss

« LA salle de concert strasbourgeoise »

« La Laiterie pour moi c’est LA salle de concert strasbourgeoise car la programmation est très attrayante. Je suis allé à une cinquantaine de concerts en 18 ans, ce qui est peu par rapport à certains habitués mais j’en garde toujours de bons souvenirs. La salle a une bonne acoustique, je me souviens que le guitariste de Superbus avait loué ça après leur concert en 2005, quand j’avais discuté avec lui. On peut y rencontrer les groupes après les concerts donc ça c’est cool (au concert de Lou Doillon, sa mère Jane Birkin était de passage donc on l’avait croisée) et puis la taille est géniale pour les concerts, ce n’est pas trop grand. Assez pour que de grands groupes passent mais avec quand même cet esprit du club. Ce qui me manque de La Laiterie, c’est simplement de ne pas pouvoir y aller. Pour moi qui fait beaucoup de concerts et festivals, l’année aura été frustrante. Le jour de l’annonce du confinement je devais aller voir Nova Twins au club (13 mars). Puis Superbus et Izia qui ont été annulé. Mais la programmation pour début 2021 permettra de reprendre les concerts (si la situation s’arrange…) en tout cas j’ai hâte… » Jean-Philippe Wecker

« Un lieu d’échanges et de découvertes »

« La Laiterie c’est un lieu d’échanges et de découvertes. Sur la période 1996-1998, j’habitais à coté et j’étais abonné. C’était la période rap fusion rapcore et La Laiterie programmait ces groupes. C’était du bonheur (Downset-Dog eat dog-Clawfinger etc..). J’ai découvert pas mal de groupes là-bas. Starsailor par exemple ou Panic at the disco. » Raphaël Garcia

« Un endroit idéal »

« La Laiterie pour moi c’est l’endroit idéal pour voir des concerts car c’est une salle intimiste, et on peut y rencontrer les artistes facilement. Le staff est pro et sympa et les tarifs des concerts sont franchement raisonnables. » Julia Colonna

« Cœur dans les yeux et chaleur dans les oreilles »

« J’aime La Laiterie pour toutes les opportunités qu’elle m’a offert : j’y ai vu Cat Empire, Patti Smith, Limp Bizkit, Dropkick Murphys, Airbourne, Beth ditto, FFF, The Brian Jonestown Massacre, Izia (en 2010), Kasabian (2012), les débuts d’Orelsan (2012) et Big Flo et Oli (2016), les débuts de Shaka Ponk aussi et en décembre dernier j’ai vu THE groupe que j’avais très envie de voir depuis quelques temps : Graveyard. Cœur dans les yeux et chaleur dans les oreilles (avec Clutch aussi). » Jess

Pour clore cet article je tiens à remercier tous ceux qui y ont participé, toutes ces personnes que j’ai eu grand plaisir à écouter, qui m’ont offert de partager leurs souvenirs, de me les faire vivre à travers leurs histoires toujours touchantes. Grâce à vous j’ai re-vécu La Laiterie malgré le confinement. J’aimerais à mon tour partager ce que m’a confié Thierry Danet, co-directeur de la Laiterie alors que je lui parlais de ce projet et de la manière dont vos souvenirs me touchaient : « Vous êtes en train de toucher au plus près ce qu’est La Laiterie, aujourd’hui comme hier : un lieu où l’on fabrique sa vie comme aucun autre parce qu’on y vient pour vivre en commun et physiquement, sans distance, des instants cruciaux et en même temps de passion pure, d’abandon au moment et à la musique qui rend la vie tellement plus grande, plus intense, plus dense, plus vraie en fait. J’ai un très profond respect pour chacun des concerts que nous organisons parce que, dans le public, il y a toujours des personnes qui sont en train de vivre un moment important. J’aborde ça parfois dans mes textes. De ce fait, depuis 25 ans ce lieu fabrique de la ville, de la société, du nous en même temps qu’il fabrique de l’émotion partagée et de l’intensité commune. »

© Document remis par la Laiterie

Crédit photo de couverture : Document remis par la Laiterie

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Commentaires (1)

  1. Super article que j’ai pris énormément de plaisir à lire. Et pourtant je ne suis allé qu’une seule fois à la Laiterie, et c’était au siècle dernier! 😉
    Grand merci aux nombreux témoins pour leurs souvenirs et bravo à Emma Schneider pour ce (très gros) boulot qui fait tellement de bien dans cette époque sans concerts…

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