On l’a connu dans le personnage du journaliste débraillé et alcoolique, caricature du petit reporter local, en mission au cœur du Groland profond. C’est ensuite avec Benoît Delépine, autre auteur et acteur de l’émission, qu’il a commencé à écrire et à réaliser des films. Un duo devenu inséparable depuis leur premier film « Aaltra »en 2004, jusqu’à « Effacer l’historique », dixième long-métrage en commun, dans lequel Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero se retrouvent tous les trois victimes des affres de notre ère numérique actuelle. Une nouvelle satire sociale mordante et grinçante comme à l’habitude des deux réalisateurs, qui mixent humour noir, regard sur le monde actuel, misère sociale et morale pleine d’humanité.

C’est à l’hôtel Hannong que le rendez-vous a été donné. Gustave Kervern nous accueille avec sympathie, il a cette allure de grand gentil qui nous met immédiatement à l’aise. Et c’est dans une ambiance décontractée que nous discutons de la place de la technologie et des outils numériques dans notre époque, de l’intelligence artificielle, des galères administratives, et des historiques qu’on aimerait parfois effacer.

Dans ce nouveau long-métrage, vous abordez certaines absurdités technologiques, dans notre ère numérique. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Gustave Kervern : Je crois que ça nous concerne tous. Au départ, je pensais que ce n’était que Benoît Delépine et moi qui avions des problèmes avec le numérique. Bien qu’on ait tous du mal à ne pas se mélanger les pinceaux avec les mots de passe à rallonge par exemple, les identifiants pour se connecter à un site etc. Encore plus quand on est une famille. J’ai deux enfants et quelques fois ma femme change d’identifiant pour acheter quelque chose et après moi, quand je me reconnecte, je ne l’ai plus. C’est classique. Mais nous ne voulions pas parler que du numérique, nous voulions aussi aborder les problèmes administratifs, les mutuelles… On est englués dans un tas de problèmes très chronophages avec des choses qu’on ne maîtrise pas, ça prend énormément de temps et on peut même frôler le burn-out. Ça m’est quasiment arrivé. Un jour je me suis dit que j’allais tenter de faire baisser toutes mes factures, de téléphone notamment. C’est plus simple aujourd’hui de changer d’opérateur, mais à l’époque c’était toute une aventure, c’était un enfer. Au final, j’ai changé d’opérateur et je paye quasiment encore plus cher qu’avant. Ça me rend fou. Pour les mutuelles c’était pareil. J’étais vraiment très déprimé à cette époque-là, j’avais l’impression de ne rien comprendre à rien. On s’est demandé avec Benoît si ça n’était familier qu’à nous, puis on a écrit le film, on en a parlé et on s’est aperçus que tout le monde avait ce genre de difficultés. Quand on l’a présenté à Berlin devant 1000 allemands qui ont ri du début à la fin, on s’est dit que visiblement ces problèmes touchent une majorité de personnes.

C’est international (rires). À la base, vous vouliez écrire un film sur les gilets jaunes, non ?

Gustave Kervern : On avait plutôt l’idée d’un seul personnage. Denis Podalydès était notre personnage principal à qui il arrivait plein de problèmes. Il habitait dans une zone périurbaine et n’arrivait pas à vendre son véhicule diesel. Puis est apparue la crise des gilets jaunes avec ce problème d’essence qui augmentait. Finalement, on s’est dit qu’on allait peut-être arriver un peu trop tard, comme un cheveu sur la soupe. Donc on a réfléchi et on a décidé d’ajouter Blanche Gardin et Corinne Masiero au scénario pour partir sur d’autres problématiques, comme ces fameuses annotations, ces étoiles qu’on met aux restaurants, aux chauffeurs VTC, aux séries télévisées… Essayer de quadriller, de faire un plan d’ensemble d’une France qui vit avec la télévision, le téléphone en permanence. Avec des problèmes de bagnole et de pouvoir d’achat surtout.

Sommes nous, selon vous, tributaires aujourd’hui des outils numériques ?

Gustave Kervern : Oui forcément. Les GAFA ont gagné la partie, même pendant le confinement, parce qu’effectivement le téléphone a pris une place encore plus considérable à cette période-là. Même moi je le reconnais, mes enfants étaient sur leur téléphone pendant tout le confinement. Ils arrivaient à faire de la gymnastique entre copines, donc on ne peut pas non plus jeter tout le numérique au feu, mais par contre le problème c’est l’abus. Mon fils par exemple restait jusqu’à 6 h du mat’ sur son téléphone à faire je ne sais quoi, pour après se réveiller à 18h, ça devenait n’importe quoi. Comme dans toute chose c’est l’abus qui devient gênant. Mais on est tous addict au téléphone, on regarde nos mails, on a besoin du téléphone pour marcher dans la rue et trouver des adresses, on le consulte sans arrêt, on fait des photos comme jamais on en a fait. L’identité numérique est presque plus importante que l’identité propre, ça devient fou. Surtout pour les jeunes, qui sont très sensibles à leur identité numérique, le paraître a pris une importance considérable, ils flippent de certaines photos qu’ils postent sur Instagram, on dirait qu’ils jouent leur vie. Et il y a plein de dérives, plein de harcèlements… Toutes ces dérives vont s’accentuer à mon avis, et au bout d’un moment ça risque de poser un gros problème.

© Grégory Massat

La technologie se veut être une ouverture sur le monde alors qu’au final on a la sensation qu’elle déshumanise plus qu’autre chose et qu’elle isole.

Gustave Kervern : Tu utilises beaucoup ton téléphone ?

Oui je l’utilise beaucoup. Mais si vraiment on voulait s’en passer, est-ce qu’on pourrait encore le faire ?

Gustave Kervern : J’ai quelques copains qui ont des téléphones vraiment sommaires, juste pour appeler, tu vois ? Bon ils y ‘arrivent, mais il faut qu’ils aient quand même un ordi à la maison. C’est un entre-deux. Même Cantona il a un téléphone où tu ne peux pas envoyer de photos. Mais après effectivement, souvent tu dois être relié en permanence ne serait-ce que pour le travail. En plus avec le télétravail, on était obligés d’être sans cesse en liaison avec le patron ou les amis, et c’est vrai qu’il y a pas mal de messages qui ne servent à rien dans tout ça. Mais tu regardes quand même ton écran toutes les cinq minutes, aussi pour lutter contre l’ennui, et quand tu n’as pas de messages tu te dis : « Merde qu’est ce qu’il se passe ? » et tu en envoie un parce que tu n’en as pas reçu. Le cerveau est totalement phagocyté par le téléphone portable.

Certaines personnes continuent de vouloir lutter contre ça, en disant par exemple qu’ils refuseront à leurs enfants d’être ultra-connectés. Le problème aujourd’hui c’est qu’en privant les jeunes d’avoir le portable dernier cri, ils risquent de se retrouver mis à part à l’école par exemple parce qu’ils ne seront pas « à la mode ».

Gustave Kervern : Exactement, ça peut même être assez violent. Même pour les habits d’ailleurs. Quand tu n’es pas habillé à la mode, tu es montré du doigt, et effectivement si tu n’as pas de téléphone tu passes pour le dernier des ringards. Et vu qu’ils sont très sensibles à leur image à cet âge-là, c’est carrément la fin du monde. Nous on a réussi par exemple à faire en sorte que notre fils jusqu’à ses 16 ans nous remette son portable à 20h. T’imagines ? Mais c’était un exploit tu vois. Maintenant c’est fini il a 18 ans. C’est un rouleau compresseur, ou alors faut être un mormon. Mais c’est impossible de lutter contre ça dans la cour de récré.

Selon vous l’homme s’est laissé dépasser par l’intelligence artificielle ?

Gustave Kervern : C’est ce qu’on montre bien dans le film. Denis Podalydès se laisse avoir par une voix synthétique. Le problème de tout ce numérique c’est que toutes les données sont récupérées par les géants du net mais aussi par les gouvernements. Aux Etats-Unis par la NSA. Tu es transparent. Souvent on dit :  » Je n’ai rien à cacher », mais le problème c’est que ton identité numérique existe. En Chine, ce sont les champions en terme d’espionnage de l’individu. À Singapour ou en Corée du Sud, il y a le traçage numérique qui s’installe, ça peut être dangereux. Toutes les données sont collectées par des entreprises qui les cèdent à d’autres entreprises, ça crée des algorithmes. Tu sais, sur les sites quand tu dois cocher les feux rouges c’est pour travailler sur l’intelligence artificielle. On ne sait pas où ça va aller. On n’est pas non plus dans une science fiction où la machine va dévorer l’homme, mais en tout cas ce sont des points d’interrogations et la surpuissance des GAFA, c’est le vrai danger. Il y a une dizaine d’entreprises qui sont plus fortes que le président américain lui-même.

© Grégory Massat

On est plus libres au final, on est surveillés en permanence, notés sur tout… Si jamais on fait quelque chose de travers il faut faire attention qu’il n’y ait pas une vidéo.

Gustave Kervern : C’est pour ça que je me suis arrêté de sortir à un moment. Il y avait des mecs qui me prenaient en vidéo, ça me faisait chier et je me suis dit qu’il fallait que j’arrête. On est espionnés quoi. Ce n’est pas possible. Comme tu dis on est surveillés, il faut faire attention en permanence, aux voisins qui pourraient te filmer, à n’importe qui qui prend une photo de toi. C’est comme un bracelet électronique. On a peur, même avec les histoires de sextape. Enfin moi je suis pas concerné (rires), mais dans le film c’est l’objet des embêtements de Blanche Gardin.

Dans votre film justement, les trois personnages ont des soucis avec les outils numériques, ils ont chacun un problème assez concret mais on les voient également dans les galères administratives du quotidien qui nous sont familières, comme les mots de passe, les comparatifs de mutuelles… À la fois c’est drôle mais aussi tragique.

Gustave Kervern : On pratique l’humour noir donc ça touche au plus profond des êtres humains. On dit souvent que nos films sont tristes mais gais et c’est même les indications qu’on donne aux comédiens quand ils nous demandent comment ils doivent jouer. Tristes mais gais. Pour nous ça veut dire beaucoup. Face à certaines de nos scènes certains réagissent en riant tandis que d’autres sont très touchés, je trouve ça génial. Le film tu le vois avec ton vécu, ta sensibilité, tu te fais ton propre film. Chacun se projette dedans et voit ce qu’il veut voir. Quand on pratique ce genre d’humour noir, ça peut être à deux entrées.

Avez-vous choisi les comédiens après avoir écrit le scénario ou avez-vous écrit le rôle pour eux ?

Gustave Kervern : On aime écrire en ayant déjà les acteurs en tête. On a toujours fait ça. Par exemple quand on a fait « Mammuth » avec Depardieu, si il avait refusé le rôle, on ne l’aurait pas fait. On ne voyait que lui en mec de 60 ans sur une moto. On avait même pas encore écrit le scénario, quand on est allé le voir pour lui proposer l’idée. On lui a dit que si il n’acceptait pas, on ne ferait pas le film. Il faut vraiment avoir les acteurs en tête et c’est comme ça que pour « Effacer l’historique » on est partis sur un trio d’acteurs avec lesquels on avait jamais tourné. On voulait un peu changer, car on avait beaucoup tourné avec les mêmes auparavant (Dupontel, Poelvoorde, Depardieu). Denis Podalydès on l’avait en tête depuis bien longtemps car on adore les films qu’il fait avec son frère. Des films d’humour. C’est un humour différent du nôtre mais qu’on aime beaucoup. Corinne Masiero c’est la grande gueule et on l’aime bien. Puis Blanche Gardin on ne la connaissait pas mais j’avais vu des extraits de son spectacle à la télé, tout le monde parlait d’elle, on s’est dit qu’on allait tenter notre chance. On est allé la voir à la fin de son spectacle pour lui proposer le rôle. Elle adorait nos films et l’émission Groland, du coup elle a dit oui et le trio s’est formé comme ça, avec trois personnalités complètement différentes. Dans la vie comme dans le film.

© Grégory Massat

Vous avez une petite anecdote de tournage à nous raconter ?

Gustave Kervern : On a pas mal d’anecdotes, nos tournages sont assez vivants. J’en ai une mais que je ne peux pas te la raconter (rires). Mais par contre quand on est allé voir Blanche Gardin dans sa loge et qu’on lui a dit qu’on tournerait en août, elle nous a dit qu’elle ne pourrait pas car elle avait son film à écrire. On était désespérés et là je ne sais pas pourquoi on lui a dit : « C’est vraiment dommage car le film va se faire avec Viggo Mortensen » (rires). Elle a répondu : « Viggo Mortensen ? Je l’adore, je ne peux pas louper ça, je vais réfléchir. » Heureusement, elle a de l’humour et elle a dit oui. Bon elle s’est retrouvé avec Denis Podalydès qui n’a pas le même physique mais qui a quand même cette prestance danoise. Voilà ce sont des petits mensonges rigolos.

Vous avez également fait apparaître plusieurs de vos acteurs fétiches dans ce film. C’était une évidence pour vous ?

Gustave Kervern : C’est notre dixième film et on voulait un peu faire notre jubilé comme au foot. On leur a dit que comme c’était notre dixième, ils devaient venir gratuitement. Bon vraisemblablement ce n’est pas notre dernier, mais on les a un peu eu comme ça. Benoit Poelvoorde vient toujours gratuitement pour les apparitions dans nos films. C’était aussi l’occasion d’avoir tous nos copains et de faire des belles apparitions. On a essayé de réunir tous les amis. Je ne te cache pas que ce ne sera pas notre dernier film mais ce sera notre dernière comédie sociale. On commence à avoir l’impression d’avoir fait dix fois le même film, on va essayer de faire autre chose, un polar absurde ou quelque chose comme ça, mais on va changer de créneau. On en a un peu ras le bol du social (rires). On a donné. Surtout que déjà dans Groland on décortique l’actualité. Mais ce n’est pas déprimant franchement, parce que déjà on se marre, les tournages sont géniaux en terme de rigolade, on s’amuse. Puis l’absurdité du monde est réelle, il faut prendre ça avec humour. L’écologie par contre ça me déprime, les forêts qui brûlent, les ours seuls sur leur banquise… Ça c’est un sujet qui nous dépasse, sur lequel les gens n’ont pas de prise. Il y a une espèce de rouleau compresseur économique qui fait qu’on arrive pas à se sortir de ça, c’est ce qui me déprime le plus. Je sens qu’on va droit dans le mur. C’est plus facile de faire rire sur les travers de la vie quotidienne, parce qu’il n’y a pas mort d’homme non plus. C’est ça qu’on a voulu montrer dans notre film.

© Grégory Massat

Tous les déboires racontés dans le film, ce sont des anecdotes vécues ?

Gustave Kervern : On a tout vécu oui. Sans se faire trop avoir non plus. On ne s’est par exemple pas fait manipuler par un Africain derrière un téléphone, mais par contre, je me suis fait pirater ma CB il y a deux semaines. Je passe un temps fou avec l’administration. Je flippe sur les sites parce que j’ai peur de me faire piquer mon code. Tout nous est arrivés, mais on est pas forcément naïfs, c’est surtout qu’on ne comprend pas. Comme je te l’ai dit les forfaits téléphoniques je ne comprends toujours pas pourquoi je paye aussi cher. Je demande à mon fils qui est censé mieux s’y connaître et il me dit que c’est normal. Mais ça tu sais c’est ce que te répondent les ados quand ils ne veulent pas se faire chier. Mon objectif numéro 1 de cette année : faire baisser mon forfait téléphonique.

Les trois personnages principaux vivent dans un lotissement. Ils ne sont pas dans la misère mais tout de même dans une certaine précarité financière. Blanche Gardin n’a quasiment pas de meubles, Denis Podalydès ne mange que des coquillettes au beurre… Pourtant ils possèdent tous les outils numériques, les portables, les ordis, les télés, les abonnements …

Gustave Kervern : Ils ont pris une place considérable dans le budget familial.

C’est devenu plus important aujourd’hui de posséder ces biens-là, que de se nourrir correctement par exemple ?

Gustave Kervern : Tu as tout à fait raison. Beaucoup de gens se privent de viande régulièrement, mais par contre la télé à écran plat est partout. Après la télé ne coûte plus si cher, mais je suis toujours étonné de voir le nombre d’abonnés à Netflix ou qui possèdent des forfaits de téléphone exorbitants. Bien que visiblement le téléphone, il y a des gens qui arrivent à ne pas le payer trop cher… (rires). Mais c’est vrai que cet abonnement + cet abonnement + cet abonnement, ça fini par faire beaucoup. Les trois personnages font partie de la classe moyenne, ils ne sont pas totalement à la rue, ils arrivent à payer leur crédit difficilement, mais sortent de moins en moins. Du coup, ils mettent 10 euros dans Netflix et ils restent à la maison. On a tourné dans un lotissement du côté d’Arras, ils avaient tous des pompes à bières chez eux, bon ça c’est le Nord… (rires), mais ils avaient aussi le bar et le cinéma, au pied du lit. T’as le lit double et la télé qui fait tout le mur. Les gens travaillent, rentrent à la maison et ils payent le loyer, les crédits, et ne sortent pas, ne vont pas au restaurant, économisent sur le moindre truc. Les coupons de réduction c’est le quotidien de millions de gens en France. Faire attention à ton kilométrage, être à l’euro près. On en rigole dans nos films, mais pour beaucoup de gens ce n’est pas si drôle que ça. Après c’est notre boulot de rire des choses du quotidien, c’est ce qu’on fait depuis 25 ans à Groland. Faut s’en amuser.

© Grégory Massat

Dans le film, Christine est addict aux séries. C’est assez actuel à une époque où 6 millions de Français sont abonnés à Netflix. Et vous à quoi êtes-vous addict ?

Gustave Kervern : Je suis addict au foot. Je sais c’est un peu nul. Mais du coup j’ai 4 abonnements quand même pour le voir. J’avais fait un sketch pour Groland d’ailleurs là-dessus. Je suis comme un ado, je regarde « l’Équipe du soir » tous les jours jusqu’à minuit. C’est des mecs qui discutent de foot autour d’une table. Bon c’est ma seule addiction donc ça va non ? L’alcool et la drogue j’ai arrêté (rires). Mon seul truc c’est ça, et les séries aussi, bien qu’on les critique.

Étant donné que Pokaa est un média strasbourgeois, si vous pouviez amener quelque chose de Strasbourg chez vous ce serait quoi ?

Gustave Kervern : L’ancien entraîneur de foot strasbourgeois Gilbert Gress.

Merci à Gustave Kervern, l’équipe des cinémas Star, de l’hôtel Hannong et à Grégory Massat pour les photos.

« Effacer l’historique » est actuellement à l’affiche dans les salles du cinéma UGC et des cinémas Star.

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