Le Collectif contre la précarité Strasbourg Eurométropole a présenté le vendredi 13 février un rapport qui témoigne de l’explosion de la précarité dans la capitale alsacienne. Les 26 associations membres tirent la sonnette d’alarme et demandent aux candidat(e)s aux municipales 2026 de signer une charte comprenant une vingtaine d’engagements concrets.
« À bout de souffle », les associations qui luttent au quotidien contre la précarité à Strasbourg ont dévoilé un état des lieux particulièrement préoccupant ce vendredi 13 février.
Pierre Jakubowicz était présent à la Maison des associations pour le découvrir, et plusieurs candidat(e)s aux municipales étaient représenté(e)s, dont Jeanne Barseghian (par Thierry Kuhn), Florian Kobryn (par Benjamin Kuntz) et Catherine Trautmann (par Céline Geissmann).
La charte a, quant à elle, été envoyée à l’ensemble des candidat(e)s. Les quatre équipes présentes le soir même ont complété et signé le document, ainsi que Mohamed Sylla, qui a fait part de son engagement ultérieurement par mail.
Sur le terrain, les bénévoles et salarié(e)s ont recueilli des données qui montrent que les conditions de vie des publics les plus précaires se sont considérablement dégradées au cours de ces dernières années.
Parmi les 26 membres du collectif inter-associatif, on retrouve notamment l’association Lianes, Les Petites Roues, Médecins du monde, Ithaque, Abribus, Caritas Alsace ou encore le Centre Bernanos. Tous expliquent qu’ils ne parviennent plus à pallier les manquements de l’État, malgré un engagement inédit compte tenu de leurs moyens humains et financiers.
Jamais nous n’avons manqué d’autant de places d’hébergement. Jamais nous n’avions rencontré autant d’enfants à la rue. Jamais nous n’avions dû demander autant d’investissement aux bénévoles et autant ressenti de crainte pour la pérennité de nos emplois salarié.e.s.
Presque 700 appels par jour en moyenne en décembre
Les délais pour obtenir un logement social (23 mois en moyenne) et le nombre de demandes grandissantes (20 272 demandes actuellement en cours) rendent de plus en plus compliqué l’accès au logement aux personnes en difficulté. Pour ne rien arranger, 1000 places en hôtel du 115 ont également été supprimées depuis 2021, entraînant une surcharge des appels auxquels il est presque impossible de répondre ou de donner suite.
Du 15 au 21 décembre 2025, alors que les températures minimales sont descendues jusqu’à 0°C, pas moins de 4 891 appels ont été passés au 115, soit presque 700 par jour en moyenne. Le taux de réponse des services était quant à lui de 28% (données communiquées par le SIAO 67 – ARSEA).
À Strasbourg, quand on n’obtient pas de logement social et que ses appels restent sans réponse auprès du 115, il ne reste que très peu d’options. Pour beaucoup, le seul moyen de survivre reste de rejoindre l’un des trois campements qui subsistent malgré les multiples démantèlements. Ils et elles sont environ 331 à se déclarer comme vivant dans le parc du Glacis, à proximité de la rue de l’Église-Rouge et à la Meinau. Parmi eux, 87 enfants, scolarisé(e)s pour certain(e)s, ont aussi été recensé(e)s. D’après les associations, Strasbourg fait figure d’exception en ce qui concerne la proportion de personnes gravement malades ou en situation de handicap vivant à la rue.
La distribution de repas bat également des records, sans pour autant parvenir à répondre à la demande. L’association Abribus observe une augmentation de 148% en 5 ans avec 49 244 repas distribués dans la rue sur l’année 2024/2025. À ces défis à relever chaque jour pour survivre, s’ajoutent aussi les démarches juridiques, parvenir à se déplacer, à se domicilier quelque part, à s’équiper pour tenir dans le froid. D’après Grains de Sable-Collectif les Morts de la rue Alsace, 29 personnes sans abri sont mortes en Alsace en 2025.
21 mesures concrètes
À l’approche des élections municipales, le collectif appelle les candidat(e)s à s’engager sur une vingtaine de mesures concrètes en matière d’accès au logement, à la santé, à la nourriture et à l’éducation. Une partie concerne évidemment le besoin urgent de logements, comme la création de plusieurs centaines de places d’hébergement, notamment à destination du public spécifique (femmes seules et minorités de genre)… Ou bien la réquisition des logements vacants réactualisée chaque année en fonction des disponibilités.
Dans l’optique de soulager les acteurs des distributions alimentaires, une autre mesure prévoit la mise en place d’un plan d’aide alimentaire et la création de cuisines partagées pour les personnes isolées et les familles. La pérennisation de la salle de consommation à moindre risque, dont l’expérimentation vient d’être prolongée de deux ans, fait aussi partie des propositions.
Pour faciliter la coordination entre la Ville et les associations, le collectif invite à augmenter les travailleurs/ses sociaux/les au sein des services municipaux et les équipes médicales dans les dispositifs dédiés.
La crainte d’un retour de l’arrêté anti-mendicité semble également préoccuper les auteurs/rices du rapport puisqu’il est demandé aux candidat(e)s de s’engager à ne pas le réinstaurer. Pour rappel, cet arrêté a été abrogé en juillet 2020 par Jeanne Barseghian après son élection et avait été remis sur le tapis lors du conseil municipal du 17 mars 2025, via une résolution portée par Jean-Philippe Vetter, qui s’était soldée par un échec.
La charte complète listant l’ensemble des engagements est disponible juste ici.


