Une cinquantaine d’associations et collectifs opposés à l’implantation d’Amazon en Alsace appellent à un grand rassemblement samedi 11 juillet à 14h, devant le siège de la communauté de communes du Pays de Barr. Dans leur viseur : le projet de construction d’un entrepôt logistique titanesque à Dambach-la-ville, près de Sélestat, dont ils craignent les conséquences négatives sur l’environnement, l’emploi local et le tourisme.

Numéro un du e-commerce en France, Amazon compte actuellement une vingtaine de centres logistiques au sein de l’Hexagone. Mais un nouveau point pourrait bientôt venir s’ajouter à la carte que le géant américain présente sur son site. La firme s’intéresse en effet à un terrain intercommunal, situé au milieu de la Plateforme d’activité d’Alsace centrale (PAAC) à Dambach-la-Ville, pour y construire un entrepôt de 150 000m2 mesurant plus de 18 mètres de haut. Selon les Dernières Nouvelles d’Alsace, le géant américain aurait annoncé la création d’un millier d’emplois grâce à cette structure. Mais le projet est loin de faire l’unanimité.

© Thibault Vetter

« Une ineptie environnementale »

Début mars, deux vignerons du secteur ont lancé une pétition sur change.org pour alerter les élus de la Communauté de communes du Pays de Barr sur les conséquences négatives de cette implantation. Le texte aborde plusieurs points, à commencer par la destruction d’emplois au niveau local. Il s’appuie à ce sujet sur une note de l’ancien secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi, dans laquelle le député LREM juge que « pour un emploi créé chez Amazon, le commerce de proximité a perdu 2,2 emplois » en 2018.

Les opposants au projet s’inquiètent également du trafic routier généré par la plateforme logistique. Leurs estimations font état de 1000 poids lourds et 4 500 utilitaires journaliers supplémentaires sur les routes de la Communauté de communes du Pays de Barr. « C’est une ineptie environnementale, dénonce Yéliz, médecin et membre du collectif le Chaudron des alternatives engagé dans la lutte contre l’implantation d’Amazon en Alsace. Le Centre Alsace est une région déjà particulièrement touchée par la pollution aux particules fines. Cela a des effets sur la santé, on sait que cela provoque des AVC. » Au-delà de l’aspect environnemental, la militante pointe également « un problème de système. Le système Amazon, c’est un reliquat de l’ancien monde. On sait que nos ressources sont limitées, comment peut-on continuer à miser sur une consommation effrénée, illimitée ? »

Autres éléments évoqués : la bétonisation de 18 hectares de terres pour un ériger un entrepôt massif s’élevant sur trois étages. Il sera deux fois plus haut que les constructions situées à proximité, et nécessitera une révision du plan local d’urbanisme qui limite pour le moment à 18m la hauteur des bâtiments. Une « source de pollution visuelle », pour Florian Beck, l’un des deux vignerons à l’origine de l’opposition au projet. « Indirectement, cela pourrait avoir des conséquences négatives sur l’attrait touristique de la région », explique celui qui regrette « une telle consommation de terres agricoles pour une activité peu porteuse d’emploi au regard des surfaces consommées. »

Vue de Dambach-la-Ville © Studio Pygmalion / Pays de Barr

Proposer des alternatives

La pétition compte actuellement près de 17 000 signatures. Elle a reçu le soutien de commerçants locaux, ainsi que d’une soixantaine d’associations et collectifs comme Alternatiba ANV Strasbourg, GCO non merci, Nous voulons des coquelicots, le Chaudron des alternatives, Alsace Nature ou encore Extinction Rebellion Strasbourg. Tous appellent désormais à un grand rassemblement devant le siège de la Communauté de commune du Pays de Barr le samedi 11 juillet à 14h. La pétition sera alors officiellement remise aux élus locaux.

Plusieurs animations sont prévues, parmi lesquelles un temps de réflexion sur des alternatives à l’implantation d’Amazon. Les opposants à la plateforme planchent en effet depuis plusieurs mois sur des propositions à soumettre aux élus pour créer de l’emploi local. Maraîchage, régie pour alimenter les cantines de la communauté de commune, halles de marché pour les producteurs locaux, conserverie, construction d’atelier pour des artisans… les idées ne manquent pas et « toutes sont bonnes à prendre », explique Florian Beck. Sur ce dossier, il y a un volet opposition et un volet proposition. Le but, ce n’est pas de s’opposer pour s’opposer. On essaie simplement de construire un meilleur avenir pour notre territoire. »

Victoire Pirot

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