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Strasbourg : enceintes portables, pourquoi on en voit autant ?

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Impossible de passer à côté. Source de conflits entre les jeunes, la police et les riverains, de débat entre les participants d’une soirée sur les quais, mais surtout de bonnes vibes et de lien social, les enceintes portatives sont partout à Strasbourg. Avec l’amélioration de la technologie, elles deviennent plus abordables et envoient plus de son. Diffuser de la musique en ville devient un jeu d’enfant. Bluetooth ou jack, un téléphone dans la poche et l’enceinte dans le sac et la soirée peut basculer dans la folie.

On a tous en tête les scènes classiques du mec qui met du Booba sur son téléphone dans le tram ou le métalleux impassible malgré le Slipknot à fond dans son casque. Depuis quelques années, le son se diffuse en ville de plus en plus sur des enceintes portables, tout prix, toutes tailles. Des groupes de jeunes se rassemblent sur les quais, dans les parcs, les places ou ailleurs pour danser ou simplement avoir un fond sonore. Comment justifient-ils cette volonté d’imposer de partager leur musique aux autres ? Qu’est-ce que ça change dans la vie de la ville ? Est-ce se réapproprier l’espace public ou surtout de la nuisance sonore au point de faire ressusciter Calme Gutenberg ? On a posé la question à quelques Strasbourgeois, pour comprendre ce que ça changeait pour eux, d’avoir une enceinte.

Léon est posé avec 3 amis sur les quais en face du lycée de Pontonniers. L’après-midi est ensoleillée, une vingtaine de personnes sont installées sur la rive. Plusieurs ont des enceintes au bord de l’eau. Le groupe diffuse du rap. « Je fais ça depuis que je suis à Strasbourg. Dans la rue, à l’Orangerie, sur les quais, n’importe où et quand je squatte en fait ! » raconte Léon. « La musique ça rapproche les gens. Ils entendent un son qu’ils connaissent et ils viennent te voir. »

« On a une enceinte avec nous 95% du temps »

Quand il parle de son enceinte, ses yeux s’illuminent. « Celle-ci m’a coûté 240€ en réduction ! Elle me sert aussi chez moi pour geeker ou mater des films… ou dans la caisse ! J’aime bien mettre du son pour avoir notre espace à nous avec la clique. Souvent y’a des plaintes, même si je trouve que ce n’est pas justifié, l’après-midi. Après on n’est pas là pour faire chier, donc on met moins fort et puis c’est tout. » Son pote ajoute en avoir acheté une aussi récemment, pour 80€ « Ça fait mal sinon… On est étudiants. En plus, elle nous suffit à s’ambiancer. »

Aprèm bière chips et son

A 30 mètres d’eux, Diane en médecine et deux de ses amis profitent de la fin des partiels sur un doux fond de techno. « J’ai envie de faire découvrir des musiques aux gens qui passent. Je n’ai pas envie de mettre de la musique qui pourrait agresser les gens, donc généralement des trucs un peu lounge, de la soul, de l’electroswing … parfois dansant, mais pas genre hardtek, dubstep ni du rap. Je trouve que c’est un peu agressif d’imposer son rap… Je mets de la musique plutôt l’après-midi, pour créer son petit cocon avec ses amis. Mais je n’en ressens pas le besoin. C’est juste pour rendre le moment plus agréable. »

« Notre liberté là où commence celle des autres »

« J’ai des potes qui adorent mettre la sono à fond quand ils se baladent en fixie… c’est parfois un peu « too much » parce qu’on se fait vraiment remarquer. Après moi personnellement, ça me dérange jamais d’entendre des gens mettre de la musique, au pire je m’éloigne un peu et puis voilà. »

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La nuit tombée, les quais ne désemplissent pas. De l’autre côté de la rive, Kenneth et ses amis rejoignent des inconnus grâce à leur enceinte qui diffuse de la psytrance. « On m’a appelé pour sortir, on s’est dit « plan classique, on va poser, mettre du son et se mettre bien. » Sauf que là, c’est le drame. « J’ai acheté mon hautparleur il y a peu de temps, du coup j’essaie de la rentabiliser au maximum en ce moment. Ce soir ce fût de courte durée. On a dû couper parce que à peine 10 minutes après m’être posé, les flics sont arrivés. » Depuis 2012, le centre-ville et la Krutenau sont interdits de la consommation d’alcool sur voie publique. La musique n’est pas en reste.

Chill sur les quais

« Le son était à peine à la moitié ! Ils avaient juste envie de faire chier… » râle-t-il. « En même temps on est lundi début de soirée d’été, ils n’ont pas grand-chose à faire. Ils sont passés sur les quais. Ils voulaient un peu affirmer leur autorité genre « Elle est à qui l’enceinte, veuillez baisser le son, sachez que vous risquez chacun 68€ d’amende blablabla vous avez de la chance pour cette fois-ci, ça passe Pour l’alcool on laisse, mais la prochaine fois »… le speech habituel quoi. » Lui n’a rien eu, mais un peu plus loin deux personnes se sont mangées des amendes, pour le son et de la drogue.

« Ça casse quand même beaucoup l’ambiance, parce que sans musique c’est quand même le jour et la nuit. »

« A partir du moment où tu investis dans une enceinte, tu te rends compte à quel point la soirée peut-être meilleure avec. D’ailleurs, je sens la différence avant/après mon investissement. De un, parce que j’adore écouter ma propre musique. De deux, j’aime bien que les gens apprécient la musique que je mets. De trois, ça permet de rencontrer tellement de gens ! Quand tu mets de la musique, les gens ont tendance à réagir et ils dansent avec toi, ça fait tellement plaisir.

De temps en temps c’est vrai que y’a des petites guéguerres pour savoir qui met sa musique. Si tu hésites entre une petite enceinte et une grande, achète une grande si tu peux te le permettre, parce qu’il arrivera toujours un moment où tu vas te retrouver avec une personne avec une autre enceinte. Quand tu vas pouvoir mettre le son plus fort, tu sentiras une sorte de puissance ! C’est qui a la plus grosse au sens propre du terme » s’amuse-t-il.

Gros c’est la puissance

« On traine le plus souvent autour des quais, classique. Sinon place de zurich quand c’est animé, surtout le samedi soir, tu peux faire une bonne guéguerre de son. Sinon à proximité des boites, quand les sortent, ils sont chauds à faire after. Ça arrive souvent. Genre à la Kulture, ça ferme, la musique s’arrête, les gens sont encore chauds. Du coup, tu recommences à monter le son et tout le monde te suit ! Combien de fois on s’est retrouvé à débarquer une vingtaine sous les quais parce que les gens nous ont rejoint. »

De l’autre côté du Pont Royal, Jonas est posé avec une dizaine de personnes. En 10 minutes, le son passe de Still Loving You des Scorpions, à Assassin de Sinik, en passant par Tout ce qu’ils veulent de DUB INC et de la Techno. Ca tize, ça chill. Un bon before dans les règles. « Pour le son, c’est surtout au feeling, ce qu’on pense être le plus agréable pour tout le monde à un moment donné. Après, forcément j’aime bien quand ça reste dans mes goûts, du coup souvent, je laisse ma playlist d’ouvert et les gens choisissent ce qu’il leur plaît. Faut arriver à une entente pour que tout le monde soit content. »

La musique, c’est magnifique ! Il faut en mettre le plus possible !

« Ce qui est intéressant à mon sens, c’est de voir quels genres de musique les gens mettent dans la rue. Tu vois que y’a certains albums qui viennent de sortir et BIM tu entends dans la rue. Ça pourrait être une forme de réseau social, juste la musique que les gens diffusent dehors ! C’est assez symbolisant du moment, des gens et de ce qu’ils écoutent. Certaines formes de musique électronique ne seront qu’écoutées à certains endroits à certains moment avec certaines personnes et pendant certaines périodes. Exemple avec le dubstep, on en entend beaucoup moins par rapport à une époque. »

C’est beau l’été à Stras’

« On en voit assez souvent, des enceintes. D’ailleurs, beaucoup plus que des instruments de musique. C’est plus efficace et facile d’accès pour partager la musique qu’on aime. C’est sûr que de foutre du RATM (Rage Against The Machine) à fond dans un parc familial à 2h du matin ce n’est pas la meilleure idée. Il y a toujours un risque de déranger des habitants. Personnellement j’ai déjà eu quelques altercations avec des riverains énervés, mais jamais avec la police. Peut-être des demandes de baisser le volume, mais rien de plus. La plupart des réactions à la musique qu’on diffuse est positive, ou indifférente. C’est une expression comme une autre, il faut que ça existe. Le problème avec la musique, c’est que le principe c’est quand même de faire du bruit. Dès fois ce n’est pas dans le cadre adapté pour tout le monde. Il y a des endroits qui dérangeront moins que d’autres, mais ce n’est pas comme s’il y avait un endroit spécifique, attribué pour squatter dehors et écouter de la musique sans gêner personne. »

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Pendant que Jonas fume une cigarette, trois de ses amis se disputent son téléphone. « Parfois y’a pas d’enceintes et c’est la galère, dès fois il y’en a plusieurs et les gens se battent dans une forme de compétition sonore. C’est rare la confrontation directe et la volonté de mettre plus fort que l’autre en le regardant dans les yeux. Souvent, on arrive avec de la musique en chemin et dans le groupe qu’on rejoint, il y a déjà une enceinte. A ce moment-là, soit on en garde une, soit les groupes se séparent légèrement histoire de former des petites zones sonores espacées de 5 à 20 mètres.»

En rentrant de leur shift, deux coursiers Deliveroo viennent rejoindre le groupe. Victor et Arthur ont tous les deux l’impression que ça a amélioré leur vie professionnelle et personnelle. « Histoire de passer le temps et de rester attentif sur la route. Contrairement au casque, avec l’enceinte, je peux quand même entendre les voitures quand je n’ai pas de visibilité dans le virage. J’ai une montre en bluetooth pour gérer mon enceinte. Du coup je peux couper/baisser le son quand j’arrive pour prendre ou déposer une course, idem quand y’a de la circulation. Au bout d’un moment, ça devient un peu répétitif donc c’est pas mal d’avoir de la musique.

En règle générale je suis en aléatoire. Hiphop, années 90 un peu laidback ou du rock un soft. Beaucoup de Earl Sweatshirt, A Tribe Called Quest (rip Phife Dawg), de MF Doom, Joan Baez. Avec les potes, j’aime bien mettre en avant les petites trouvailles personnelles et faire découvrir des trucs aux gens. Sinon c’est « qu’est-ce que vous voulez », Youtube, c’est vite fait, on peut trouver toutes les chansons. »

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« L’enceinte c’est aussi parce qu’ils ont interdit les casques et écouteurs à vélo » rajoute son collègue.  « Un petit clin d’œil aux policiers. Ils ne peuvent pas t’arrêter pour tapage nocturne quand tu rides parce que tu bouges tout le temps. On s’adapte à la loi quoi. C’est moins dangereux vu que je n’ai pas les oreilles couvertes. J’essaie de mettre un style de musique qui ne dérange pas, qui donne le sourire ou mettre une ambiance… même pendant mes 3 secondes de passage. Pour moi c’est mieux que de juste penser pendant tes 4heures de shift. Ça motive, ça énergise aussi. Du coup tu sens moins l’effort. »

« Avec les potes ça dépanne souvent, ne serait-ce que pour regarder des séries ou mettre une ambiance de fond. Après, je fais toujours attention à ce que je fais avec mon enceinte. Après les autres, ce n’est pas mon problème s’ils abusent. Question d’éducation et d’empathie. Fait pas aux autres ce que tu n’as pas envie qu’on te fasse. C’est sûr que si mon voisin fait un anniversaire avec 20-30 personnes je comprends qu’il ait envie de mettre fort. Par contre si vous squattez à 3-4 dans une chambre, est-ce que c’est la peine de faire chier avec de la hardtek à fond ?  »

« Une fois quand je livrais, on était 4 dans l’ascenceur. On montait 10 étages. Mon enceinte passait une musique reggae Road to Zion de Damian Marley, du coup c’était un peu particulier dans l’ascenseur… Je laisse mon enceinte allumée quand je vais voir le client. De la musique funk ou un peu chill à l’arrivée, ça peut mettre le sourire avec l’arrivée de la bouffe. C’est un must-have. »

Place de Zurich, l’endroit où trouver du son et faire des rencontres

 

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Commentaires (9)

  1. RIP Q-TIP ?

    Vous avez tuer le gars avant sa mort !
    Sinon cool l’article, juste les guerres d’enceinte c’est quand meme casse couille faut l’avouer !

  2. J’ai systématiquement envie de jeter leurs putains d’enceintes dans l’Ill.

    Ils disent que ça dérange pas les gens, mais si. L’énorme majorité silencieuse est carrément saoulée par ces crétins sans gêne, sauf qu’on a pas envie ni le temps de se prendre la tête avec ces cassos.

    Et en plus contrairement à ce qui est dit dans l’article où vous avez dégoté les plus raisonnables, 90% du temps c’est de la grosse musique de merde comme PNL ou Jul.

    Idem quand on parle simplement avec quelqu’un dans la rue et qu’un groupe où un vélo passé avec une enceinte. On s’entend plus et on est obligé élever la voix, c’est juste ultra pénibles.

    Avec nos potes quand on se rejoint dans un parc, pour trainer faire de la pétanque ou autre on a qu’une règle: pas d’enceintes, ça fait cassos.
    Et du coup on peut tranquillement passer du temps ensemble et faire du lien social. Du vrai.

  3. Bonjour,

    Il est juste inadmissible d’imposer du bruit au gens qui n’en ont pas envie ……….mais pas de problème ces jeunes
    gens insouciants et irrespectueux vont vieillir, travailler et peut-être même avoir des enfants et ce sera certainement
    les premiers à râler car ils ne pourront pas dormir à cause du bruit………..la roue tourne ils ne devraient pas l’oublier!!

  4. C’est totalement insupportable ! Ça me rend dingue ! En face de chez moi se trouve un immeuble de logements sociaux et les adolescents passent tout leur temps libre à faire rugir leurs enceintes de sons agressifs ! Une torture !

  5. Sérieusement “Joan Baez”! ?
    C’est toujours la pire musique du monde qui passe dans ces enceintes : de la daube autotunée immonde, que seul des personnes sans culture peuvent écouter! Ca devient horrible! La plupart des gens fuient ces blaireaux.
    Je mets systématiquement ce que j’ai de rock le plus violent sur mon portable quand je croise ces connards pour leur faire comprendre, mais j’ai bien l’impression qu’ils ne comprennent rien.

    • mdr le portable est pas assez puissant je pense 😀
      Des fois ça me donne envi d’aller acheter une enceinte juste pour caler un bon gros métal à 20 mètres d’eux et leur faire comprendre qu’on a pas tous les mêmes gouts et qu’imposer leurs merdes ça peut souler les gens…

  6. Visiblement, les réactions sont unanimement un rejet de ces enceintes. Ça me rassure, je ne suis pas le seul à détester ça. Le pire, c’est d’avoir un ado qui fait ça à la maison. Mon beau fils me ruine carrément le mental avec ses playlists en boucle et en mode sans-gêne. C’est une source de conflit permanente.

  7. Votre article est super partisan, mais en vrai les enceintes dans la rue ça soule la plupart des gens, et si toi tu fais l’effort d’avoir des écouteurs t’entends pu rien quand tu passes à côté.
    Le pire c’est que souvent c’est juste un cassos tout seul avec sa grosse enceinte qui crache de la merde :/
    Venir imposer à toutes les personnes à 100m à la ronde ce qu’elles vont entendre comme si on avait tous les mêmes gouts ou comme si personne ne souhaitait profiter du silence ou pouvoir discuter au calme c’est juste un gros manque de respect.

    Il suffit d’imaginer que ce comportement se généralise pour comprendre à quel point c’est toxique (c’est le concept d’universabilité de Kant “Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle”) si ne serait ce qu’une personne sur 4 dans la rue se baladait avec une enceinte pour écouter du son ça deviendrait juste invivable.

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