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Fou et talentueux, un photographe strasbourgeois immortalise la solitude du confinement

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Photographe indépendant spécialisé en photojournalisme, reportage et photo documentaire, le Strasbourgeois Mathias Zwick a, à seulement 30 ans, un book impressionnant, et déjà le talent d’un grand. Au travers de ses voyages du bout de la rue au bout du monde, et de ses clichés de plages chinoises et illkirchoises, ce curieux nous embarque dans ses carnets de route d’un quotidien cocasse, satire d’une société tout en contrastes, comme ses photos. Gros plan sur l’un de mes coups de cœur artistiques de 2020.

C’est un peu par hasard que cet été, sur Instagram, je tombais sur le travail de Mathias Zwick. Photos de manifs ultra léchées, regard affûté sur l’actualité, tableaux humoristiques de la vie quotidienne et cartes postales décalées de proches et lointaines contrées… L’accroche fut instantanée : je m’abonnais direct.

En me perdant sur sa page, je découvrais, au détour d’un clic, sa série photo de quarantaine en solo : Confinement d’un fou ordinaire. Cynique, tragi-comique et ultra esthétique : dès juillet, j’ai voulu en faire un sujet, mais on sortait tout juste du confinement, on retrouvait enfin une presque-liberté… Et puis, nous y revoilà. La boucle bouclée, il était grand temps de vous parler de ce jeune talent de la photo.

L’effet de la rampe

Strasbourgeois expatrié un temps à la capitale, Mathias Zwick, 30 ans, est de retour dans notre ville, en témoignent ses récentes photos estivales. Des instants volés de cet été, sur nos plages du Baggersee et des exotiques gravières allemandes. Mais quand il n’est pas confiné dans la région, le photographe – membre de la coopérative internationale Inland parcourt le monde : Chine, Iran, KosovoC’est d’ailleurs à la suite d’un premier reportage sur les skateurs en Iran (Une poussée vers l’Ouest), publié en 2015 qu’il passe pro, après des études de droit et « une courte vie professionnelle de juriste ».

Iran, 2016
© Mathias Zwick

Un premier sujet qui fait sens dans son parcours. Fan de skate, qu’il voit comme « une activité intimement liée à la photo et la vidéo » et qui a « développé son œil », il commence ado, par « film[er] et photographi[er] [sa] bande de potes skateurs. » Le skate lui apprend alors à « observer la rue, son architecture, et les gens qui y évoluent. […] Une excellente formation à la photo. »

Depuis, les séries et les voyages s’enchaînent : « En règle générale, je cherche des histoires qui me semblent intéressantes et peu connues, puis je pars à l’aventure pour tenter de ramener les images qui me permettront de construire un récit visuel. Une fois le sujet produit, je le propose aux différentes rédactions qui décident de le publier ou non. »

Chine, août 2019
© Mathias Zwick
Chine, août 2019
© Mathias Zwick

Acte III : écrans de fumée et de cinéma

A l’époque encore sur Paris où il couvre régulièrement l’actu, il découvre le mouvement des Gilets Jaunes. Arrivé au cœur de l’action un peu par hasard, en suivant un de ses amis, venu chez lui pour assister à l’Acte III, il a un déclic : « cette journée a marqué un tournant, on n’était plus dans de la manifestation mais plus dans le registre de l’insurrection. Avec les Gilets Jaunes, je sentais que quelque chose d’historique s’écrivait sous mes yeux, j’ai donc décidé de les suivre au long cours, pendant de nombreux samedis ».

Paris, 16 juin 2020
© Mathias Zwick

Parti sans grande expérience de la photo de manif, il se fait rapidement la main : ses reportages sont saisissants et ne manquent ni d’humour ni d’esthétisme. Au milieu de scènes post-apocalyptiques où la tension et la violence sont palpables, il en ressort des compositions presque théâtrales, voire cinématographiques. Pas étonnant, donc, de retrouver des réals dans ses inspirations : David Lynch, Paolo Sorrentino et Wes Anderson.

Les cavaliers de l’apocalypse, Paris, Décembre 2018
© Mathias Zwick
Paris, 14 mars 2020
© Mathias Zwick

Il me cite également des photographes de rue comme Harry Gruyaert, connu pour son attrait pour la couleur, et dont il est un « immense fan », et le facétieux Matt Stuart ; et évoque les mises en scènes cinématographiques de l’artiste Gregory Crewdson, qui dépeint un American way of life sombre, empreint de mystère et d’étrangeté.

Scènes de rue

Mais son œil, et cette capacité à composer des tableaux instantanés du quotidien, Mathias le travaille avec le temps et l’expérience de la rue :

« On ne peut pas s’ennuyer quand on est photographe ! A force de faire des photos, tu peux gérer des compositions et des lumières de plus en plus complexes, avec des sujets de plus en plus nombreux. Quand tout va très vite, j’ai plus le sentiment de ressentir l’image que de la voir. La scène te transporte, je la vis tellement que j’ai le sentiment qu’elle guide mon instinct. La photo de rue ou les mouvements sociaux, c’est une immersion dans la danse des corps ».

Venu à l’image par le biais de la street photography, Mathias ne sort d’ailleurs jamais sans un appareil : « Aller dans la rue faire des photos est un excellent entraînement. Entre mes sujets, j’aime me faire des sessions […] pour continuer à exercer mon œil. En général, les gens que je photographie ne me remarquent pas. J’utilise un appareil assez discret et je me fonds dans la scène. »

Prenant très peu d’images, il ne « veu[t] pas rater un instant ou une scène qui auraient attiré [s]on attention » et m’avoue « déteste[r] passer du temps sur les retouches », essayant d’obtenir, dès la prise de vue, le résultat souhaité. « Je choisis donc juste les pellicules dont j’aime le rendu et pour le numérique, j’ai un étalonnage que j’ai confectionné et que j’applique à mes images en corrigeant les expositions et petits détails si besoin ».

Au-delà de la recherche esthétique, on retrouve dans ses sujets un attrait pour la marge, et le décalage : « à côté de l’actualité, j’aime produire des sujets sur les cultures alternatives ou sur les dérives de nos sociétés modernes. J’aime les contrastes, voire parfois l’absurde dans les sujets que je photographie. Et l’humour est une composante que je tente d’intégrer autant que possible dans mes images. Je vois le monde comme un immense théâtre nous offrant une multitude de décors et de personnages.

Parfois, pendant une fraction de secondes, ces personnages et décors s’imbriquent de façon surprenante, drôle, émouvante ou poétique. Ce sont ces petits instants qui m’intéressent. Le monde est moche, surtout en ce moment. Mais même dans le moche, il peut y avoir du beau si on y prête attention. »

Confinement d’un fou ordinaire

Printemps dernier, c’est coincé comme tout un chacun chez lui, qu’il a l’idée de sortir une série photo sur l’isolement :

« Quand le confinement a été annoncé en mars dernier, j’avais deux possibilités pour continuer de travailler : couvrir l’actualité, notamment dans les services hospitaliers ou témoigner de cette épreuve d’isolement qui semblait alors unique. Selon moi, mes confrères faisaient déjà un remarquable travail sur le terrain des hôpitaux. Je ne voyais pas ce que j’aurais pu apporter de plus qu’eux.

J’ai préféré me concentrer sur l’intimité du confinement et faire appel à mon imagination pour raconter cette assignation à résidence traversée par des millions de personnes dans le monde entier. Seul chez moi, n’ayant aucun sujet sous la main, j’ai décidé de créer un personnage excentrique et hypocondriaque qui tentait de lutter contre l’ennui et la solitude. Ça a donné une série que j’ai appelée « Confinement d’un fou ordinaire » qui a fini par être publiée dans la presse et sera exposée au Mans durant le festival Les Photographiques [ndlr : du 13 mars au 4 avril 2021]. Une petite dose d’humour et de poésie pour contrebalancer avec légèreté la crise sanitaire traversée ».

J’en profite pour lui demander comment il aborde le métier de photographe dans les conditions actuelles. Outre les projets annulés et les restrictions de circulation, il me parle de l’incertitude (« rien de pire […] quand on est porteur de projets »), mais aussi de la précarité du métier de photojournaliste : «  La crise sanitaire est un dernier coup de massue ».

Se concentrant cependant sur le positif, il note que « la contrainte […] pousse à la créativité », chose qu’il apprécie. Enfermé chez lui, sa série de confinement lui a permis de s’essayer à un nouveau genre, celui de la « mise en scène et la fiction » ; quand être restreint dans ses déplacements, l’encourage à faire dans le local : «  j’ai repris mon travail de photo-reporter en tâchant de raconter des histoires à côté de chez moi. J’adore voyager pour faire des photos, mais finalement, il y a aussi des choses très intéressantes qui se passent à quelques kilomètres de chez nous. Il faut s’adapter. En travaillant plus localement, j’apprends aussi beaucoup et j’ai l’impression de progresser dans mon métier. Tout ça me servira quand il sera à nouveau plus facile de voyager ».

Alors « confiné », oui, mais ni fou, ni ordinaire, Mathias Zwick.Un talent à suivre.

Pour en voir + sur le travail de Mathias Zwick :

Instagram
Facebook
Son site


Crédits photo : © Mathias Zwick

Fanny SORIANO

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