Un centre de création artistique emmené par l’association ARToPie a élu domicile dans une ancienne manufacture d’orfèvrerie à une heure de Strasbourg. Situé en pleine montagne, ce lieu unique ouvre sa porte aux créateurs, mais aussi régulièrement à tous les publics pour des stages, des ateliers ou des événements divers.

Nicolas monte un arbre tout en chocolat dans la cuisine. Lisa et Thanas semblent répéter un spectacle sur la grande scène. On entend une envoûtante mélodie jouée au piano par Julia. Une matinée ordinaire à ARToPie explique Adélaïde : « C’est automatique, tout le monde se prend au jeu ici et commence à tester des instruments de musique ou à bricoler… Il y a quelque chose dans l’atmosphère ! C’est même un peu calme aujourd’hui. Quand il y a des résidences d’artistes, c’est la folie. »

Nous sommes dans la vallée des mésanges, c’est en tout cas ce que signifie Meisenthal, le nom de la bourgade. Au creux de ces montagnes des Vosges du Nord, l’activité principale fut la verrerie pendant plusieurs siècles. Dans les années vingt, 650 ouvriers travaillaient encore dans la grande usine du centre du village. Nicolas, qui vient du coin, pense que cet héritage culturel participe à l’émanation artistique que l’on y retrouve aujourd’hui :
« Des créateurs se sont installés ici depuis longtemps. C’est lié à l’artisanat qui était pratiqué là, le travail du verre. En plus, le silence et la forêt qui entourent Meisenthal offrent un environnement qui s’y prête. Maintenant, une petite centaine d’artistes vivent dans ce village qui ne compte que 700 habitants. »

De multiples espaces dédiés à l’art

Parmi eux, le grand sculpteur allemand Stephan Balkenhol a décidé de racheter l’ancienne manufacture d’orfèvrerie et de la rénover. Sa compagne Anabelle Senger pratiquait le théâtre à l’époque avec des compagnies locales. C’est elle qui a posé les fondations de ce projet au début des années 2000, en y créant un centre théâtral où l’on pouvait aussi pratiquer la musique et le dessin. ARToPie faisait ses premiers pas.

De nos jours, les deux bâtiments de l’ancienne manufacture sont désormais investis par une salle de concert, des espaces d’exposition, de danse, d’arts plastiques, des pièces dédiées à la couture, à la sculpture, à la musique, à des ateliers pour travailler le bois ou le métal, à une friperie ou encore à du stockage de costumes de théâtre. Et puis partout, des couleurs vivent et des sculptures effrayantes mettent l’œil sur le qui-vive.

Parmi les 120 adhérents, une quinzaine passent leurs journées là-bas à l’année. Ce sont des artistes, mais aussi des personnes qui se consacrent plutôt à faire vivre le lieu. Du haut de ses 23 ans, Adelaïde est co-présidente d’ARToPie. Au quotidien, elle organise des expositions et des festivals, elle contact des artistes pour mettre en place des résidences, ou tisse des relations avec des acteurs locaux :

« L’objectif principal, je dirais que c’est de créer du lien et des échanges entre toutes les personnes qui y passent, qu’elles soient artiste ou pas. Ce lieu est un générateur de pensées et de créations collectives. On veut montrer qu’il est possible d’emprunter un autre chemin que celui qui est tracé. Prenons mon exemple, je pensais que j’allais vivre à Strasbourg. J’ai commencé un service civique pour ARToPie il y a trois ans et me voilà encore ici maintenant. Nous sommes trois à vivre sur place en permanence, mais nous sommes bien plus en général. J’ai le sentiment que tout le monde devrait pouvoir vivre cela, au moins pour l’expérimenter. C’est pour ça qu’on organise des colonies de vacances. On envisage aussi une école alternative. »

La vie en collectif comme moteur

Au sein d’ARToPie s’imbrique parfaitement un espace dédié à la vie collective. Les dortoirs pour les artistes de passage, le salon, les chambres des habitants, la cuisine et la salle de bain sont autant de théâtres où se jouent des scènes de vie communautaire, pas besoin de metteur en scène. Tout a le goût de l’art ici et la collectivité joue un rôle très important. Pour Thanas, musicien Bruxellois, cet espace est très stimulant :
« Je me sens bien ici. Le fait qu’on soit tous ensemble à vivre en communauté crée une certaine émulation. On ne s’arrête jamais vraiment, on se nourrit des échanges. Plus on est, plus c’est fort. C’est impressionnant ce que l’on peut faire à plusieurs. »

Les événements qui parsèment l’année sont les meilleurs prétextes pour s’y rendre. Des ateliers de théâtre pour enfants ou pour adultes ont lieu tous les mois et des ateliers de couture toutes les deux semaines. Les passionnés de danse pourront y faire un stage le week-end du 28 septembre. Un Forum Social Local où l’on discutera d’alternatives se tiendra les trois premiers week-ends d’octobre. Si certains sont las d’Halloween, ils pourront fêter Tri Nox Samoni, une fête Celte qui célèbre le passage de l’été à l’hiver les 31 octobre, 1 et 2 novembre. Tous les événements sont indiqués sur le site internet et la page Facebook d’ARToPie.

Attention, il est aisé d’y entrer et compliqué d’en sortir…

> Le site web d’ARToPie <

> La Page Facebook d’ARToPie <

> Thibault Vetter <

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