Charges importantes, baisse du pouvoir d’achat des potentiels acheteurs, aléas climatiques… la réalité des commerçants du Marché de Noël est mal connue. Ceux-ci décident d’être présents lors de ce grand événement strasbourgeois, car il reste globalement rentable. Nous avons donné la parole à 7 d’entre eux.

« Forcément, vu le prix au mètre carré pour le marché de Noël, on est là qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente » Pierrette a 74 ans. Comme ses parents, elle est commerçante non sédentaire. « Pour tenir un stand pendant toute la durée du marché à Strasbourg, il faut payer des milliers d’euros. »

Effectivement, pour 4 semaines place Broglie, place de la Cathédrale, place Gutenberg ou encore à la gare, les commerçants payent 102 euros le mètre carré. Ils participent également aux frais de promotion à hauteur de 174 euros. Enfin, ils payent 368 euros pour les frais de gardiennage. « Mais bon, si on est là, c’est que ça reste rentable » explique Pierrette. « Il y a des millions de touristes. »

« Les gens sont de plus en plus exigeants. »

La commerçante expérimentée se dit très observatrice et à l’écoute des visiteurs. « On sent que les gens réfléchissent à deux fois avant d’acheter. Il faut être très originale sinon les clients ne trouvent pas de raison d’acheter. » Derrière des jouets en bois bien rangés dans son stand à la petite France, Pierrette analyse les « changements de la société » : « Souvent, ils font le tour du marché de Noël pour voir ce qui sera le meilleur rapport qualité prix. Cette démarche est très répandue. Il y a 10 ans ça n’était pas le cas. »

Claire Kupferschlaeger vend des jus de fruits artisanaux place des Meuniers. Elle fait partie de l’association des irréductibles petits producteurs d’Alsace, qui se réunissent sur la même place pour vendre des produits locaux :

« Pour nous ça fonctionne assez bien par rapport à d’autres car les gens sont de plus en plus exigeants. Ils demandent des produits locaux et artisanaux. Malgré tout, notre chiffre d’affaire baisse tous les ans. Pour le moment, certains membres de l’association observent une baisse de 30% par rapport à l’année dernière alors que celle-ci était déjà mauvaise. La peur des attentats et la baisse du pouvoir d’achat sont certainement les principales causes. Il n’y a quasiment plus d’achats spontanés comme il y a 10 ans. On parle pour notre stand mais si ça continue, on sera obligés de réfléchir à la pertinence de notre investissement dans ce marché. Peut être qu’on pourrait se concentrer sur des marchés plus proches de chez nous, dans la vallée de la Bruche… »

« Se forger une clientèle d’habitués »

Juste à côté, Martine vend des gâteaux de Noël (bredeles) pour le moulin d’Hurtigheim qui fait aussi partie de l’association de producteurs :

« Avec des produits comme les nôtres, on arrive quand même à se forger une clientèle d’habitués qui reviennent d’années en années… On se rend bien compte que les consommateurs veulent de la qualité, c’est valable dans tous les domaines d’ailleurs. Nous on mise tout là dessus. »

Rose tient un stand à côté de la place Gutenberg. Elle vend notamment des bonnets de Noël. Pour elle aussi, les revenus sont en constante diminution depuis 10 ans. Et elle paye 5000 euros de frais pour le stand, en plus de ses frais de base. « Si ça continue comme ça, on ne sera plus rentables. »

Rose, s’étonne aussi de voir « de plus en plus de personnes, y compris des cinquantenaires ou des sexagénaires, qui font les poubelles pour manger ce que les gens jettent après avoir acheté au marché de Noël. » Elle ne voit ça « que depuis 2 ans. »

Bernard tient un stand de décorations et guirlandes de Noël place Broglie. Depuis 4 générations, sa famille est présente sur le marché de Noël. Son activité est de moins en moins rentable du fait de la diminution des clients. Pour lui, c’est la politique de sécurité qui « tue le marché de Noël » :

« Qui a envie de se promener entre des groupes de militaires et de CRS armés ? Les tours opérateurs envoient de plus en plus les touristes dans les marchés de Noël de campagne. Les locaux viennent de moins en moins, ils évitent même le centre avec tous ces barrages de sécurité qui ne servent à rien si quelqu’un veut vraiment faire un attentat. »

Les stands alimentaires sont les moins impactés

A l’unanimité, les commerçants expliquent que l’activité la plus rentable sur le marché est certainement la vente de boissons ou de nourriture traditionnelle. Stéphane, qui fait le marché depuis 25 ans et qui vend du vin chaud en témoigne :

« Nous ça va, les gens on sûrement moins de mal à acheter un vin chaud qu’un jouet de Noël par exemple. Tout le monde mange et boit, ce genre de stands fonctionne plutôt bien en général… Mais c’est du boulot par contre, c’est intense. Après, il y a les aléas liés aux conditions climatiques par exemple, qui sont d’ailleurs les mêmes pour les boutiques ne faisant pas partie du marché de Noël. Je dois avouer que je ne suis pas dépendant de cet événement pour vivre, s’il n’y avait pas ça je m’en sortirais en allant autre part tout simplement. »

Lauriane travaille sur un stand du Marché Off. Elle vend des objets fabriqués de manière artisanale avec des matériaux recyclés pour l’association Libre objet : « Nous on fait une immense partie de notre chiffre d’affaire de l’année pendant le marché de Noël, on en est complètement dépendants. C’est normal, on fabrique des jouets… Tout dépend de ce qu’on vend. » En semaine, elle vend pour 300 euros par jour. Le weekend, elle atteint 1100 euros pour la journée en général, pour son association.

De ces témoignages, deux éléments sont sortis systématiquement : les visiteurs du marché de Noël achètent moins, et ils sont plus exigeants qu’il y a quelques années. Tous expliquent que leur bénéfice baisse d’année en année, sauf le commerçant qui vend le vin chaud, cette dernière activité semble être la moins impactée.

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