Samedi dernier, en plein milieu des Journées européennes du patrimoine, une quarantaine de guides-conférenciers ont participé à une flashmob place de la cathédrale pour réclamer une meilleure reconnaissance de leur métier. Ils demandent également des aides de la part de l’État, pour les aider à surmonter la crise que connaît le secteur du tourisme en raison de l’épidémie de Covid-19.

Hauts clairs sur les épaules, masques barrés d’une croix sur le visage et pancartes à la main, ils sont une quarantaine de guides-conférenciers alsaciens à remonter la rue Mercière pour se répartir aux quatre coins de la place de la cathédrale ce samedi matin. Neuf heures viennent de sonner sur le parvis presque désert. Plusieurs groupes se forment en respectant les distances de sécurité et défilent en cercle devant les grandes portes de l’édifice. En silence. Avant de s’immobiliser sous les regards intrigués de quelques touristes matinaux qui s’approchent pour tenter de déchiffrer leurs écriteaux.

« Nous sommes là pour défendre notre métier, en danger depuis quelques années, explique Ivan de la Torre, président de l’association des guides conférenciers d’Alsace. En cause notamment, un déficit de reconnaissance. « Les gens pensent parfois que l’on fait ça à côté de nos études, mais guide conférencier, c’est un vrai métier. Nous avons une carte professionnelle qui valide le fait que nous avons fait des études supérieures pour exercer ce métier. Elle nous est délivrée par les ministères de la Culture et du Tourisme. » Mais, selon lui, cette agrégation reste confidentielle pour le grand public ce qui entraîne « une concurrence déloyale ». « Il y a des gens qui se prennent pour des guides et qui proposent des visites parce qu’ils ont lu une page Wikipédia. Être guide ce n’est pas ça. » La profession demande donc plus de reconnaissance. « Cela passe par plus de contrôle, pour que n’importe qui ne puisse pas prétendre être guide. »

© Victoire Pirot

Un appel à l’aide pour survivre à la crise du tourisme

D’ampleur nationale, la mobilisation de ce samedi vise également à alerter sur la situation financière des guides, touchés de plein fouet par la crise que connaît le tourisme actuellement. « Nous travaillons beaucoup avec des groupes, en bus ou en croisière, détaille Ivan de la Torre. Mais il y a eu énormément d’annulations avec l’épidémie. » Les données communiquées par l’Office du tourisme de Strasbourg et sa région début septembre font en effet état d’une chute très importante de ce type de visite : -96% en juillet par rapport à l’année dernière, et -92% en août. « Nous avons des aides de l’État pour nous soutenir jusqu’en décembre, explique le président de l’Association des guides conférenciers d’Alsace, mais et après ? Nous demandons à être soutenu jusqu’à l’été prochain si la situation n’évolue pas. »

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© Victoire Pirot

« Il s’agit de faire comprendre aux autorités compétentes que nous sommes un métier important à défendre, explique de son côté Gustave*, l’un des guides présents à la mobilisation. Même en temps de Covid, les gens ont envie de culture. Nous vivons dans un pays fier de son patrimoine et de son histoire, leur valorisation passe par nous. » Il s’inquiète également des conditions d’exercice de la profession. « La plupart des guides sont travailleurs indépendants et ne cotisent pas au chômage. Ce qui veut dire : pas de visite, pas d’argent. Certains d’entre nous ont pris un job à côté depuis un mois ou deux. D’autres se posent tout simplement la question de se réorienter définitivement. »


V.P.
*Le prénom a été changé

© Victoire Pirot

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