Que l’on soit ravi(e) d’avoir des journées entières pour faire l’amour, ou déçu(e) de ne pas pouvoir aller rencontrer notre dernier match Tinder ; avec des hormones remontées à bloc ou une libido qui s’est fait la malle ; enfermé(e) seul(e), à deux, ou à plusieurs, le confinement n’est pas sans conséquence sur notre sexualité. Tour d’horizon et petit guide de survie.

Note de l’auteure : Les prénoms des personnes interviewées dans cet article ont été modifiés.

À deux, c’est (parfois) mieux

D’abord, il y a les petits veinards (ou pas), enfermés avec leur moitié, leur âme sœur, ou en tout cas celui ou celle qui partage leur lit, depuis quelques semaines, quelques mois ou quelques années. Lorsque le glas du confinement a sonné, ces couples ont fermé la porte du domicile, s’excluant du reste du monde, se nichant dans un espace qui deviendra pour certains cocon, pour d’autres prison. Alors parfois, la magie opère, grâce à un nouvel ingrédient, un nouvel allié, même : le temps.

« On vit ensemble depuis six mois, raconte Juliette, une Strasbourgeoise de 25 ans. Mais finalement, on a peu de soirées ensemble et encore moins de moments en journée, alors on apprend à composer en douceur avec la situation. Sans parler de faire l’amour comme des lapins, c’est agréable de découvrir d’autres instants intimes, sortis de la routine métro-boulot-dodo. Quel bonheur de ne pas regarder l’heure !». L’autre est là, qu’il soit minuit, 7h ou 15h. Et il n’est pas pressé.

Crédit Photo : Martin Lelièvre pour Pokaa

Le temps, on le prend aussi pour faire différemment. Faire des jeux, assouvir des fantasmes restés longtemps étouffés par le quotidien ou simplement faire lentement. Tout doucement. Le slow sex, prend tout son sens. « On va privilégier tout ce qui est sensoriel, laisser monter le désir, au ralenti, de même pour la partie coïtale, explique Nadia Marriott, sexologue à Strasbourg. Toutes les femmes n’ont pas encore découvert la jouissance, ce qui est moins le cas pour les hommes. Le slow sex peut leur permettre de mieux se connaître et découvrir l’orgasme. »

Pour d’autres, ce cloisonnement en binôme prend aussi des airs d’aventure, d’expérience. Emma, 20 ans, est en couple depuis six mois. Mais elle n’a encore jamais vécu avec sa moitié. C’est pourtant avec lui qu’elle a choisi de se confiner. «  On se retrouve ensemble toute la journée alors forcément on fait plus souvent l’amour. Deux ou trois fois par jour. » A cette excitation, qui prend racine dans la nouveauté, Emma laisse aussi la place à l’inquiétude : « J’ai peur qu’on se lasse. La peur de se quitter à la fin est très grande. Malgré tout, si tout se passe bien, on sera encore plus proches l’un de l’autre et alors peut-être qu’on envisagera d’habiter ensemble . »

Dans le style aventurier du confinement à deux, Agathe 22 ans, a elle foncé tête baissée dans une odyssée peu commune. « Je suis confinée avec mon Bestfriend plus Benefits dans un deux pièces de 60m². » Comprenez un ami, un très bon ami, avec qui on ne fait pas que regarder Netflix. « Pour l’instant je ne regrette pas. On rigole et c’est vital d’avoir quelqu’un avec soi. Le confinement a surtout mis en lumière ses sentiments pour moi, je les accepte sans pour autant les partager. C’est comme un test, pour savoir si une relation de couple est envisageable, même si je n’aime pas vraiment l’idée. Pour le sexe en revanche c’est une aubaine, on peut parler, découvrir, essayer. Je pense qu’on aurait évolué plus ou moins de la même façon sur ce plan là, mais que ça aurait pris plus de temps ». Agathe en est certaine : « le confinement est un catalyseur de notre relation, tant émotionnelle que physique ».

Quand la libido se tire avec son sac à dos

Et toi là, avachi sur ton canapé entre ton bol de Nesquik et trois boîtes de Granola vides, je sais ce que tu te dis. Que tu partages ce joli sofa avec ton ou ta cher(e) et tendre, ou bien que tu sois seul chez toi, tu n’es pas trop en mode galipettes mais plutôt libido dans les chaussettes. Et bien rassure toi, tu n’es pas seul(e). Le désir qui a pris la poudre d’escampette en même temps que nos verres en terrasse, Nadia Marriott le constate largement ces derniers jours, lors de ses consultations à distance. « Ce n’est pas un confinement de vacances où il y aurait cette légèreté, cette envie de se rapprocher, de faire l’amour. Il y a cette idée pesante, une forme d’attente anxieuse. L’idée qui oblige le confinement c’est celle de la mort, et les angoisses qui y sont liées peuvent mettre à plat la libido. » Avec un espoir tout de même : « Ça pourrait avoir un effet positif après la crise, il y aura quelque chose à célébrer. »

L’énergie peut aussi manquer, pour ceux dont les enfants investissent la maison depuis plus d’une semaine et aspirent jusqu’à la dernière once d’énergie des couples. Des couples qui n’ont de toute façon, parfois, plus d’intimité dans des appartements aux cloisons fines et sans jardin.

Crédit Photo : Chloé Moulin pour Pokaa

Pour certains la vie à deux, en permanence, peut aussi virer au cauchemar : agacement, lassitude, conflits. Les médias le clament, citant le quotidien chinois Global Times, au berceau de l’épidémie, le nombre de divorce explose. Forts de l’exemple de nos prédécesseurs, nous autres Alsaciens veillons donc, tentant d’endiguer le moindre signe d’envahissement de nos partenaires. Chez Emma, chacun s’occupe séparément, « deux à trois heures par jour, pour ne pas rester collés l’un à l’autre ». Chez Agathe, c’est le télétravail qui fait office d’échappatoire et chez Juliette, on mise sur la communication : « C’est impératif d’exprimer quand on a besoin de moments seuls ou au contraire besoin de soutien et d’échange. C’est la base. On se sert aussi beaucoup du second degré pour vivre au mieux la situation ».

L’équilibre peut aussi se trouver en s’imposant, ou plutôt en maintenant un rythme de vie, selon Nadia Marriott. « On peut continuer les activités qu’on faisait à l’extérieur en les adaptant au domicile ». Le tout étant d’avoir « un rythme propre, en appelant sa famille, en faisant du sport de son côté mais aussi un rythme commun, avec des occupations similaires». Et d’ajouter : « tout va dépendre des couples, certains vont apprécier d’être toujours ensemble, d’autres vont trouver ça insupportable, d’autre encore, les deux à la fois ».

Crédit Photo : Clybee

Et ceux qui sont solo ?

Mais quand on est seuls ? Quand le virus nous a isolés physiquement, des êtres aimés, des conquêtes d’un soir et parfois plus globalement de tout être humain ? Si l’envie y est, pas question de mettre sa sexualité en mode silencieux et enfermer ses envies dans un tiroir, aux côtés du badge de la machine à café de l’open space (oui parce que lui, tu n’es pas prêt de t’en resservir!).

Si quelqu’un, de l’autre côté de la ville ou du pays t’attend, pourquoi ne pas en profiter pour faire monter le désir ? Mélanie et Guillaume, en couple depuis quelques semaines, sont confinés dans leurs familles respectives. Le lien, ils le maintiennent en échangeant sur leur quotidien. Parfois, l’envie de l’autre devient plus forte. « On s’envoie des messages coquins, des photos sur Snapchat », témoignent-ils. Samuel, lui, est célibataire, mais garde le contact avec ses différentes partenaires sexuelles d’avant la crise. « Je reçois des sextos toute la journée », raconte-t-il. Attention toutefois à bien vérifier le destinataire (qui doit être consentant) et privilégier des photos où l’on est pas reconnaissable. Simple conseil. Vous pouvez aussi vous aventurer dans une histoire d’amour épistolaire, à coups de grandes lettres d’amour, question prise de temps et montée du désir on est pas mal.

Compte Instagram de Jouissance Club, un compte à suivre absolument

Que l’on soit célibataire ou pas, être seul(e) chez soi, c’est aussi l’occasion de se découvrir, de tester, d’innover. Le Parisien l’annonçait déjà il y a une semaine, les ventes de sextoys ont connu un bond significatif avec l’annonce du confinement. Une autre nouvelle est venue réjouir nombre d’internautes esseulés et elle tient en un Tweet : « Nous étendons la version gratuite de Pornhub Prenium pour un mois à nos amis de France »

Gifs et memes en tout genre sont venus, en commentaire, célébrer l’annonce. Les Alsaciens, dont le temps passé sur la plateforme pornographique avait été détaillé ici, semblent avoir saisi l’occasion de se changer les idées. La sexologue Nadia Marriott met toutefois en garde : « Il faut éviter de se réfugier dans la pornographie. Elle peut être addictive et venir perturber, chez certaines personnes, un ensemble de fonctionnements dont celui de la sexualité à deux . » Alors la pornographie oui, mais avec parcimonie et pourquoi pas différemment ? En explorant par exemple de nouvelles pistes dans la vaste culture pornographique grâce à un magazine tel que le Tag Parfait ou en partant à la découverte de la pornographie féministe, en jetant un œil à des chaînes comme celle de Lucie Makes Porn, une parmi des tas d’autres (lâchez vos com’ pour nous faire partager vos petits kiffs porno).

En tout cas, pas question pour autant de faire une croix sur la masturbation ! (Non, non ne t’inquiète pas, tout va bien). « On peut préférer des films érotiques, suggestifs, pour faire travailler son imaginaire, poursuit la sexologue. On peut, par exemple, aller voir du côté des films coréens, avec des jeux d’ombres, très appétissants mais où on ne voit rien, tout est dans la suggestion. Avec la pornographie les images sont imposées et vous n’êtes plus libres ». La thérapeute suggère aussi d’aller faire un tour du côté de la littérature, avec par exemple les livres de la Strasbourgeoise Mélanie Muller.

Crédit Photo : Chloé Moulin pour Pokaa

Faire travailler son imaginaire érotique, c’est aussi ce que conseille Raphaëlle, l’une des cofondatrices du podcast strasbourgeois Radio Clito, avec pour thème de prédilection le plaisir féminin. Et si, justement, on stimulait notre ouïe plutôt que notre vue pour aller chercher un peu de plaisir ? «  On peut commencer doucement, il y a des podcasts de pornographie auditive comme Voxxx par exemple, détaille Raphaëlle. Ça te guide, tu te laisses porter par la voix. Le visuel ça peut être une barrière pour certaines personnes, alors que l’audio ça va te permettre de te projeter. On te raconte une histoire, tu t’imagines comme héros du scénario, tu fermes les yeux, tu penses à ton plaisir, c’est différent. »

Une première approche en douceur, car Raphaëlle le rappelle : «  Il y a des femmes notamment qui n’ont pas l’habitude de se masturber. Ça peut être un bon moment pour découvrir son corps, le toucher, se découvrir. Il n’y a pas de mal à se faire du bien ». La masturbation aurait d’ailleurs de nombreuses vertus selon Nadia Marriott : « Le médecin sexologue Gérard Leleu, qui a écrit le traité des caresses, montre avec un appui statistique que les couples qui ont une sexualité régulière -et on peut l’étendre aux gens qui se font plaisir de manière régulière- ont un système immunitaire qui fonctionne mieux. Ils se rétablissent mieux, sont moins sujets aux dépressions. Il n’y a que des bénéfices. » Et booster son système immunitaire, en ce moment, on est plutôt partants.

Si jamais la mise en pratique ne te tente pas ces jours-ci, tu peux pour l’instant te contenter de la théorie. « Pourquoi ne pas aller voir ou lire des tutos sur comment faire jouir sa partenaire, ça servira toujours », suggère Samuel. Chez Juliette et son copain ce sera plutôt lecture de l’ouvrage Jouissance Club de Jüne Plã et chez Raphaëlle Je m’en bats le Clito, de Camille A, à retrouver aussi sous forme de comptes Instagram.

Alors fais l’amour, si tu en as envie, masturbe toi, si tu en as envie, instruis toi, découvre toi et pour laisser le mot de la fin à Raphaëlle : « C’est peut-être le moment de dire aux gens qu’on les aime et de trouver des moyens de se dire je t’aime différemment . »

MATHILDE PIAUD

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