Voilà donc un peu plus de deux mois qu’Emmanuel Macron ne s’était pas adressés à nous Français. Son petit rond de table à l’Élysée commençant à lui manque, le président de la République a prononcé sa quatrième allocution présidentielle ce soir, dimanche 14 juin à 20h, depuis le début de la crise du coronavirus, mais la première en mode déconfinement. Une allocution qui avait plusieurs buts, et notamment celui de préparer l’avenir. Petit retour sur ce qui a été dit.

Les infos pratiques

Puisque dans les discours fleuves, il faut savoir retrouver l’essentiel, Emmanuel Macron a dévoilé quelques informations importantes concernant la poursuite du déconfinement de la France.

  • Tout d’abord, tout le pays passe désormais en zone verte, ce qui impliquera une « plus grande reprise du travail ».
Retour des cigarettes
  • Les déplacements entre les pays européens seront possibles à partir de demain, lundi 15 juin, et malgré tout l’imbroglio franco-allemand qui nous a fait perdre quelques cheveux. Seule exception : l’Espagne rouvre ses frontières européennes le 21 juin. En outre, à partir du 1er juillet, il sera possible, dans les pays non-européens dans lesquels la situation sera bonne, d’à nouveau se déplacer.
  • Les crèches, écoles, collèges, devront accueillir tous les élèves, de manière obligatoire et selon les horaires de présence habituels, dès le 22 juin, troisième phase du déconfinement sauce Édouard Philippe.
  • De leur côté, les visites « pour nos aînés en maison de retraite ou en établissement devront désormais être autorisées. »
  • Enfin, il n’y aura pas d’augmentation d’impôts pour financer les dépenses liées à la crise, alors que notre pays est l’un de ceux ayant la fiscalité la plus lourde – RIP celles et ceux devant payer leurs impôts aujourd’hui. « Nous avons mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie (…) c’est inédit, et je veux que vous le mesuriez pleinement. Dans combien de pays cela a-t-il été fait ? C’est une chance et cela montre la force de notre Etat. » a déclaré le chef de l’État. Comme réponse, Emmanuel Macron souhaite bâtir un modèle économique plus durable, on produisant plus pour ne pas dépendre des autres.

Trois grands axes pour les deux dernières années du quinquennat

Et justement, le Président a développé les trois axes qui devront régir non seulement ses deux dernières années à la tête de la France, mais également la décennie à venir, pour « retrouver notre indépendance pour vivre heureux et vivre mieux ». Il n’a pas hésité à rappeler le tribut que l’on devait aux soignants, qui nous ont aide à remporter la « première victoire contre le virus ». Un rappel pas tout à fait innocent, à seulement deux jours d’une grande journée de manifestation pour le personnel soignant. Une manifestation par ailleurs autorisée, avec le jugement du Conseil d’État.

Très vite pourtant, le président de la République est revenu à son cheval de bataille préféré : l’économie. Il souhaite ainsi « accélérer la reprise pour faire repartir l’économie en protégeant les plus fragiles ».

Axe 1 : une économie forte, écologique, souveraine et solidaire

Ce qui a été concrètement annoncé pour cet axe : rien. On sait juste qu’Emmanuel Macron envisage l’avenir de la France avec lui.

Reprenant tout le vocabulaire des différentes questions que la France s’est posée sur un utopique monde d’après pendant le confinement, Emmanuel Macron veut instaurer une économie forte, écologique, souveraine et solidaire, « quoiqu’il en coûte » pour reprendre sa formule. Dans un exercice certifié M2 de poudre de perlimpimpin, le chef de l’État a déclaré : « J’assumerai avec vous, je m’engagerai dans cette reconstruction économique. Il faut d’abord tout faire pour éviter les licenciements le plus possible. » Pour cela, il a annoncé l’ouverture de négociations avec le patronat et les syndicats.

Le futur imaginé par Emmanuel Macron, allégorie. © Coraline Lafon

Ensuite, « il nous faut créer de nouveaux emplois en investissant dans notre indépendance technologique, numérique, industrielle et agricole par la recherche, la consolidation » Il détaille alors quelques emplois de demain, comme dans des transports moins polluants, dans la rénovation thermique de nos bâtiments ou encore en développant notre stratégie maritime. Mais cette relance se fera aussi par la santé, puisqu’il évoque le Ségur qui a lieu en ce moment-même : il promet une revalorisation du personnel soignant, ainsi qu’une transformation de l’hôpital et de la médecine de ville. Enfin, il a également annoncé développer l’investissement dans l’instruction, la formation et les emplois de la jeunesse. En effet, « c’est elle qui porte la dette écologique et budgétaire de la crise passée ».

Axe 2 : le racisme et les violences policières

Ce qui a été concrètement annoncé : là-encore, rien.

Avec les différentes manifestations contre les violences policières, à la suite de la mort de George Floyd, tué par un policier à Minneapolis le 25 mai dernier, le président de la République a voulu se poser en rassembleur dans ces temps de divisions. C’est ce qui lui fait déclarer : « Nous sommes une nation où chacun, quelles que soient ses origines et sa religion doit trouver sa place. Est-ce vrai pour tout le monde ? Non. Notre combat doit donc se poursuivre, s’intensifier pour permettre d’obtenir les diplômes et les emplois qui correspondent au mérite étincelant de chacun et lutter contre le fait que le nom, l’adresse, la couleur de peau réduisent trop souvent dans notre pays. » Il promet ainsi de nouvelles mesures fortes pour l’égalité des chances.

© Martin Lelièvre pour Pokaa

Néanmoins, il critique également combat noble qui serait dévoyé : « lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé. Ce combat est inacceptable lorsqu’il est récupéré par les séparatistes. » Dès lors, il indique que « la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statue. » Cette phrase placée en référence avec la tendance actuelle américaine et britannique de déboulonner des statuts ces derniers jours. À la place, il souhaite plutôt « lucidement regarder ensemble toute notre histoire, toutes nos mémoires, notre rapport à l’Afrique en particulier pour bâtir un présent et un avenir possible d’une rive, l’autre de la Méditerranée, avec une volonté de vérité et en aucun cas de revisiter ou de nier ce que nous sommes. » Ce serait peut-être bien de penser à enfin construire un musée portant sur la période coloniale française non ? 

Axe 3 : définir les priorités de la fin du mandat

Ce qui a été annoncé : une décentralisation accrue et le fait que l’on reverra Emmanuel Macron sur nos écrans au mois de juillet. Maigre consolation lorsqu’on aurait pu avoir France-Belgique en finale de l’Euro.

Dans le dernier axe, Emmanuel Macron souhaite ouvrir une nouvelle page pour le pays. L’idée est de faire différemment, un principe qu’il souhaite également appliquer à lui-même. Ainsi, « c’est dans cet esprit de concorde que j’ai demandé aux présidents des deux chambres parlementaires et du Conseil économique, social et environnemental de proposer quelques priorités susceptibles de rassembler le plus grand nombre. »

Il développe également le fait d’une décentralisation accrue, et en cela de « bâtir de nouveaux équilibres dans le pouvoir et la responsabilité. Tout ne doit pas être décidé à Paris. » Il annonce alors que pour ouvrir une page nouvelle, cela se fera en donnant « des libertés et des responsabilités inédites à ceux qui agissent au plus près de nos vies. Liberté et responsabilité pour nos hôpitaux, nos universités, nos entrepreneurs, nos maires et beaucoup d’autres acteurs essentiels. » Des secteurs qui, selon le Président lui-même, ont admirablement agi durant la crise. Enfin, il déclare qu’il reprendra la parole en juillet, pour faire le point sur ces différents axes et propositions.

Ces 19 minutes d’allocution auraient pu être réduites à deux. Les annonces concrètes ne sont pas myriade, mais ce n’était sans doute pas le but. Aujourd’hui, Emmanuel Macron voulait se replacer dans la tête des Français, en impulsant un cap pour le pays, en bon chef d’entreprise qu’il est. Pour les annonces plus concrètes, il faudra sans doute attendre Édouard Philippe aux alentours du 22 juin.

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