Il a fallu attendre la fin du confinement pour que le sujet de la culture fasse l’objet d’annonces. Une oubliée surprenante alors qu’elle représente environ 2,2% du PIB et 1,5 million d’emplois. Peut-être est-ce pour cela qu’Emmanuel Macron a décidé de prendre la main sur le sujet. On aurait pu penser que ce serait le ministre de la Culture Franck Riester qui s’en chargerait ce mercredi 6 mai, mais c’est bien le chef de l’État, davantage en mode chef d’entreprise que président de la République, qui s’y est collé. On vous a fait un résumé de ce qui a été annoncé.

Ce qui rouvre à partir du 11 mai

Emmanuel Macron l’a annoncé, manches retroussées et com rodée : « Il faut que les lieux de créations revivent ». Sont ainsi inclus les librairies, les musées, les disquaires ou encore les galeries d’art, néanmoins « sans qu’il y ait trop de brassage ».

Pour la question des théâtres, leur réouverture pour le public n’est pas encore d’actualité, le point sera fait fin mai ou début juin, probablement à la date du 2 juin, phase 2 annoncée du plan de déconfinement présenté la semaine dernière par Édouard Philippe. Cependant, les artistes pourront réinvestir les lieux, pour des répétitions par exemple.

Les droits des intermittents à l’assurance-chômage prolongés

L’annonce la plus attendue était celle concernant les intermittents du spectacle, au nombre de 250 000 en France, dont « beaucoup ne pourront pas faire leurs heures ». Concernant leurs droits en cette période de coronavirus, le président s’engage à ce que : « artistes et techniciens intermittents soient prolongés jusqu’à fin août 2021 ». En d’autres termes, leurs droits à l’assurance-chômage sont prolongés pour plus d’un an.

Franck Riester, ministre de la Culture, et Emmanuel Macron.
© Capture d’écran BFMTV Live

Si Emmanuel Macron a pu évoquer l’année blanche que les intermittents revendiquaient, il a néanmoins précisé qu’il allait « donner suffisamment confiance pour que, quasiment, on n’en ait pas besoin ». Ainsi, il poursuit : « on va donner avec beaucoup de projets les heures aux intermittents ».

À titre d’exemple, il insiste sur la présence de la culture sur les temps périscolaires. « Utilisons cette période pour faire une révolution de l’accès à la culture et à l’art ». En s’adressant aux intermittents notamment : « On a besoin de vous à l’école » pour un été qu’il souhaite « apprenant et culturel ». En d’autres termes, il demande aux artistes de se mobiliser en allant dans les classes pour faire de l’animation culturelle.

Des sourires et des aides

Le domaine de la culture étant clairement le parent pauvre de l’épidémie de coronavirus, le sourire Colgate ne suffit pas. Il était normal que le Président annonce certaines aides. Des fonds d’indemnisation seront mis en place pour les tournages annulés et pour les artistes-auteurs en difficulté. Concernant ces derniers, le chef de l’Etat indique qu’ils seront éligibles « au fonds de solidarité pour TPE et indépendants ». Ils bénéficieront de l’exonération des cotisations pour quatre mois.

Le festival Longevity.
© Martin Lelièvre / Pokaa

Par la suite, les petits festivals, les petites structures ne seront pas laissés sur le carreau au niveau des aides, puisque « l’État sera présent avec un apport en fonds propre avec la banque publique d’investissements ». Le président a également annoncé que le Centre national de la musique, créé le 1er janvier 2020 et frappé de plein fouet par la crise, aura une aide de 50 millions d’euros. Enfin, toujours dans cette optique d’aide, un « grand programme de commandes publiques » va être lancé, au profit des « jeunes créateurs de moins de 30 ans ».

Renforcer la coopération européenne et protéger les oeuvres françaises

Un des grands chevaux de bataille d’Emmanuel Macron est à coup sûr la souveraineté européenne et sa coopération. Bien qu’elle ne fonctionne pas vraiment en réponse à la crise du coronavirus, il évoque l’idée d’une Europe de la culture forte, d’une créativité à l’européenne qu’il faut protéger « des grands prédateurs chinois, américains, avec d’autres modèles, d’autres sensibilités. »

© Capture d’écran de l’écran d’accueil Netflix.

Cette annonce forte implique selon lui que « la directive SMA devra être transposée avant la fin de l’année ». Technique et complexe, comme tout ce qui est européen, cette directive fixe grosso modo un socle commun de règles pour les éditeurs de services de l’Union européenne et pour les plateformes de partage de vidéos, les réseaux sociaux et les plateformes de diffusion en direct, permettant ainsi de sécuriser et d’harmoniser le cadre juridique du secteur audiovisuel européen.

Le secteur audiovisuel européen est dès lors régulé par cette directive qui est en cours de révision pour intégrer les récentes évolutions du secteur, avec notamment la concurrence des services de streaming américain, comme Netflix ou Amazon Prime. L’objectif ? « Réussir à protéger nos catalogues d’oeuvre cinématographiques françaises grâce à la directive SMA ».

Un « mariage du bon sens et de l’innovation » mais peu de propositions

Si l’on devait retenir le souhait profond du chef de l’État lors de cette visioconférence, ce serait la volonté d’un « mariage du bon sens et de l’innovation. » En des mots moins disruptifs, cela signifie trouver des solutions en utilisant les talents déjà mis à notre disposition, entre idéalisme et pragmatisme.

Emmanuel Macron appelant au mariage du bon sens et de l’innovation.
© Capture d’écran de BFMTV Live

En concluant son intervention, Emmanuel Macron a mis les petits plats dans les grands en termes de lyrisme et de grandeur. Ce qui compte, ce sont les talents de la nation et non pas un plan. En effet, « l’idée, c’est pas un plan qu’on va mettre sur la table« , mais « une volonté très concrète de consolider ce qui est formidable et qui démontre son énergie, de réinventer des choses qui ne fonctionnaient plus, d’en inventer de nouvelles et, au fond, de refonder véritablement une ambition culturelle pour le pays ». Tout un programme, à défaut d’un vrai plan.

Ces annonces restent majoritairement très floues, et bien dans le thème de la direction d’entreprise que développe Emmanuel Macron depuis le début de l’épidémie : j’annonce, les autres disposent. Franck Riester, ministre de la Culture, n’a pas pris une seule fois la parole durant l’intervention du chef de l’État. Quoi qu’il en soit, ce dernier affirme que « l’État sera là pour accompagner la culture ». Reste à savoir comment.

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