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« Pas d’alcool pendant 1 an » : je suis Strasbourgeoise et voici le bilan 4 ans après

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En 2022, je me lançais un challenge un peu fou : passer 365 jours sans une goutte d’alcool dans la capitale du Picon. À l’époque, je documentais mes premières sensations, mais aussi mes incertitudes : allais-je retrinquer dès le 1er janvier ? Tenter ladite modération dont j’entendais tant parler ? Ou troquer définitivement chaque after à Strasbourg contre une verveine-menthe en pyjama à 20h ?

J’avais 26 ans quand j’ai commencé. Aujourd’hui, à l’aube de mes 31 ans, il est temps de faire le point : qu’est-ce que cette expérience m’a appris ? Comment ma vie a-t-elle évolué depuis ? Et surtout, où est-ce que j’en suis aujourd’hui ?

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Boire ou ne pas reboire, telle est la question

Décembre 2022, une seule interrogation sur les lèvres du monde entier (du moins celles de mes proches) : « Mais du coup, tu vas reboire en janvier ? » Après plusieurs semaines à peser le pour et le contre, à m’imaginer des soirées avec et sans verre à la main, j’ai fini par trancher : je resterai sobre une fois le défi terminé. Pas de durée prévue cette fois-ci, ni de « plus jamais » dramatique, juste prolonger tant que cela me ferait du bien. Sans transition, quatre ans plus tard : c’est toujours à la Carola rouge que je trinque.

Et contrairement à mes débuts, la nouvelle a été plutôt bien accueillie. Fini les pronostics sur ma date de rechute, et les « Ooooh t’es chiante » : non seulement mon entourage m’a encouragée, mais ma démarche a poussé beaucoup de personnes à questionner leur propre consommation. Et ce serait mentir de dire que je n’en tire pas une petite fierté…

Bière Refuge des trois fours (19)
© Julia Wencker / Pokaa

L'abstinence : la tester, c'est l'adopter

Beaucoup de mes premiers constats de l’époque se sont confirmés. Physiquement, le bilan est sans appel : mon corps n’a jamais été aussi vaillant, mon sommeil ferait rager un nouveau-né (et ses parents), et on me demande sans cesse ma skincare routine (spoiler : l’absence prolongée d’éthanol dans les veines).

Mais c’est surtout dans la tête que le calme est revenu. Ma santé mentale s’est stabilisée, et l’anxiété qui me parasitait — surtout en lendemain de fête — s’est évaporée. Quant à la timidité que je pensais traîner comme un boulet toute ma vie, elle a pris une sacrée claque : à force de sociabiliser maintes fois sans béquille, je me suis forgée une assurance plus sincère et profonde. Aujourd’hui, j’ose sobre des choses dont j’étais incapable auparavant, même après trois shots de schnaps !

J’ai aussi reconnecté avec mon « moi enfant », celui qui se moquait tant du regard des autres. Cela faisait longtemps que je pensais l’ivresse obligatoire pour libérer ma spontanéité, ou m’autoriser à rire trop fort en terrasse. Finalement, ce grain de folie n’avait besoin d’aucun carburant pour s’activer, juste d’un peu d’exercice. Aujourd’hui, j’occupe toujours le dancefloor (la coordination motrice en plus), je discute toujours avec de nouvelles personnes (et je m’en souviens), et je reste la même zinzin, voire pire.

Enfin, j’ai récupéré un trésor inestimable : mon temps. Ne plus JAMAIS subir de gueule de bois libère une énergie et une disponibilité assez folles pour – au choix – faire du sport, dévorer des bouquins, tester des restos, découvrir de nouveaux endroits, faire tout ce que l’on procrastine (oui, va jeter tes piles), organiser des activités entre potes, ou même se découvrir une nouvelle passion pour l’ornithologie (j’ai 31 ans je vous dis).

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© Dionysos Events / Document remis

Être sobre dans un monde qui trinque

Il faut être honnête : le « zéro-alcool » n’est pas non plus un long fleuve tranquille de jus de tomate. Que ce soit au bar, en famille ou au boulot, la pression (sans mauvais jeu de mots) est omniprésente. Entre les remarques moqueuses, les demandes de justification épuisantes et les inconnu(e)s qui te livrent leur psychanalyse dès qu’ils/elles voient ton verre de limonade, c’est parfois sportif.

Il m’arrive aussi de me sentir en total décalage. Quand tu te retrouves dans une soirée où plus personne n’aligne deux mots, et qu’une connaissance te tunnelise à dix centimètres du visage avec une haleine de raisin fermenté, on peut avoir envie de rentrer plus tôt que prévu.

Troquer le flou artistique pour la haute définition

En définitive, si j’ai perdu l’ivresse, j’ai gagné tout le reste : la fiabilité envers moi-même, des souvenirs qui ne s’effacent pas au réveil et la sensation grisante d’être toujours aux commandes.

Alors non, je ne suis pas redevenue une habituée des pintes, mais je n’ai pas non plus sombré dans l’aigreur et l’ennui (bon par contre pour la tisane, je plaide coupable). Je fais toujours la fête, mais je m’éclipse dès qu’elle devient nulle, je vois toujours mes ami(e)s, mais on varie davantage les plaisirs, et je m’amuse toujours autant, sans citrate de bétaïne le lendemain. Mon jugement est donc sans appel : oui, on peut vivre à Strasbourg sans alcool et (très) bien le vivre.

Celia alcool
© Celia Laignel / Pokaa

Si l’expérience vous tente, je ne peux que vous conseiller de tester : trois mois, six mois, un an et plus si affinités. La clarté et la liberté qui en découlent valent toutes les happy hours du monde. Et si le défi vous semble trop lourd à porter seul(e), n’hésitez pas à solliciter des structures comme Alcool Info Service ou les CSAPA. Il n’y a aucune honte à se faire accompagner !

Sur ce je vous laisse, j’ai le dictionnaire des oiseaux à feuilleter.

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Commentaires (2)

    • Pour ma part et ceci depuis bien plus de 20 ans, j’ai cessé de fumer et par la même occasion de consommer de l’alcool.
      C’est pas si dur que ça: il faut le vouloir et être motivé.
      Je ne vous parle même pas des économies effectuées.

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