Lors de la mobilisation du samedi 12 décembre, nous avons interrogé des manifestants contre la loi sécurité globale à Strasbourg. Ils nous ont fait part de leurs inquiétudes quant aux dernières actions du gouvernement, qui met en place des moyens répressifs selon eux. Certains se disent « nouveaux dans le militantisme ». Leur marche s’est clôturée par de nombreuses salves de gaz lacrymogènes tirées hasardeusement place de l’Étoile en fin de parcours.


Sur la place de la République, à Strasbourg, une assemblée populaire a commencé depuis 12h30, à l’initiative des Gilets jaunes. Ce samedi 12 décembre, une vingtaine de syndicats, collectifs et partis politiques appellent à manifester à partir de 14h contre la loi sécurité globale. Sonia, étudiante, se pointe avec quelques amis. À 22 ans, elle ne s’était quasiment jamais rendue à des rassemblements militants. Mais elle est sortie trois fois dans la rue depuis fin novembre :

« Cette loi me fait peur. C’est comme-ci le gouvernement se préparait à devenir de plus en plus répressif : la diffusion d’images de policiers pourrait être pénalisée pour des motifs flous. Ces derniers pourront aussi porter leur arme à feu hors service, dans des lieux publics. Et tout ça passe en procédure accélérée. Je trouve que c’est du délire. »

Le cortège quai des Bateliers. © Thibault Vetter / Pokaa

« L’expérience montre que les lois répressives sont utilisées de manière abusive »

Suite à la pression de la rue et une mobilisation importante des journalistes, le gouvernement a annoncé que l’article 24 du projet de loi, concernant la diffusion de vidéos de policiers, serait réécrit. 20 mètres plus loin, pendant que des personnes se succèdent au micro, Tom, écologiste du mouvement Alternatiba, s’inquiète également :

« C’est les 5 ans de la COP 21, un sommet, organisé à Paris, qui devait aboutir sur des accords entre États en faveur de l’écologie. Les mobilisation qui se sont déroulées autour furent un exemple flagrant d’utilisation de lois anti-terroristes pour réprimer des militants : certains ont été perquisitionnés, d’autres assignés à résidence. Les défenseurs de la loi sécurité globale nous promettent des garde-fous. Nous n’y croyons pas une seule seconde. Au contraire, l’expérience montre que les lois répressives sont bel et bien utilisées de manière abusive. »

Tom et Zoé. © Thibault Vetter / Pokaa

« Cette semaine, j’ai eu un coup d’angoisse en me renseignant »

Vers 14h45, le cortège s’élance lentement en direction du Palais universitaire, puis du quai des Bateliers. Pascal, la cinquantaine, fait partie du Chaudron des Alternatives, un collectif réuni « pour faire face à l’urgence sociale et climatique » :

« Cette semaine, j’ai eu un gros coup d’angoisse en me renseignant. Il y a énormément de mauvaises nouvelles. En plus de la loi sur la sécurité globale, il y a aussi le fait que la Convention Citoyenne sur le Climat ne servira finalement à rien. Quand ce gouvernement annonce quelque chose qui va dans le sens de l’écologie ou du social, c’est juste une stratégie de communication en fait. Le temps passe, et on se rend compte que ça n’a rien changé, que c’était du vent. Je suis en colère.« 

Pascal. © Thibault Vetter / Pokaa

Dans le cortège, les slogans anticapitalistes et antifascistes résonnent. Une chorale féministe chante « À bas l’État policier », pendant qu’une camionnette chargée d’un système son émet de la musique électronique. Derrière, environ 150 personnes dansent. Beaucoup sont lycéens. L’un des leurs a pris la parole au début, expliquant que « les collectifs organisateurs de « soirées électro » subissent régulièrement des saisies de matériel et des violences depuis 20 ans. » Germaine, l’une des figures de la lutte contre l’autoroute du Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO), se dit soulagée de « voir tous ces jeunes s’engager. »

Germaine © Thibault Vetter / Pokaa

Un large éventail de revendications

Les revendications ne s’arrêtent pas à la loi sécurité globale. Sabrina, 25 ans, Marie, 28 ans, et Marc, 32 ans, travaillent dans la fonction publique hospitalière. Les deux premières sont aides-soignantes, le dernier est cadre. « Pas du tout habitués des manifs », les trois sont venus ensembles. Après avoir été durement affectés dans leur travail par la pandémie, ils s’indignent que la priorité du pouvoir en place soit de passer cette loi. Marie estime que les intentions du gouvernement sont forcément douteuses, au vu des violences policières qui ont été établies ces dernières années : « Ils feraient mieux de se concentrer sur les hôpitaux, et de nous donner de vrais moyens, plutôt que de faire des annonces vagues dans des discours. »

Sous la pluie, le cortège composé de plus d’un millier de personnes avance. « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous », scande la foule. L’employée d’une boutique de la rue d’Austerlitz rétorque : « J’aimerais bien mais là je travaille. Courage ! » Arrivé place de l’Étoile, le parcours de la manifestation déclarée touche à sa fin. Il est 16h.

Une fin de manifestation agitée

Environ 200 individus tentent de continuer vers la route de l’Hôpital en passant par les jardins du centre administratif mais sont immédiatement visés par des tirs de grenades lacrymogènes. Ni trois personnes interrogées à ce moment-là, ni notre reporter, pourtant tous bien touchés par le gaz, n’ont entendu de sommations. D’un côté des gendarmes mobiles, de l’autre des CRS lancent de nombreuses salves sur la place de l’Étoile pendant une demi-heure. L’atmosphère est irrespirable. « C’est n’importe quoi, on n’a rien fait, vous ne savez même pas où vous tirez ! », hurlent des militants. Les esprits s’échauffent. Des palets de grenades lacrymogènes, des projectiles et des pétards sont renvoyés en direction des forces de l’ordre, insultés copieusement. Ils procéderont à au moins 7 interpellations et placements en garde à vue.


Un peu avant 17h, juste à côté de l’arrêt de tram Étoile Bourse, les CRS lancent une charge qui aboutit sur une échauffourée. Des personnes se plaignent d’avoir été « piétinées pour rien. » Le gros des manifestants se disperse. Pendant une petite heure, deux groupes d’une quinzaine de très jeunes militants jouent au chat et à la souris avec les policiers aux abords du centre commercial Rivetoile, avant de rentrer chez eux. À 18h, alors que l’odeur du gaz lacrymogène se dissipe, la manifestation se termine définitivement. Mais la mobilisation est « loin d’être terminée » selon Tom d’Alternatiba, qui confiait en début d’après-midi que « le mouvement risquait de s’amplifier en janvier, au vu de l’importante coordination des organisations militantes. »

Liste des organisations qui ont appelé à manifester ce 12 décembre :

  • Alternatiba Strasbourg
  • Libre pensée 67
  • Solidaires Alsace
  • Syndicat des Avocats de France Strasbourg
  • Syndicat national des Journalistes
  • FNEC-FP-FO
  • Parti Ouvrier Indépendant
  • PCF Bas-Rhin
  • Justice et libertés
  • POI 67
  • Solidaires étudiant-e-s Alsace
  • Attac Strasbourg
  • Extinction rebellion Strasbourg
  • Les sans-papiers d’Alsace LSPA
  • CGT UD du Bas-Rhin
  • Sud éducation Alsace
  • France insoumise Strasbourg
  • Gilets Jaunes Strasbourg République
  • NPA 67
  • D’ailleurs Nous Sommes d’Ici 67
  • FSU 67
  • LDH section Strasbourg
  • Syndicat NFOLC
© Thibault Vetter / Pokaa

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