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D’où qu’ils sortent, vous avez sûrement déjà atterri chez l’un d’entre eux. Schlags assumés ou non, certains jeunes strasbourgeois vivent entourés de crasse. On est passé chez quelques spécimens pour savoir comment et pourquoi ils vivaient loin de toute forme de bienséance. Quand l’entretien et l’hygiène s’effacent peu à peu du vocabulaire pour laisser place au chaos organisé, au dawa et à une accumulation de déchets et de babioles inutiles… est-ce vraiment si grave ? Comment perçoivent-ils l’intérieur de leur lieu de vie et quel rapport peuvent-ils avoir avec ce que la plupart de gens perçoivent comme le désordre ?


Lexique improvisé: schlag – plusieurs nuances dans la définition selon le lieu géographique et le contexte socio-culturel. Dans un spectre allant du toxicomane agressif au flemmard pacifiste, à l’origine souvent péjoratif, qualifiant une attitude de nonchalance, de crasse relativement assumée, de négligence ou de déchéance provoquant le dégoût et/ou l’admiration. Exemple de citation: « Putain abusé, il a vomi ses spaghettis sur mes baskets ce schlag ! »


Nourriture pourrissante à l’air libre, accumulation de poubelles et de vaisselle pas faite, délicat fumet de vieux tabac mouillé, sol jonché de déchets allant du mouchoir usagé au cendrier renversé en passant par les tickets de caisse froissés et les emballages de préservatifs… voilà ce qui pourrait composer les sols, murs et autres tables et bureaux de ces jeunes gens. Du teufeur au gamer en passant par l’artiste et l’étudiant, je me suis permis de rentrer dans quelques antres de la négligence à Strasbourg, pour mieux en comprendre la nature et l’origine. Enfance souillée par le vice, génération trop maternée, désabusée ou désemparée face à la vie adulte, refus des normes sociales du rangement ou simple attrait pour le désordre… les raisons de leur capharnaüm sont diverses et variées.

L’esthétique de la saleté

Une odeur de vieux kebab m’accueille à la porte. J’étais déjà passé chez FX pour une after mémorable où l’on buvait de la mauvaise bière du Norma, refaisant le monde en écoutant un accordéoniste et un guitariste, tout deux très talentueux pour l’heure tardive, qui chantaient en yiddish ou en turc. Je rentre dans la pièce obscure. Il est posé dans son fauteuil, pétard au bec en train de regarder la suite d’Avatar, le maître des airs, éclairé seulement par son écran. « Bon, on va peut-être allumer la lumière… » Les bières du weekend dernier sont toujours là. Elles se fondent avec les pots de peinture dispersés au travers de la pièce, parfois renversés, parfois toujours debout, à l’air vaillant ou abandonné, posés sur des dessins et d’autres projets divers et variés qui s’empilent.

« Je fais assez peu attention à la propreté de mon environnement personnel. Je laisse trainer des trucs et c’est crade. En même temps, j’aime bien. Je trouve que ça rend plus vivant. Ça vient sans doute de mon parcours aussi, des endroits où je suis passé, des choses que j’ai vécues. J’ai une certaine forme de dyslexie, ça peut jouer aussi peut-être… »

Les appartements négligés, une fresque colorée des temps modernes ?

Ses parents étant architectes, il a vécu une enfance dans une maison tout droit sortie des magazines. « Qu’est-ce qu’on s’en branle que le manteau ne soit pas posé sur le porte manteau quoi. Il y a peut-être une part d’opposition à mon père là-dedans », admet-il. « J’ai souvent un affect aux objets qui arrivent chez moi. Ce qui peut créer une accumulation. J’ai encore plein de bouteilles d’huile d’olive dans ma cuisine, juste parce que je les trouve belles ! Et puis j’adore l’huile d’olive. C’est très matérialiste et du coup un peu absurde. Ces objets prennent de la valeur dans le fait qu’ils n’en ont pas. Mes vieux pantalons déchirés ont bien plus de valeur que ceux que je viens d’acheter. Ils ont un vécu, une mémoire qui y sont rattachés. »

L’agencement du bordel dans la pièce principale de son T1 serait représentatif de ce qui se passe dans sa tête : « Ça vogue d’un truc à l’autre, les idées apparaissent spontanément. Mais les efforts que je peux faire sur ma pratique artistique ne se calquent pas sur l’effort que je fais pour ma piaule. Plus je me mets à fond pour bosser, plus je m’en fous de l’environnement dans lequel j’évolue…»

Un état des lieux lié à la pratique artistique

Pour autant, il me raconte que dans sa pratique artistique, il y a un rapport à l’étouffement, à l’accumulation et à la surcharge de couleurs. « Inconsciemment, il doit y avoir un lien avec l’état chez moi. Une végétation luxuriante, une bibliothèque, un bazar ou une boutique avec un tas d’objets différents empilés … c’est des lieux qui m’inspirent et une esthétique que j’apprécie beaucoup. Il y a un aspect un peu onirique, mystérieux dans ces lieux bordéliques où l’on peut débusquer des secrets cachés, des perles rares, des petits trésors qui auront de l’importance pour toi et pas pour un autre. Des sortes de cavernes d’Ali Baba en somme. »

Au début d’année, FX devait réaliser des vidéos pour les cours. Il aurait utilisé ce prétexte pour exploiter ses amis à faire la vaisselle et en faire un sujet artistique qu’il a rendu. Il ne m’a pas communiqué sa note, mais au vu de son sourire, il n’en n’était pas peu fier et l’expérience a dû provoquer quelques belles barres de rire.

L’excuse du projet artistique pour faire faire la vaisselle à ses potes

La veille, je suis passé chez Renaud. Une connaissance que j’ai croisée à force de me balader dans les rues du centre-ville à l’heure où les bars sont fermés et où il ne reste que quelques poignées de jeunes à trainer sur les quais ou sur les places à faire de la guitare ou rapper sur une enceinte avant de se faire virer par la police. Renaud, il en est. Pas de la police, entendons-nous. Aux alentours de 23h, je le retrouve avec quelques amis qui finissent leur cannette de 8.6. D’ailleurs, « il va falloir aller en racheter ».

« Tu arrives un peu au mauvais moment pour ton sujet gros, hier y’avait un tapis de bouteilles un peu partout sur le sol autour de mon bureau. J’ai passé une semaine à geeker chez moi à cause d’un problème de santé. Je ne pouvais plus sortir, alors les potes passaient à la maison et on a bien squatté. Les bouteilles je les posais juste à côté d’ouam et ça allait de plus en plus loin. Au bout d’un moment, ça devenait carrément une quête pour trouver un endroit où poser une bouteille autour de mon ordi », s’amuse-t-il avec des petits yeux fatigués.

Malgré un rangement régulier, l’état de déchéance revient le jour même

Pour être déjà passé quelques fois chez Renaud, c’est vrai que c’est plutôt bien tenu, à part le bureau peut-être, où se chevauchent stickers altermondialistes et anti-fascistes, cds de rap, documents administratifs, médicaments, éco-cups et barrettes de shit. « Ça se range tous les deux jours, mais l’état de déchéance revient pareil quasiment instantanément… Après les potes m’aident donc ça va, on ne vit pas dans quelque chose de trop insalubre. Il ne faut pas que quand un gars débarque il se dise « oh putain c’est quoi ce squat », comme ça il respecte un peu les lieux. Enfin bon, à 4h du mat quand tout le monde est bourré, le respect est enterré… » avoue-t-il avec un sourire.

« Si je n’avais pas autant de potes, si je n’aimais pas autant sortir et ramener les gens chez moi avant, pendant ou après les soirées… ça serait différent, c’est sûr. On peut dire que c’est un mal pour un bien ! » conclu-t-il, amusé. Chez Renaud, la vaisselle se fait une fois par semaine environ. Enfin, « sauf quand les schlags ont faim ».

On fait la vaisselle quand il faut faire les pâtes de 4h du matin

Le même soir, j’enchaine ma série de visites chez Pablo qui m’ouvre son petit studio aux volets fermés. L’espace est assez cloisonné, par choix peut-être. On se sent un peu comme dans une grotte, mais plutôt confortable. L’étagère, le grand bureau et surtout les vivariums faits main de ses deux boas prennent énormément d’espace.

Impossible de poser quoi que ce soit sur le plan de travail, la cuisine ou le bureau. Il y a juste l’espace pour bouger la souris et d’avoir les consommables les plus vitaux à portée de main. Étonnamment, le sol est propre et navigable.

« Si j’ai du mal à bouger dans l’appart, je vais ranger quelques trucs, sinon ça paaaasse. Ou alors quand il y a des gens qui passent et qu’il faut faire un peu de place. Après s’il y a un truc vraiment sale genre de la bouffe tombée par terre ou quoi, je vais ramasser », m’explique-t-il, se justifiant légèrement. « Le rythme de rangement va dépendre de combien je fume… parce qu’après j’ai plus la foi, tu vois comment ? Genre physiquement plus la foi. »

Pablo passe la plus part de son temps autour de son bureau, enfin c’est ce que je comprends en voyant son ordinateur portable, son grand écran et son clavier rétroéclairé qui servent à eux trois comme principale source de lumière avec une petite lampe. « Comme je suis souvent sur mon ordi », me confirme-t-il, « je ne regarde pas trop autour mon appart. Tous les éléments qui me stimulent chez moi sont au même endroit, donc je calcule un peu moins le reste. Dire que tant que tu peux chier, prendre une douche, manger, boire de l’eau et avoir du net, ça va. C’est un bon résumé. »

« Là, j’ai zéro pourcent de place dans mon appart. Je ne sais pas où je pourrais foutre les trucs qui sont sur cette table. La flemme joue, mais il y a aussi des objets que je ne peux pas trop jeter. Je n’ai que deux assiettes donc je dois faire la vaisselle tous les jours. Ça casse bien les couilles d’ailleurs. » Cette vaisselle… toujours un fardeau. A moins que ça ne soit le cannabis ? Snoop Dogg fait-il sa propre vaisselle ? Enfin un article qui pose les bonnes questions.

Certains sont sur la voie de la rédemption

Je recroise une connaissance chez qui j’avais pris quelques photos en rentrant du boulot il y a quelques mois. Je me rappelle du contexte. J’accompagnais un ami en début de soirée et j’ai débarqué dans une pièce incroyable, c’est même celle-ci qui m’avait donné l’idée de (merde ?) l’article. On arrive chez le dénommé Guillaume (pas dénommé Guillaume du coup, vous l’aurez compris) en ouvrant difficilement la porte bloquée par du linge étendu. Par terre, quelques gros tas de cartes yugioh qui trainent attirent et mènent mon regard vers sa chambre dont je perçois le chaos dans la pénombre.

Pas le temps de comprendre, on va dire bonjour au groupe posé dans le salon (sinon on se fait niquer nos mères, le dernier album du rappeur VALD passait sur les enceintes, cf. sa chanson « Bonjour »). Un grand sac poubelle rempli de plusieurs litres bloque le passage, on l’enjambe pour aller se poser sur des canapés décrépits, après avoir esquivé un aspirateur. Ils ne nous ont pas trop calculés, tous plongés dans leur session de jeux-vidéos.

Sur le coup, ça m’allait bien, je retrouvais mon pote que je n’avais pas vu depuis longtemps… mais en recroisant Guillaume, je lui demande si je peux venir chez lui reprendre de meilleures photos et si je peux l’interviewer. Sur le coup, il me dit pourquoi pas et me laisse son numéro de téléphone.

Quelques semaines plus tard. Il m’explique qu’il a bien changé entre temps et qu’il a même déménagé. « Quand j’étais dans mon ancien appart’, j’avais un rapport assez spécial avec le rangement. Étant donné les passages réguliers de multiples personnes chez moi, je n’arrivais pas à garder un lieu bien ordonné et sain. J’étais dans un monde différent avant. Je ne sortais plus de chez moi. J’ai passé des semaines entières sans mettre le nez dehors. Les potes passaient en permanence. Je n’avais pas besoin de sortir. Mon mode de vie a été impacté directement par cette flemme et ce manque d’organisation.

Je trouve ça beaucoup mieux maintenant. Je ressors beaucoup, je fais du sport, je profite de mes journées et je passe du bon temps. Maintenant, il m’arrive de me demander comment j’ai pu faire pour rester si longtemps cloîtré chez moi. Désormais, je m’en sors beaucoup mieux dans les tâches ménagères au jour le jour. »

Pour autant, Guillaume se rappelle avec nostalgie de cette époque pas si lointaine : « C’était le feu ! » raconte-t-il. « Comme un peu toutes les personnes de nos jours, on s’éclatait en permanence. Suffit de faire venir des gens et c’était parti ! On faisait un peu de tout, de la musique, des jeux-vidéos, on discutait… La vie à la bien quoi ! Il y a souvent deux clans de réaction par rapport à l’état de chez moi. Tu avais ceux qui trouvaient l’aspect squat général plutôt cool et d’autres qui éprouvaient une certaine forme de dégoût pour l’ambiance du lieu. C’était vraiment très partagé comme avis, assez binaire finalement. »

Certains visiteurs admirent, d’autres en éprouvent du dégoût

C’est au tour de Gertrude de me présenter son appartement, suite à une rencontre avec ses amis dans un bar autour de Gallia que l’on affectionne tout deux particulièrement, justement pour les rencontres toujours passionnantes qu’on peut y faire, que ça soit autour d’un café comme d’une bière à pas d’heure, d’ailleurs. Gertrude a tendance à beaucoup garder les objets et de ne pas savoir les jeter : « Du coup, je m’y attache et ça traine un peu partout parce que je n’ai pas trop de meubles », constate-t-elle. « Pour autant, chaque objet a sa place ! Je ne pourrai pas mettre mes vinyles ailleurs par exemple. »

« Une fois, j’ai fait un gros rangement avec l’aide d’une pote et après je ne retrouvais plus rien… C’est assez représentatif de ma personne. Je suis parfois très désorganisée dans ma tête, forcément ça se reflète sur mon appart, mais ça ne me dérange pas vraiment, vu que ça me correspond » explique-t-elle avec une gentille désinvolture.

« Et puis, quand je suis chez moi, je préfère faire d’autres trucs ! Je range un peu quand des gens que je ne connais pas débarquent chez moi, mais dans l’idée je veux qu’ils soient à l’aise. Ils laissent toujours des choses, alors oui ça me fait plus de rangement, mais c’est vachement chouette parce que c’est comme s’ils se sentaient chez eux », continue Gertrude avec une nonchalance enjouée.

« Ça s’explique aussi à cause de ma pratique artistique, je travaille par terre, je m’étale, je laisse beaucoup de choses, des outils, des œuvres etc. Certaines installations que je fais prennent également de la place. Parfois, elles sont jolies alors je laisse en place pendant deux, trois mois… »

Un bazar participatif

« Ma fréquence de rangement et de vaisselle est très aléatoire. Bon la vaisselle presque tous les jours parce qu’il faut manger, mais pas forcément juste après le repas. » Bah oui, faut pas déconner non plus.

« On m’a souvent dit que c’était beau comme bazar, qu’il me représentait bien… j’ai même eu le droit au qualificatif artistique une fois ! » s’amuse-t-elle, enthousiaste. « Ce n’est pas forcément l’avis de ma proprio. Moi je qualifierai ce bordel de chaleureux. »

« Il y avait un paquet de cartes par terre (d’ailleurs, je ne le vois plus, il a dû bouger), il est resté pendant tellement longtemps au même endroit que je ne le percevais plus à force. Cette canette de bière, depuis deux semaines elle est là, une fois je l’ai faite tomber, je l’ai ramassée et je l’ai remise exactement au même endroit par réflexe, par automatisme… c’est peut-être pour ça qu’il en reste autant ! »

« Dès fois, après des grosses périodes de beuverie, avec des gueules de bois tous les jours, je me dis que j’aimerai vivre autrement. Ça m’est arrivé, il y a quelques mois. À mon sens, ça va de paire avec un environnement peut-être plus sain, alors sur le coup, j’avais vraiment beaucoup rangé dans l’optique d’être un peu plus calme. L’état de mon studio varie en fonction de mon état de bienêtre », estime-t-elle avec un soupçon de psychologie de comptoir (presqu’autant que le contenu de cet article). « Mon appartement représente pas mal comment je vais et les différentes périodes que je peux traverser. »

Une autre perspective sur son lieu de vie

Je finis mes rencontres avec Théodore qui revient d’un espace autogéré… ou presque. Il trouve plein d’idées quand je fais le shooting de l’intérieur de chez lui et s’empresse de me proposer des plans d’éléments un peu originaux. Il faut dire que je n’ai jamais vu d’appartement comme ça ailleurs, ça dépasse toutes mes espérances. Lui aussi, il faut croire.: « C’est marrant. C’est carrément une autre façon de voir mon appartement.

Tous ces petits trucs que je fous à droite à gauche n’importe comment… je ne fais pas gaffe. On peut en avoir une perception presque artistique au lieu de les considérer comme des conneries du quotidien…» s’étonne-t-il, pendant que j’acquiesce totalement au rythme de bruit du déclenchement de l’appareil. « C’est une perspective complètement différente. »

« Mon appart, je le vois comme un espèce de foutoir. Je sais exactement où tout est. C’est ancré dans ma tête. Bon parfois je paume des trucs hein », me confie-t-il en exclusivité. « Suffit de penser à une chose et je sais qu’elle va être sous ce machin, derrière ce truc, à côté de ce bidule précis… je vais l’intégrer et le visualiser dans ma tête. J’ai une spatialisation de chez moi qui correspond à mon bordel. »

Je m’émerveille devant l’étendue des objets qui se répartissent dans les moindres recoins de son appartement. « Tous ces éléments peuvent me rappeler des choses, des gens, même certains que j’ai perdu… C’est un repaire à souvenir » me dit-il, cachant un peu son émotion. « Et là le fait de les voir en photo, ça me refait porter de l’attention à ces objets que je vois tous les jours et ça ravive les souvenirs qui y sont liés. La majorité des choses dont on parle, n’ont pas de valeur matériellement. C’est plus l’histoire qu’il y a derrière, ou l’habitude que je vais avoir avec…

Les petites merdes que j’vais trouver, j’vais les utiliser comme déco ou quelque chose du genre… J’aime pas du tout jeter, donc autant en faire de la déco. Et ça rend plutôt bien. C’est de l’artistisme passif ! Inconscient ou semi-conscient, je ne sais pas. »

Un bric-à-brac rempli de souvenirs à dépoussiérer du regard

Quand je lui pose une question sur son rapport à l’ordre et au désordre, il me la renvoie en m’interpellant : « C’est quoi l’ordre ? Pour moi c’est flou, ça dépend de chaque personne et chaque version de concevoir les choses. Pour moi, chez moi c’est en très bon ordre. Il y a plein de gens qui ne seront évidemment pas d’accord. A l’inverse, moi je trouve que les espaces supers rangés, ça n’a pas de vie, je vais me sentir un peu mal à l’aise, pas conforme au lieu. Je ne peux rien bouger dans ces espaces parce que tout de suite ça ne va pas être « comme il faut ». Chez moi quand quelqu’un me demande où il doit poser quelque chose, je lui dis qu’on s’en fout. Ici, on n’est pas attaché à une forme statique de l’espace. »

Au vu des nombreux tags, des toiles que forment les câbles électriques emmêlés des décorations typiques de la scène trance, des panneaux de signalisation et de la tour d’enceinte sonore qui me toise du regard, je lui demande s’il dirait que l’état de son appartement correspond à ses opinions politiques, à sa manière de vivre.

Vive le Schlagistan libre?

« Je suis anarchiste dans le sens où j’estime que personne n’est légitime à dominer les autres, que ça soit de façon forcée, insidieuse etc. Personne n’a de pouvoir à m’imposer comme je n’ai envie d’imposer de pouvoir à personne. Ça se traduit aussi dans mon comportement chez moi. Tout le monde doit se sentir à l’aise. Les gens doivent se sentir comme chez eux, ou même plus ! S’ils peuvent foutre plus le bazar que chez eux c’est tant mieux. Le fouillis, ça donne un peu une impression de liberté, ce n’est pas tout cadré, tout peut être n’importe où sans avoir de place définie. Nous, on habite au Schlagistan ! » déclare-t-il fièrement avec une touche de moquerie mais aussi de manière très enfantine.

« Du coup on dissémine plein de petits bouts de Schlagistan un peu partout, c’est rigolo. On gagne du terrain. C’est des endroits où il y a des sauvages agréables à fréquenter, où on peut faire un peu les tarés. »

Clairement, la schlagance est toujours perçue comme pire chez le voisin, comme l’herbe plus verte dans son jardin. Avez-vous eu la chance (malchance?) de tomber sur des appartements similaires ou pires que ceux-ci ? Le votre peut-être ? Strasbourg, digne représentante du Schlagistan ? Racontez nous tout ça dans les commentaires !

N.B. les noms ont été modifiés. Si vous reconnaissez les appartements en questions, veuillez respecter la volonté d’anonymat des personnes interrogées.

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