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« La vie est facile ici » : Schiltigheim, nouvel eldorado des Strasbourgeois(es) ?

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Autrefois boudée, Schiltigheim semble être de plus en plus une sorte d’eldorado pour les Strasbourgeois(es). Prix moins élevés et ambiance de petit village plus calme que l’effervescence strasbourgeoise, la deuxième ville du Bas-Rhin commence à faire de l’ombre à son imposante soeur. On a cherché à savoir pourquoi, à travers les témoignages de sept ancien(ne)s Strasbourgeois(es) devenu(e)s Schilikois(es).

Schiltigheim est-elle en train de devenir le nouvel eldorado des Strasbourgeois(es) ? La question peut sembler incongrue. Pourtant, depuis quelques années, la population de cette ville grimpe fortement, à tel point que selon les derniers chiffres de l’INSEE, elle a gagné plus d’habitant(e)s entre 2017 et 2023, qu’entre 2023 et… 1968 !

Une population majoritairement composée de couples et de familles, ces dernières représentant 55% de l’ensemble des habitant(e)s, tandis que le nombre de couples sans enfant a augmenté de 20% entre 2017 et 2023. Dans cette période, Schiltigheim est d’ailleurs devenue une ville de 25-39 ans, qui représentent quasiment un quart de la population.

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insee schiltigheim population
© Insee / Capture d'écran

Si les chiffres n’indiquent pas combien de Strasbourgeois(es) ont déménagé à Schiltigheim ces dernières années, il semble tout de même y avoir un mouvement de fond. On l’a notamment remarqué au nombre conséquent de réponses à notre appel à témoignages sur le sujet. Alors pourquoi autant de Strasbourgeois(es) déménagent ? C’est ce qu’on s’est attelé à découvrir, avec le témoignage de 7 habitant(e)s de Schiltigheim entre 20 et 34 ans, ayant fait ce choix.

Schiltigheim, c’est moins cher que Strasbourg… et juste à côté

La première raison des déménagements reste très prosaïque : les prix. Plus précisément, celui de l’immobilier : selon Meilleurs Agents, le prix moyen pour un appartement à Schiltigheim est entre 2 774 € à 2 789 €/m². Ce qui est nettement moins onéreux qu’à Strasbourg, où la moyenne tourne davantage autour de 3 737 €/m². Le tout, en restant juste à côté de la « grande ville » et donc de ses avantages.

Sophie Mehmanpazir, 1ère Adjointe, en charge des Finances, des Ressources humaines et de la Commande publique le confirme : « Des gens arrivent à Schiltigheim au gré des constructions, mais aussi au gré du pouvoir d’achat. Ils découvrent une ville juste apposée à Strasbourg, proche du coeur de la ville mais qui offre des facilités pour se loger à des prix moindres, notamment pour les familles. »

À Schilick, tu fais tout à vélo, en trois coups de pédale t’es au centre-ville de Strasbourg.
Laura, Schilikoise depuis plus d'un an, mère de deux enfants

Toutes les personnes interrogées pour cet article font entendre le même son de cloche. Pour Adrien, son déménagement vers Schiltigheim il y a deux ans s’est fait parce qu’il cherchait un appartement à rénover, et « que tout soit rapide à vélo et proche de Strasbourg ». Pour Zoé et Gaëlle, récemment arrivées à Schiltigheim, c’est la même chose : trouver plus grand, pour moins cher. Du côté de Vincent, depuis 3 ans à Schiltigheim, le prix des loyers a également joué, comme pour Quentin, Schilikois depuis six mois.

Pour Laura, maman de deux enfants, la naissance du second a déclenché l’envie d’acheter plus grand. Et comme « au Neudorf, trouver une maison c’est les Hunger Games », le choix de Schiltigheim s’est imposé il y a plus d’un an, surtout de par sa proximité avec Strasbourg. Un argument partagé par Carolyn, qui a déménagé « par amour » il y a un an afin de rejoindre son conjoint : « Schiltigheim ça me paraissait loin, alors qu’en fait t’es tout proche de tout. »

Ici, c’est Schilick, pas Schiltigheim

Une fois arrivé(e)s à Schiltigheim, il semblerait qu’on y découvre Schilick : une commune plus calme que Strasbourg, mais avec tout ce dont une ville a besoin pour fonctionner. Une sorte de « petit village », un terme qui est souvent ressorti lors des entretiens. Pour Zoé : « Ici, il y a un mode de vie moins speed, on prend davantage le temps. »

Gaëlle ne dit pas autrement : « C’est calme, apaisant ; rentrer chez moi est devenu un plaisir. » Un fait apprécié par Vincent : « C’est moins dense en population, le samedi si on va au centre de Strasbourg ou à Schilick c’est pas la même chose. » Pas étonnant que trois personnes interviewées aient déménagé du Neudorf (un quartier strasbourgeois avec une réputation de petit village) à Schiltigheim.

Je pensais : « si je veux quelque chose j’irai à Strasbourg », alors qu’en fait il y a déjà beaucoup de choses à Schiltigheim.
Vincent, Schilikois depuis 3 ans

Un calme qui rime avec un sentiment de proximité, que ce soit avec les commerces et services, mais aussi avec les habitant(e)s. Laura décrit une « vie de quartier, une vie d’école avec de meilleures relations avec les parents, contrairement à Strasbourg où c’était assez impersonnel ». Carolyn apprécie qu’il y ait « davantage de contacts avec les commerçants », tandis que Quentin met en avant le fait que les services publics soient à côté.

Un côté « à taille humaine » selon Sophie Mehmanpazir, qui ajoute : « On veut développer une ville où il fait bon vivre, où le maître-mot est la proximité. » Elle met en avant « les équipements publics de qualité » comme les deux nouveaux groupes scolaires qui ont été créés dans l’ancien mandat. Une façon de « garder la maîtrise sur la mutation de la ville », alors que Schiltigheim ne cesse de gagner des habitant(e)s. Des personnes qui ont forcément des envies et des attentes.

schiltigheim
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Qu’est-ce qu’il manque (encore) à Schiltigheim ?

Si globalement Schiltigheim a tout d’un nouvel eldorado pour les ex-Strasbourgeois(es), la ville manque encore de certaines choses pour les personnes interrogées. Pour Quentin, le sujet des mobilités est encore insuffisant : « Il y a un manque de trams, le réseau de bus n’est pas pratique, et la cohabitation est difficile sur les axes cyclables, surtout le matin. »

Une limite partagée par Mathieu, qui demande à revoir les pistes cyclables et les transports en commun. Des sujets qui animeront sans aucun doute les prochaines années.

 Il manque encore des lieux cool pour boire un verre ou un café, alors qu’il y a beaucoup de demande.
Laura, Schilikoise depuis plus d'un an, mère de deux enfants

D’autres personnes déplorent le manque de lieux où se retrouver mais également des moments d’animations culturelles. Carolyn regrette qu’il n’y ait « pas assez d’événements associatifs, des concerts, d’animations culturelles. Il y a beaucoup de choses pour les familles, mais il faudrait plus de choses pour tout le monde pour pouvoir profiter de la ville. » Quentin ajoute : « Il y a encore peu de cafés, de bars et de lieux festifs, donc mécaniquement je vais vers mes anciennes habitudes strasbourgeoises. » Point de vue partagé par Laura : « Il manque encore des lieux cool pour boire un verre ou un café, alors qu’il y a beaucoup de demande. » En revanche, tout le monde s’accorde pour louer la qualité des restaurants de la ville.

La mère de deux enfants met enfin en lumière un autre problème de Schiltigheim : le manque de place en périscolaire et à la cantine. Malgré la création de deux groupes scolaires durant le précédent mandat, dont un avec cantine, le compte n’est pas encore bon selon elle : « Trouver une place c’est les Hunger Games. La ville a tous les atouts pour les parents mais en même temps il n’y a pas les infrastructures qu’il faut. »

point bar schiltigheim
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Un « esprit village » au défi de la transformation en grande ville

Face à ces demandes, une dernière question se pose ! Alors que de nombreux/ses Strasbourgeois(es) viennent chercher à Schiltigheim du logement moins cher et plus de calme, cette population amène avec elle des envies et des habitudes fruits de nombreuses années dans cette ville. La municipalité se retrouve donc face à un défi : concilier cet esprit village avec l’arrivée de nouvelles personnes.

Continuer à construire une ville nouvelle sans oublier notre patrimoine et artisanat ; amener des boutiques plutôt que des grandes enseignes.
Sophie Mehmanpazir, 1ère adjointe de la Ville de Schiltigheim

Pour Sophie Mehmanpazir : « Il faut construire en globalité la ville, il faut la dessiner, pas faire de patchworks. » Cela passe par des logements, avec un équilibre à trouver entre fournir de la qualité et monter en hauteur pour loger plus de personnes [Schiltigheim n’étant pas une ville où il y a beaucoup de tours, ndlr]. Cela passera également par des évolutions sur les façons de se déplacer, comme avec des futures pistes cyclables route du Général-de-Gaulle et carrefour des Trois-Épis.

Surtout, cela passe par les grands projets, et ce qui est prévu pour les friches Schutzenberger, Heineken, mais aussi celles d’Alsia et de Quiri. La 1ère adjointe résume : « Maîtriser le futur des friches, c’est continuer à garder la maîtrise sur le futur de la ville. » Car Schilick n’a sans doute pas fini de grandir.

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