Les déchets industriels stockés dans l’ancienne mine de sel de Wittelsheim (Haut-Rhin) le resteront. Le ministère de la transition écologique a tranché, à contrepied d’un récent rapport parlementaire qui alertait sur le risque de contamination de la nappe phréatique voisine d’ici l’année 2600… Le site, dont l’activité avait cessé au bout de trois ans seulement suite à un incendie maîtrisé en près de deux mois, est le seul en France à accueillir des déchets de « classe 0 » hautement toxiques.

« La pire des décisions ». C’est en ces termes qu’a réagi Loïc Minery, porte-parole d’Europe Écologie Les Verts (EELV) en Alsace, à la décision de l’État sur le dossier StocaMine, rendue publique dans la journée de lundi. Le ministère de la transition écologique et solidaire s’est en effet prononcé en défaveur de l’évacuation des 44.000 tonnes de déchets dangereux stockées sur le site haut-rhinois, laquelle était pourtant préconisée par deux parlementaires dans un rapport datant de septembre 2018.

Photo : StocaMine

Le « surcoût » du déstockage

Dans le document adressé aux députés à l’origine dudit rapport, le ministère estime que « compte tenu des enjeux, de la balance des risques » et du « surcoût » lié au déstockage, « la solution la plus adaptée demeure la poursuite du chantier de confinement, sans déstockage supplémentaire ». La préfecture du Haut-Rhin indique de son côté dans un communiqué publié sur Twitter que « la poursuite du déstockage présenterait des risques qui apparaissent plus graves que la poursuite du confinement, sans être assurée d’être menée à bien ».

Co-auteur du rapport qui préconisait l’extraction des déchets, le député La République en Marche (LREM) du Haut-Rhin Bruno Fuchs a condamné « sans réserve » une décision prise « sans aucune concertation », qui va « à l’encontre de l’esprit du Grand Débat national ». Le député les Républicains (LR) du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger, autre rédacteur derrière le rapport, dénonce une « décision brutale » de la part de François de Rugy, « scandaleuse pour la confiance envers l’État et la sérénité environnementale et sanitaire de l’Alsace ».

Des risques de pollution de la nappe phréatique

Ouvert en 1999 sur le site d’une ancienne mine de potasse, StocaMine devait contenir 320.000 tonnes de déchets industriels dangereux à très dangereux de classes 1 (comme l’amiante) et 0 (comme l’arsenic). Mais un incendie provoqué par une réaction chimique elle-même causée par des produits entreposés illicites, déclaré le 10 septembre 2002 et maîtrisé le 21 novembre suivant, a stoppé net son activité.

Photo : StocaMine

Depuis, la polémique enflait sur le devenir des 44.000 tonnes de déchets déjà enfouies à 500 mètres de profondeur, du fait du risque de pollution de la nappe phréatique. Réclamé par les élus locaux et les associations environnementales, le déstockage avait été jugé « peu réaliste » par les experts de l’INERIS, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques, dans un rapport sorti en 2012. D’après leurs analyses, de nombreux produits toxiques ont été émis par la combustion des pesticides. Le feu a de plus endommagé le « plafond » de sel de la galerie. Le déstockage de la galerie touchée impliquerait donc de le consolider mais surtout de « faire tomber la première couche de sel au toit des galeries sur une épaisseur de deux mètres », souillée par les fumées toxiques dégagées par l’incendie. Un choix qui reviendrait à traiter 30.000 tonnes de déchets supplémentaires, toujours d’après l’INERIS.

En mars 2017, l’État avait opté pour la solution du confinement définitif d’environ 42.000 tonnes de déchets sur les 44.000 déjà stockées ; les quelques 2.000 tonnes restantes, qui contiennent notamment du mercure, devaient quant à elles être extraites. Un an plus tard en avril 2018, le ministre de la transition écologique d’alors, Nicolas Hulot, avait néanmoins demandé une « étude sur la faisabilité d’un déstockage intégral des déchets », exception faite de ceux stockés dans bloc où s’est déclaré l’incendie de 2002.

***

Beaucoup d’études, donc, mais pas de grands changements. Aux générations futures (d’ici sept à huit générations seulement) de se débrouiller avec cette mine de stockage, dont la roche s’est déjà fortement déformée ces dix dernières années, réduisant la largeur des galeries et faisant même tomber localement des blocs de plusieurs centaines de kilos à tonnes sur les empilements de déchets hautement toxiques.


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