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Congés forcés : comment les Strasbourgeois vivent-il leurs vacances sur canapé ?

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Fin mars, le projet de loi d’état d’urgence sanitaire a été voté pour permettre au gouvernement de prendre des mesures exceptionnelles durant cette période de crise liée au Covid-19. Parmi elles, certaines concernent le droit des salariés, avec notamment, la possibilité pour l’employeur d’imposer des congés pendant le confinement. Comment les Strasbourgeois et Strasbourgeoises vivent-ils ces vacances forcées, à rester sur leur canapé ?

Le 20 mars dernier, le Sénat votait dans le cadre du projet de loi d’urgence sanitaire, un amendement afin de permettre à l’employeur d’imposer à son salarié, une semaine de congés durant la période de confinement. Le projet de loi prévoyait alors d’autoriser tout employeur à imposer ou modifier les dates des congés payés d’un salarié, avec ou sans l’accord de ce dernier. Avec une restriction cependant, celle d’une durée maximum de six jours ouvrables à poser. Une fois arrivé à l’Assemblée nationale, le texte a subi quelques ajustements. En effet, si la limitation à six jours ouvrables a bien été validée par les députés, un accord collectif (accord d’entreprise ou bien de branche) est en définitive obligatoire pour imposer au salarié une semaine de congés. L’entreprise doit donc négocier avec les organisations syndicales pour pouvoir appliquer cette mesure exceptionnelle. Le contenu des mesures est accessible dans la présentation des 25 premières ordonnances prises par le gouvernement, publiées le 25 mars dernier.

Ces décisions concernent les congés pour la période 2019/2020, qui doivent être posés avant le 31 mai. Pour certains salariés strasbourgeois qui se sont vu imposer des vacances alors qu’ils sont confinés chez eux, c’est une grande déception, puisque cette nouvelle mesure met définitivement fin à leurs projets de vacances. Tandis que pour d’autres, c’est là une belle occasion de se détendre à la maison tout en soutenant son entreprise.

© Coraline Lafon


Des décisions d’entreprises qui suscitent l’incompréhension chez certains salariés

Nadine* travaille dans une grande banque française. Dès l’annonce du confinement, elle explique qu’un grand nombre de ses collègues ont été obligés de rester chez eux avec un arrêt de 14 jours afin de garder leurs enfants. Depuis, l’agence travaille en flux tendu et les journées sont rythmées par des clients qui “se déplacent pour un rien: un pour la commande d’un chéquier, un autre pour connaître le solde de son compte ou juste pour faire le point. Des actions qui ne nécessitent pas de présence physique de la part des employés, mais le télétravail leur a pourtant été refusé. La semaine dernière, l’entreprise lui apprend qu’elle est obligée de poser des jours de congés pour le motif suivant : Nous devons nous reposer dans le cas où le confinement est amené à être prolongé” Une raison invoquée plutôt étrange, qui paraît “ridicule” à ses yeux. Elle ajoute : “Autre point absurde, les congés devaient être pris obligatoirement sur le mois suivant l’annonce.” 

Face à cette stratégie, la jeune femme n’est pas dupe. D’après elle : “La véritable raison derrière cette obligation, est surtout d’éviter de se retrouver avec des employés qui ont trop de congés et qui une fois le confinement levé partiraient tous en vacances.Une inquiétude qu’elle juge une nouvelle fois absurde puisque la prise de congés requiert, d’après elle, une validation de la part de leur supérieur. Il est donc “impossible de se retrouver avec un manque de personnel dans les agences. Beaucoup de collègues absents, des agences qui ferment par un manque de personnel dont la banque est à l’origine : les décisions prises par sa direction paraissent aujourd’hui à Nadine peu compréhensibles.

© Coraline Lafon

Hélène*,quant à elle, avait à l’origine posé une semaine de vacances fin mars et une autre début mai, avec un programme plutôt chargé :prendre des vacances, aller dans la famille, se promener, profiter du printemps, des premiers rayons de soleil qui chauffent, commencer la première couche de bronzage … Que des trucs sympas en résumé ! Mais ses plans ont rapidement été contrariés. En contact avec une personne contaminée par le Covid-19, elle est contrainte de se mettre en arrêt maladie, pile au moment de sa semaine de vacances. Elle demande alors à son entreprise de la reporter à la semaine suivante et cette dernière accepte. Mais alors qu’elle arrive au bout de son arrêt, Hélène* reçoit un mail de son employeur, l’informant qu’elle sera en congé à partir du 1er avril comme tous ceux à qui il reste des jours de congés payés. Aujourd’hui, elle se retrouve donc en vacances forcées et sera ensuite placée au chômage technique. La jeune femme ne cache pas sa déception : Bien sûr, j’étais au courant qu’avec la crise sanitaire il pouvait imposer une semaine, naïvement, je n’imaginais pas qu’en ayant déjà posé ce qui me restait, on m’imposerait une semaine à la suite de l’autre.” 


La déception de ne pas avoir les vacances espérées

Si Hélène explique comprendre le caractère exceptionnel de la situation, mais ce n’est pas pour autant que cela lui fait plaisir :Mais qui aurait envie de passer des vacances en confinement à part les casaniers ?! Ce n’est pas parce que je les comprends que je suis d’accord avec et que ça me fait plaisir. Cinq semaines par an, cinq semaines sur 52, c’est peu. Elle ajoute : “Honnêtement, je pense pas être la seule à attendre ces moments, à faire des projets, à poser ces 5 semaines longtemps à l’avance pour pouvoir me projeter et attendre avec impatience quand enfin on s’approche de la date des vacances.” 

Et en effet, Hélène n’est pas la seule à avoir mal réagi à l’annonce de ces vacances forcées destination canapé. Maria* se sent en partie piégée et avoue avoir craqué lorsque sa direction lui a demandé de poser la totalité de ses RTT : “On n’a pas vraiment d’autre choix. J’ai pleuré quand ils m’ont dit qu’il fallait les poser. Habituellement, je les utilise pour voir mes proches alors que là, je ne pourrais pas. Mon copain est dans le sud et son contrat a été prolongé à cause du coronavirus, je ne pourrais donc pas le voir. Pour Hélène, c’est clair, ce sont deux semaines de perdues : “J’ai les boules d’être en congé payés et d’être confinée, ça veut dire éventuellement faire une balade d’une heure avec dérogation, à pied, et dans un rayon de 1km. Voilà à quoi ça se limite. Alors que je me voyais plutôt avec mon neveu et mes nièces, les cousines, rigoler et profiter du soleil. Pour les deux jeunes femmes qui ont chacune de la famille qui n’habite pas à Strasbourg, le manque des proches est le prix à payer, dans ce contexte de crise.

Crédit photo : Hélène*


Un soutien mutuel entre entreprises et salariés dans cette période inédite

Pour Quentin*, chef de projet dans une entreprise allemande, et Pauline, qui travaille dans les ressources humaines pour une PME à l’espace européen des entreprises, l’objectif de leur direction est le même : éviter que tous les salariés posent leurs congés en même temps, à la levée du confinement. Si elle avait initialement prévu de les poser à différentes dates, afin de profiter des ponts du mois de mai pour voyager en Allemagne avec ses copines, Pauline a finalement dû se résoudre à poser ses congés payés pendant le confinement. Néanmoins, elle relativise : “C’est un effort qu’on fait dans les deux sens. On se dit qu’on a pas le choix, pour que ça aille bien pour la boite. L’entreprise de Quentin quant à elle, a choisi de laisser le choix à ses salariés. Bien qu’ils soient encouragés à poser un maximum de congés au cours du confinement, la décision repose sur la base du volontariat. Un choix auquel le chargé de projet adhère largement : Il se trouve que les employés de ma boite sont assez compréhensifs, pour qu’on n’ait pas à leur imposer ce genre de choses. Il me restait deux semaines, j’en ai posé une pour le moment.

Dans certaines entreprises, les employés sont prêts à tout mettre en œuvre pour soutenir leur entreprise comme celle dans laquelle travaille Anaïs en tant que chargée de communication événementielle. Dès l’annonce du confinement, l’ensemble des salariés s’est réuni, faisant preuve d’une solide cohésion :On s’est dit : ok on fait quoi qui pourrait arranger l’entreprise ? Que devons-nous faire pour sauvegarder notre emploi et notre entreprise ? C’était vraiment un consensus. La plupart des gens dans ma boite ont entre 25 et 30 ans d’ancienneté, ils ont grandi au sein de l’entreprise donc c’était clair pour tout le monde.Pour elle, la pose de congés est largement secondaire dans cette crise : “Disons que c’est le tout petit point noir sur un tableau blanc. J’aime mon travail, du coup je peux renoncer à mes congés s’il le faut ce n’est pas du tout un problème.

Conscientes de la solidarité dont font preuve leurs salariés, certaines entreprises font en sorte de proposer les solutions les plus avantageuses. Pour Pauline, il n’y a aucun doute : “Je suis mieux payée en étant en congé qu’au chômage partiel. Donc j’ai l’impression qu’ils veulent faire ça pour que cela impacte le moins les gens financièrement. Et je trouve ça plutôt cool de leur part.” Du côté de Quentin, le travailleur frontalier qui a déjà du poser une semaine de congés, l’entreprise offre la possibilité de mettre sa seconde semaine restante sur un Compte épargne-temps (CET). Ainsi, ses congés seront mis à l’abris et il pourra les utiliser sur l’année suivante. Malgré la situation inhabituelle, le globe-trotter qui a dû faire une croix sur ses vacances au ski et en Italie, s’estime chanceux : “Cette année, il y aura exceptionnellement deux semaines de fermeture parce qu’ils ont décidé d’utiliser les RTT employeur cette semaine plutôt qu’entre Noël et Nouvel An comme ils en avaient l’habitude. Mais dans plein d’autres boites du même domaine, l’entreprise ferme pendant l’été, et les gens sont obligés de poser trois semaines d’affilées à ce moment-là. Nous, on n’a pas à se plaindre.

Pauline en vacances dans son appartement. © Léo Ovlac


Une crise plus ou moins difficile à surmonter pour certaines entreprises

C’est un moment où employé comme patron ont du mal et il faut mettre la main à la pâte. Surtout qu’en soit, je pense que financièrement, c’est eux qui prennent beaucoup plus cher que moi !” relativise Quentin. La situation inquiète aussiPauline :Notre PME a toujours fait d’excellents chiffres, paie bien ses collaborateurs et a toujours beaucoup recruté sur de nouveaux postes. Nous avons toujours vu cette boîte comme un roc, alors j’espère que tout ira bien.Mais l’employée RH avoue craindre des conséquences économiques : “Quand on entend d’autres sociétés qui mettent la clé sous la porte, c’est effrayant.

Le patron de Anaïs a lui choisi d’être entièrement transparent vis-à-vis de ses employant, en les rassurant sur la trésorerie, qui devrait être suffisamment bien gérée, pour que l’entreprise puisse tenir plusieurs mois de confinement. Une bonne nouvelle pour la chargée de communication qui s’estime contente d’être payée à 100% :En dehors de ces congés que j’ai dû poser, je travaille sereinement, en télétravail. Je n’ai pas peur pour mon job ou pour mon salaire. Et ça, c’est plutôt confortable dans une situation anxiogène comme celle-ci.Dans son service marketing, la jeune femme et ses collègues mettent à profit cette période d’activité plus calme, pour préparer “l’après confinement”. L’occasion de prendre du recul, de réorganiser et de prendre le temps de faire ce qu’on n’a pas le temps de faire au quotidien. Se préparer permet à Anaïs d’entrevoir la fin de la crise de manière apaisée :Franchement, c’est plutôt agréable, parce que quand on va revenir au boulot, tout sera net clair et précis. Je ne risque pas de revenir au boulot avec la boule au ventre.



*Le prénom a été modifié.


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