Pas besoin de vivre à Paris pour être queer, mais à Strasbourg, c’est pas toujours simple non plus. Les bonnes adresses ne sont pas nombreuses, certaines ont fermé, et tout le monde finit par se connaître. On a rencontré cinq Strasbourgeois(es) queers pour comprendre comment ils et elles s’organisent pour continuer à sortir, à aimer et à se retrouver.
À Strasbourg, la vie queer n’est clairement pas inexistante grâce à de nombreux événements, mais elle est parfois discrète. « Il y a évidemment le Canapé Queer, mais on manque de safes places ici », raconte Alexandre*, 23 ans. Il souligne notamment la difficulté à trouver des espaces réellement inclusifs en tant qu’homme trans.
Quelques lieux, comme le Kalt, le Fat, la Péniche Mécanique ou le Karmen Camina, sont connus pour leur ambiance LGBTQIA+ friendly, même quand ça ne dure que le temps d’un week-end ou d’une soirée techno. « Ça permet de sortir dans des lieux safes, mais tout le monde n’écoute pas forcément de la techno tous les week-ends », explique Thomas, 26 ans.
« C’est vrai qu’à Strasbourg, on manque d’autres bars, d’endroits où l’on se sent aussi à l’aise », précise Céleste*, 21 ans. Par exemple, contrairement à d’autres villes, Strasbourg ne dispose pas de quartier queer identifié.
Une réalité aujourd’hui largement partagée, mais qui n’a pas toujours été la norme dans la vie nocturne strasbourgeoise.
« Avant, on savait où aller »
« Quand on a appris la fermeture du So Crazy, on a été totalement écœurés avec mon conjoint », raconte Kevin, 35 ans. Fermé en octobre 2024, le So Crazy faisait partie des rares lieux où la communauté queer strasbourgeoise pouvait se retrouver de manière régulière.
Pendant près de neuf ans, ce club électro queer a servi de point de ralliement, attirant à la fois des habitué(e)s et des personnes de passage cherchant à faire la fête en toute sécurité.
Un rôle que beaucoup de personnes peinent aujourd’hui à retrouver ailleurs. « On pouvait rencontrer des gens qui étaient seulement de passage, il y avait une vraie énergie », se souvient Thomas. « Avant, on savait où aller. Aujourd’hui, on essaye de se retrouver autrement. »
Où ? Au Canapé Queer, au Schluch ou même au Golden Gate Bar, mais aussi dans des soirées et événements. Des rendez-vous souvent organisés par des drag queens/kings, de la House of Marley à la House of Wonders, sans oublier Les Tantines, Sugar Venom, House de la Trouille, etc.
Sans oublier FestiQueer (Festigays), qui organise toute l’année de nombreux événements, dont la fameuse Marche des Visibilités organisée, en 2026, le 20 juin.
Les nouvelles façons de sortir
Si aujourd’hui Strasbourg manque de lieux queers clairement identifiés, la communauté ne cesse pas pour autant de sortir. Faute d’espaces dédiés, beaucoup investissent des bars classiques et s’organisent. « La plupart du temps, on sort dans des bars et on essaye surtout de créer un groupe de potes safe », expose Thalia, 23 ans.
Une façon de faire qui fonctionne bien en ville. « C’est aussi ça l’avantage de Strasbourg, on se connaît tous de près ou de loin », ajoute Thalia. « C’est assez familial, et on peut vite former un groupe pour passer une bonne soirée. » Une sociabilité à taille humaine, qui compense en partie le manque de lieux, mais repose avant tout sur les réseaux et les affinités.
Quand Strasbourg ne suffit pas
Parfois, Strasbourg ne suffit pas. Quand les soirées manquent ou que les lieux safes se font rares, certain(e)s choisissent d’aller ailleurs. « Le week-end, ça m’arrive souvent de partir à Paris avec mon copain pour une soirée gay », précise Thomas. Une solution par défaut, plus qu’un choix. « C’est quand même dommage de devoir faire plusieurs centaines de kilomètres juste pour se sentir à l’aise », ajoute-t-il.
Pour celles et ceux qui restent, il faut s’organiser autrement. Beaucoup comptent sur le bouche-à-oreille ou sur des relais comme le compte Instagram Queerbourg, qui recense depuis peu les événements queers à Strasbourg. Une façon de ne pas passer à côté de ce qui existe, et de continuer à se retrouver, et à s’aimer.
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat.



