À Strasbourg, 200 personnes se sont rassemblées devant la préfecture du Bas-Rhin mercredi 1er juillet au soir, à l’appel du collectif Pas d’enfants à la rue 67. Elles dénoncent la fermeture de 822 places d’hébergement.
« Un toit, c’est un droit ! » : ce 1er juillet, sur la place de la République, 200 personnes sont rassemblées devant la préfecture. Citoyen(ne)s, membres d’associations, syndicalistes et élu(e)s d’opposition à la ville, elles dénoncent la fermeture de 822 places d’hébergement d’urgence dans le département du Bas-Rhin. Selon une information de Rue89 Strasbourg, à la mi-juin, la préfecture a ordonné aux opérateurs de l’hébergement d’urgence de fermer les places destinées aux « ménages à droits incomplets » d’ici à la fin de l’année.
Des familles résidant sur le territoire français, mais n’ayant pas réussi à obtenir de titres de séjour, vont ainsi être remises à la rue. Les manifestant(e)s s’inquiètent d’une « crise humanitaire » à venir et appellent l’État et les collectivités locales à prendre leurs responsabilités.
Une situation déjà critique à Strasbourg
Selon le décompte des associations, il y aurait entre 50 et 100 enfants à la rue dans la capitale alsacienne. « On a aussi des familles dans des hébergements temporaires qui vont bientôt les perdre, des personnes logées dans des hôtels ou des appartements payés par la solidarité des citoyens, explique Manuel Kraft, professeur des écoles syndiqué à SUD éducation. C’est un patchwork de solutions improvisées. »
Il n’existe pas d’estimation du nombre de personnes concernées par la prochaine fermeture de places d’hébergement d’urgence, mais pour l’enseignant, elles vont venir s’ajouter à celles qui sont déjà dehors. « Quand on voit les vagues de chaleur qu’on a eues et que cela va sans doute recommencer cet été, ça va être dramatique pour les familles à la rue. Il faut qu’on pousse les pouvoirs publics à réagir avant qu’il y ait un drame. »
Mobilisation des écoles : à Strasbourg, au moins « 50 enfants » dorment dehors
« On craint le pire, explique Annabelle Rodrigues, membre du collectif Pas d’enfants à la rue 67. Ça fait des années qu’on envoie des mails à la préfecture, on n’a jamais eu aucune réponse. » Elle aussi enseignante, elle dénonce le choix qui est proposé à ces familles, la rue ou quitter le territoire français. « On leur propose d’aller au centre d’aide au retour à Bouxwiller [une structure qui héberge les personnes le temps de préparer leur départ du territoire français, ndlr]. Si elles refusent, elles n’auront pas de solution d’hébergement et se retrouveront à la rue. »
Pour son collègue Manuel Kraft, tout est fait pour se débarrasser de ces familles : « Ce sont des gens dont on veut se débarrasser le plus vite possible et les faire vivre dans des conditions inhumaines, c’est le meilleur moyen. »
Austérité et politique du chiffre
Dans un article des DNA, la préfecture assure que la fermeture de ces places d’hébergement d’urgence pour les ménages à droits incomplets se fait au profit de la création de places d’insertion. Pour le monde associatif, le problème vient du fait que ces dernières sont réservées à des personnes en situation régulière. Selon David Poinsignon, membre du Syndicat des avocats de France, c’est l’État, lui-même, qui fabrique des personnes en situation irrégulière.
« On arrive à un point où il y a énormément de gens qui pourraient s’intégrer sur le territoire français sans problème, mais ont des mesures d’éloignement contre elles, ce qui les empêche d’accéder à de nombreux droits, dont celui à l’hébergement. » Pour l’avocat, ces personnes vivent en France depuis des années, travaillent au noir, sont insérées et « font déjà partie du tissu social sans en avoir les droits ».
Selon François Nowakowski, militant du Droit au logement, l’État manque à ses obligations de protection et fait des économies sur le dos des plus fragiles. « Ces décisions s’inscrivent dans une politique de resserrement de tous les budgets liés à la solidarité, c’est l’austérité. L’effet concret de ces choix, c’est que plus de personnes vont se retrouver à la rue. »
Camille* trouve ces fermetures « scandaleuses ». Travailleuse sociale, elle dénonce la situation de ses collègues « qui sont en bout de chaîne et vont devoir faire le sale boulot du ministère de l’Intérieur en mettant des familles dehors. » De son côté, Annabelle Rodrigues veut garder espoir, « de toute façon, on se débrouillera pour que la préfecture et les collectivités nous entendent ».
*Le prénom a été changé




