La saga masquée continue, et elle confine bien au ridicule. On vous disait il y a quelques jours que l’Eurométropole et Strasbourg étaient passées au rouge et en « zone de circulation active » du virus. Une décision qui a des conséquences mais surtout qui nous faisait regarder avec d’autant plus d’attention la décision du Conseil d’État, qui devait se prononcer sur la légalité de la décision du tribunal administratif strasbourgeois, qui contestait lui de son côté l’arrêté préfectoral pris le 28 août dernier sur le port du masque généralisé. Vous n’y comprenez plus rien ? Nous non plus. Alors on va essayer de comprendre ensemble.

Une saga abracadabrantesque

Si un jour un réalisateur est en panne d’idées pour relancer la consommation de séries, qu’il se penche sur celle des masques, avec notre savoir-faire à la française. Depuis mars dernier, on se trouve sur une ligne de crête entre le risible, le mensonge et le n’importe quoi. Strasbourg ne se retrouve pas épargnée de cette défaillance complète de l’État, puisque déjà il y a trois mois, Roland Ries rendait le port du masque obligatoire dans la Grande-Île. Décision finalement annulée cinq jours après par le tribunal administratif. C’était le début d’une saga à la strasbourgeoise. Qui a bien continué et que l’on va essayer d’expliquer. 

Le bout de tissu de la discorde. © Bastien Pietronave / Pokaa

En effet, le 28 dernier, quasiment à la surprise générale, la préfète Josiane Chevalier prend un arrêté rendant le port du masque en extérieur obligatoire partout et tout le temps à Strasbourg et dans l’Eurométropole. Face à la grogne et aux débats des élus locaux, elle amende déjà sa décision, rendant finalement le port du masque obligatoire à Strasbourg et 12 autres communes de plus de 10 000 habitants dans le Bas-Rhin. Cette injonction implacable de porter le masque en extérieur, sachant qu’aucun cluster n’ait été révélé à l’extérieur, est motivée par l’augmentation exponentielle des cas de coronavirus, nouvel indicateur médiatique. Avant on relayait les morts, maintenant les malades. Progrès ?

Quoiqu’il en soit, cet arrêté finit par être « retoqué » par décision du tribunal administratif. En d’autres mots, la préfète avait jusqu’à ce matin midi pour revoir son arrêté, notamment préciser des plages horaires où la densité de population serait plus faible et enlever certaines communes de la liste. Mais les préfets, rendus plus puissants pendant la crise grâce à leur mère nourricière étatique, peuvent compter sur cette dernière. Ce dernier a en effet fait appel de la décision du tribunal administratif strasbourgeois, ainsi que celle du tribunal du Rhône.

La décision du Conseil d’État

Celle-ci devait tomber hier vers midi. Puis il a été décidé que ce serait l’après-midi. Après tout, les juges de la plus haute instance juridictionnelle de France méritent eux aussi, leur barbecue familial. Puis on s’est dit finalement que l’on se donnait jusqu’à lundi matin pour la décision, René ayant probablement pris un cubi de rosé de trop. Ça arrive même aux meilleurs. Quoiqu’il en soit : du flou, des retards et une communication à l’ouest, on a les trois indicateurs de la saga masquée.

© Samuel Compion pour Pokaa

Finalement, la décision tombe sous les coups de 23h30 : la préfète du Bas-Rhin devra effectivement revoir son arrêté. Dans des proportions moindres que celles prévues par le tribunal administratif. Pour le Conseil d’État en effet, la préfète peut ordonner le port du masque, dans un périmètre cohérent englobant les zones dans lesquelles le risque de contamination est le plus fort. Le tout sans que cela soit considéré comme une infraction à la liberté de se déplacer. Ce qui n’empêche pas en revanche la nécessité de définir des périmètres dans lesquels le port du masque sera obligatoire.

En définitive, cela signifie que pour des communes densément peuplées comme Strasbourg, où le nombre de cas positifs montent, un tel port du masque obligatoire se justifie, si des horaires claires sont précisées. Mais dans les communes de plus petites tailles, l’arrêté devra se limiter au centre-ville. Désormais, notre préfète a jusqu’à demain midi pour modifier son arrêté. Elle devra le rendre clair et lisible pour tout le monde, ce qui n’est pas une mince affaire.

Le Bas-Rhin en zone rouge

Dernière nouvelle réjouissante : après Strasbourg et l’Eurométropole qui ont vu les cas positifs augmenter sur la semaine du 24 au 30 août, c’est tout le Bas-Rhin qui passe en zone rouge depuis hier, dimanche 6 septembre. Qu’on s’entende bien : la situation sanitaire n’a pas grand-chose à voir avec celle de fin mars et tout le mois d’avril dernier. Les hôpitaux de la région ne sont pas saturés, on soigne mieux le Covid et se sont surtout les moins de 40 ans qui sont positifs à la Covid-19, une frange de la population ne présentant pas ou très peu de formes sévères.

© Samuel Compion pour Pokaa

Néanmoins, le virus circule toujours et cela possède une incidence sur notre département, que l’on vous résume ici, et que vous retrouverez en détail dans ce décret du 10 juillet :

  • Limiter, voire interdire les rassemblements. En tous les cas, ceux de plus de 5 000 personnes sont désormais interdits. Ce qui signifie que l’on ne peut plus faire de demande de dérogation pour augmenter les jauges. Coup dur pour le Racing, qui avait l’intention de demander une telle dérogation, après la venue de la maire et de la préfète lors du retour à la Meinau le 29 août dernier.
  • Fermer partiellement ou complètement les établissement dits non-essentiels, c’est-à-dire les bars ou les restaurants principalement, ou les salles de loisir. Grosso modo, ceux qui ont déjà bien pris cher.
  • Éventuellement limiter les déplacements au sein d’un territoire. Limite des 100km, nous revoilà.

Ces pouvoirs supplémentaires donnés à notre préfète ne sont pas forcément une bonne nouvelle vu comment elle semble apprécier d’aimer les utiliser à foison. Mais en tous les cas, elle ne va pas manquer de travail dans les jours à venir…

Ce sont dans les situations de crise que l’on apprécie la compétence de nos leaders. Dans celle des masques, on n’a pas à chercher midi à 14h pour se rendre compte de l’incohérence totale qui règne sur la question depuis mars dernier. Le problème c’est que ce genre de situation offre un terreau fertile du complotisme  puisque c’est mal géré, incohérent, et avec trop de retournements de situation. Quelle année bizarre.

5 COMMENTAIRES

  1. Ça pour une année bizarre.
    Bon je viens de me promener sans masque et j’ai croiser un fille qui distribuait des tracts pour une agence immo.
    Je risque surtout de l’attraper de mes enfants car ils mangent à la cantine.
    Bref le masque c’est une affaire de bon sens.
    Ça manque à certains de nos élus….

  2. Ce qui est insupportable, c’est de ne gérer que par la menace. Je me souviens de M. Castanet qui tous les trois mots assénait: 135€, A croire que pour se donner l’impression de maîtriser une situation, il n’y a que la solution de sanctionner. En fait, on n’est pas contre le port de masque mais contre cette infantilisation permanente et ces positions d’autoritarisme. Insupportable. Il ne manque plus que le périmètre des 100km et ce sera le bouquet. Mais attention, pendant ce temps, l’état se demande si on ne pourrait pas réduire la quatorzaine à 7 jours! Évidemment, c’est un autre sujet ! Où est la logique ?

  3. .
    Au-delà des apparences soyons vigilants..du respect de soi-même à celui des autres..plus vite nous comprendrons plus vite nous verrons le bout du tunnel

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