Comme dans de nombreuses villes à travers le monde, une centaine de personnes se sont réunies à Strasbourg ce mercredi 3 juin en hommage à George Floyd, un afro-américain tué par un policier à Minneapolis. Face au consulat des États-Unis, les militants ont aussi dénoncé le caractère systémique du racisme, et pointé du doigt les violences policières et les morts suite à des interpellations en France. Reportage.

« Dîtes son nom : George Floyd ! » Le slogan résonne devant le consulat des États-Unis, avenue d’Alsace, à Strasbourg en ce 3 juin. Le 25 mai, cet homme noir de 46 ans a été tué lors de son interpellation par un policier blanc dans la ville de Minneapolis (USA). Après la diffusion d’une vidéo dans laquelle ont le voit mourir asphyxié à cause de la technique d’immobilisation utilisée contre lui, des manifestations ont eu lieu dans le monde entier : des émeutes à Minneapolis, plusieurs dizaines de milliers de personnes à New-York, Los Angeles, San Francisco, 5000 personnes à Dublin, ou encore 10 000 à Montréal. Pour la même raison, environ 100 personnes se sont réunies hier à 18h dans la capitale alsacienne. Fred tient à être présent : « J’ai failli vomir en voyant la vidéo. C’est d’une telle violence… Le racisme est un fléau, et il est encore là avec ses conséquences dramatiques. »

© Thibault Vetter

La majorité des manifestants portent des masques et se tiennent à distance les uns des autres. Les rassemblements de plus de 10 personnes sont toujours interdits dans l’espace public, « pour limiter les possibilités de propagation de l’épidémie de Covid, » selon le gouvernement. « Franchement, on ne risque pas plus de se contaminer ici que dans des supermarchés, sur des terrasses, ou au travail, » explique Monique. Pour elle, « l’interdiction de manifester est en place pour empêcher toute forme de contestation en ces temps où l’exécutif est plus que critiquable. »

« Ce ne sont pas juste des bavures, c’est systémique ! »

L’un des membres du collectif Justice et Libertés, à l’origine du rassemblement, demande deux minutes de silence. La première pour George Floyd, la deuxième pour Adama Traoré, mort en 2016 à Beaumont-sur-Oise, suite à un plaquage ventrale par plusieurs policiers. « Cela arrive aussi régulièrement en France, à des personnes noires. Rien que sur la période du confinement, on compte plusieurs morts à cause d’abus de la police. C’est pour ça que c’est très important d’être là aujourd’hui. » explique Aksal, qui est gilet jaune au QG Strasbourg République.

Kady insiste quant à elle sur « l’aspect systémique du racisme » qui crée ce genre d’événements. Pour elle, il est impossible de réduire cela à des bavures : « dans l’immense majorité des cas, les policiers qui commettent ces crimes ne sont pas condamnés. C’est le cas pour celui qui a tiré sur Lilian par exemple.«  [Le 12 janvier 2019, cet adolescent de 15 ans a été gravement blessé au visage par un tir de LBD en marge d’une manifestation alors qu’il n’y participait pas, ndlr] Selon Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, « il existe une vraie discrimination des forces de l’ordre sur les minorités raciales en France, qui commence par les contrôles de police. »

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« La violence contre des personnes de couleur est tolérée par une partie de la société. »

L’un des mots d’ordre ce jour : dire non au racisme. « Mais pas juste quand ça nous arrange, » précise une autre militante au mégaphone. Elle insiste sur le fait qu’il est « impératif de gommer toutes les formes de racisme, notamment celles du quotidien, qui peuvent sembler moins graves aux premiers abords. Ce sont elles qui créent un cadre dans lequel la violence envers les personnes de couleur est tolérée par une partie de la société. »

À 18h25, la fin du rassemblement est déclarée. Une vingtaine de personnes restent pour discuter quelques minutes, surveillées par un dispositif policier conséquent. Ce vendredi 5 juin, un autre rassemblement contre le racisme et les violences policières aura lieu place Kléber à 19h. A l’initiative d’un collectif citoyen qui s’est formé via WhatsApp, soutenu par la suite par le Wagon souk et Mama road, la manifestation devrait prendre la forme d’un sitting, pour permettre une manifestation pacifique dans le calme et le respect stricts des gestes barrières.

© Thibault Vetter

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