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Rue Mélanie, grands chantiers et jumelage avec un camp palestinien : ce que Strasbourg a décidé hier

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Alors que les températures grimpent à Strasbourg, l’atmosphère promet d’être étouffante, voire irrespirable, en conseil municipal. De nombreux sujets promettent d’enflammer l’hémicycle, et nos élu(e)s ont intérêt à amener crème solaire et bob, pour ne pas faire d’insolation. Les débats seront-ils caniculaires, ou rafraîchiront-ils l’atmosphère ? La réponse dans le récap’ de près de 14h (!!) de politique locale, notre série préférée.

Pour ce dernier conseil municipal de l’année scolaire, on ne va pas s’ennuyer. L’ordre du jour est plus que conséquent, cause du déport de nombreux sujets à cause du blocage du centre administratif par les forains le 19 mai dernier : 77 points, dont 21 retenus, en plus d’une résolution, 4 motions et 5 questions orales. Ça risque d’être long.

Au programme, pêle-mêle : un projet de « prairies en ville », la question des comptes administratifs, la gare à 360°, le stationnement payant, un jumelage avec un camp de réfugié(e)s palestinien, les futurs travaux de la Librairie Kléber et l’Opéra, un retour sur des polémiques avec la rue Mélanie ou encore un projet immobilier au Wacken. Un menu divers et varié.

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conseil municipal hémicycle
© Live conseil municipal / Capture d'écran

Le moment polémique : retour sur le fiasco de la rue Mélanie

Dans une vie politique strasbourgeoise qui n’a pas été avare en polémiques sous le mandat écologiste, la dernière en date concerne la rue Mélanie. 300 mètres de piste cyclable, des trottoirs continus, mais une demande d’adaptation pour les voitures, qui doivent circuler à travers des écluses.

Résultat ? Une journée ensoleillée du 1er mai, de gros bouchons, puis un feuilleton qui est allé jusqu’au 20H de TF1. La polémique a tapé tellement fort que de nouveaux travaux sont menés jusqu’au 27 juin. On vous racontait toute l’histoire début juin :

Depuis le début, sur ce projet, vous avez refusé le bon sens pour en faire un moment de conquête politique.
Pierre Jakubowicz

Difficile donc de couper à un retour sur le sujet lors de ce conseil municipal, notamment à travers deux questions orales de Pierre Jakubowicz (Horizons) et Jean-Philippe Vetter (LR). Le premier déplore une « situation ubuesque de tensions sans fin » et un « échec flagrant demandant des travaux correctifs d’urgence ». Il critique également un « gaspillage d’argent public » et la rallonge de 150 000 € pour les nouveaux travaux, faisant passer le budget de l’aménagement au-dessus du million d’euros.

De son côté, Jean-Philippe Vetter raille une « une piste cyclable en or » mais également « un échec total, constat que vous faites vous-mêmes ». Il s’oppose à un projet qui, selon lui, n’avait que l’objectif « d’éradiquer la voiture et de fracturer la ville » et qui ne se termine que d’une manière, en fiasco : « Après le fiasco démocratique, voici le fiasco économique. »

Filmer des bouchons, ça fait de belles polémiques faciles mais ça ne fait pas avancer le schmilblick.
Pierre Ozenne

Pour les réponses de l’exécutif, c’est l’adjoint à la maire Pierre Ozenne qui revient sur « le feuilleton ». Il rappelle le contexte de la rue, un lieu où les voitures roulaient vite alors qu’il n’y avait ni piste cyclable ni trottoirs. L’aménagement était donc un « enjeu de sécurité public pour protéger les piétons et les cyclistes », avec des écluses mises pour casser la vitesse des voitures. L’occasion d’apprendre également que, sur les 875 000 € de budget, 140 000 € sont dédiés à la piste cyclable, 285 000 € pour la partie voiture et 200 000 € pour l’éclairage, le reste étant pour les plantations et les frais d’études.

Concernant le projet de vélorue brandi par les riverain(e)s opposé(e)s au projet, Pierre Ozenne rappelle qu’elle « ne permet pas de sécuriser les usagers de vélo, surtout lorsqu’il y a de fortes affluences ». Sur les bouchons, l’adjoint explique que c’est une photographie à l’instant T, et que l’on peut trouver les mêmes au stade de la Meinau ou au Zénith. Enfin, il reprend les contrevérités énoncées par certains médias sur l’arrachage des arbres, qui ont été replantés à la cité de l’Ill, et annonce que du stationnement utile pourra être mis en place. Fin des polémiques ? Avec nos élu(e), pas sûr.

rue mélanie
© Nicolas Kaspar / Pokaa

La minute culture : de gros travaux à venir pour la Librairie Kléber et l’Opéra

10 mois de travaux pour la Librairie Kléber

Lors de ce conseil municipal, deux sujets culturels ont occupé les débats. D’abord, la Librairie Kléber va rentrer en janvier dans une grosse phase de chantier. Dix mois de travaux répartis équitablement entre la Ville, propriétaire, et Gallimard, locataire et propriétaire de la Librairie Kléber.

La Ville n’interviendra que sur son patrimoine, notamment pour des travaux de curage et de sécurité incendie [pour un total de 4,3 millions d’euros, ndlr] et Gallimard se chargera des travaux d’aménagement et d’agencement de la librairie.

Dans les débats, c’est Catherine Trautmann (PS) qui parle du sujet. Si l’ancienne maire se félicite de la tenue d’une telle rénovation, elle s’interroge néanmoins sur les garanties existantes pour la collectivité concernant les dépenses publiques. Gallimard étant propriétaire de quatre autres librairies strasbourgeoises, il existe selon elle un risque que les moyens dégagés par la collectivité soient utilisés dans une restructuration de ce réseau. Selon elle, il faudrait alors obtenir de Gallimard l’engagement du maintien des librairies à Strasbourg.

Pour Syamak Agha Babaei, ce sont des « questions tout à fait légitimes ». Il rappelle qu’à chaque fois qu’il y a des travaux propriétaires, il y a une indemnisation sur la perte d’exploitation, donnant l’exemple des travaux au Star Saint-Ex et au Café du 7e Art. Il ajoute que le bâtiment de la place Kléber présente certaines fragilités et que des aménagements qui y ont été faits ne correspondent plus à l’usage. Il évoque également la possibilité que la librairie parte du bâtiment s’il n’était pas rénové [probablement pour aller dans l’ancien Boulanger, ndlr], et que tout le monde a tiré dans le même sens pour que ce projet se fasse.

Concernant la future relocalisation de la librairie durant les travaux, le premier adjoint se positionne en faveur d’un lieu unique, même s’il ne ferme pas la porte à une librairie sur plusieurs sites.

Enfin, concernant les inquiétudes de Catherine Trautmann, il explique que Gallimard a exprimé une volonté de garder les 4 librairies. Le point est finalement adopté à l’unanimité. Désormais, on attend les travaux en janvier.

librairie kléber
© Nicolas Kaspar / Pokaa

5 ans de travaux pour l'Opéra, entre 2028 et 2033

Deuxième chantier d’ampleur, mais encore loin dans le temps : les immenses travaux de rénovation de l’Opéra, censés débuter en 2028 et pour 5 ans. Annoncés le 10 avril dernier, ils ont permis de « sortir le dossier de dessous le tapis » selon Jeanne Barseghian, « un dossier sur lequel l’attentisme a été de mise » pour Anne Mistler, adjointe à la culture. Un bâtiment plus aux normes de sécurité ou d’accessibilité, et sous le coup d’un avis défavorable de la commission départementale de sécurité depuis 1997.

Dans les grandes lignes, le projet s’imbrique autour de la « réinterprétation » de la salle à l’italienne. Un lieu difficilement accessible aux PMR, avec une fosse d’orchestre trop petite et dont seulement 55% des 1 144 places bénéficient d’une bonne visibilité. La jauge sera réduite à environ 940 places, mais qui possèderont toutes une très bonne visibilité sur la scène, avec 50% des places maintenues à un tarif réduit. L’ensemble du projet coûterait pour le moment 120 millions d’euros, auxquels se rajoutent 10 millions pour la mise en conformité du Palais des Fêtes, qui accueillera les saisons hors-les-murs.

Nous ne sommes plus dans la période du quoi qu’il en coûte, mais du combien ça coûte.
Jean-Philippe Vetter

Globalement, l’ensemble de l’opposition salue la prise en main du dossier par la municipalité. Néanmoins, les élu(e)s ont plus ou moins les mêmes réserves. Jean-Philippe Vetter déplore le choix du scénario le plus onéreux en période de crise budgétaire. Il s’inquiète également d’une baisse de la jauge qui pourrait amener une augmentation des tarifs, et de la réinterprétation contemporaine de la salle à l’italienne, « où l’on vivait un moment extraordinaire même si on n’entendait pas forcément tout ».

Caroline Barrière (PS) partage sensiblement les mêmes inquiétudes que son collègue LR, tandis que Pierre Jakubowicz déplore « des zones d’ombre et d’inquiétude qui restent nombreuses » et qui feront peser « la majorité des décisions sur le prochain mandat », notamment en termes de budget, « qui risque d’être insuffisant ». Enfin, même s’il est dans la majorité, Aurélien Bonnarel (Communistes) retient quelques points de vigilance, notamment sur les tarifs et un accueil de tous les publics, rappelant « que chaque euro investi dans la culture doit être investi pour toutes et tous ».

Une transformation importante mais qui va permettre de se projeter dans les décennies à venir. 
Anne Mistler
opéra culture
© Coraline Lafon / Pokaa

Côté majorité, Jeanne Barseghian rappelle à Jean-Philippe Vetter que le choix le plus onéreux aurait été de construire un tout nouvel opéra. La maire explique aussi que « sur des projets de telle ampleur, on s’inscrit sur plusieurs mandats », appelant à la continuité républicaine, dans la lignée des travaux du stade de la Meinau, dossier que les Écologistes ont récupéré alors qu’ils y étaient opposés. Elle tient enfin à rassurer sur le fait qu’il n’existe pas de projet architectural figé pour la salle à l’italienne, et que celui-ci sera discuté.

Pour conclure, Anne Mistler assène que « on ne peut pas continuer à se satisfaire de l’impossibilité de spectateurs à suivre un spectacle ». Elle explique également que, concernant les saisons hors-les-murs au Palais des Fêtes, « les équipes de l’Opéra travaillent déjà à des formes différentes de propositions artistiques, en maintenant la qualité ». Le point est finalement voté à 44 voix pour et 12 abstentions de l’opposition. La culture se rénove à Strasbourg.

Café de l’opéra / opéra
© Anthony Jilli / Pokaa

Ce qui va changer pour Strasbourg et les Strasbourgeois(es)

Un plan pour mettre en place des « prairies en ville »

Alors que la végétalisation était l’une des volontés de la municipalité écologiste, elle se dote désormais d’un « Plan prairies » pour la fin du mandat. Concrètement, l’objectif est d’augmenter la proportion de « prairies en ville », soit des zones en friches laissées au bon vouloir de la nature, ainsi que d’en améliorer la gestion. Un projet, prévu sur trois ans, qui s’inscrit dans la volonté politique d’augmenter la part de la nature en ville. Un plan en quatre étapes :

  • mieux connaître la contribution réelle des prairies en ville,
  • faire un diagnostic des espaces verts,
  • établir un plan d’action pour tous les quartiers strasbourgeois,
  • prévoir du nouveau matériel pour les services des Espaces Verts avec notamment quatre faucheuses réparties sur les quatre secteurs de gestion des espaces verts de la Ville.
Nature en ville parcs et jardin ville de Strasbourg
© Adrien Labit / Pokaa

L’objectif ? Une transformation de l’ordre de 10% des surfaces vertes en véritable prairie, soit 40 hectares. Le tout, pour des moyens de quasiment 500 000 €. Un plan qui laisse Céline Geissmann (PS) dans l’incompréhension de « pourquoi on lance un tel projet à seulement quelques mois de la fin de mandat ». Un argument repris par Nicolas Matt (Renaissance), qui y voit « peut-être un nouveau coup de com avant une échéance électorale ». L’élue pousse par ailleurs pour plus de volontarisme concernant la problématique des épillets, épi sec qui s’incruste sous la peau d’un chien et pouvant entraîner de lourdes conséquences sur la santé de l’animal.

Un plan qui veille à une « amélioration de la santé publique » selon Carole Zielinski, tandis que pour Suzanne Brolly : « Il n’y a rien de nouveau, on continue juste à progresser et à s’organiser. » Sur la problématique des épillets, Marie-Françoise Hamard déclare : « On ne peut pas les faucher partout, et ils poussent surtout là où il n’y a que peu de biodiversité. » Elle préconise de tenir les chiens en laisse courte et d’être vigilant(e)s, et elle rappelle que la Ville a conçu un flyer pour rappeler les consignes simples pour les épillets. Le plan est finalement adopté avec 52 voix pour et 5 abstentions, entre le groupe LR et Centristes et Progressistes.

Jardin botanique Strasbourg Université Nature en ville
© Adrien Labit / Pokaa

Un « permis de louer » quartier Gare

Le 23 mai dernier, un « permis de louer » a été voté à l’unanimité par le conseil de l’Eurométropole. Concrètement, il se mettra en place à partir du 1er mai 2026 dans le quartier Gare. Pour cette première, il s’appliquera aux seuls locaux privés loués à usage d’habitation principale, vides ou meublés, mais construits avant 2006.

À cette date, les propriétaires concerné(e)s devront solliciter une autorisation auprès de la collectivité avant la mise en location de leur bien, pour toutes les nouvelles locations ou changements de locataires. On vous expliquait tout en détail ici :

Nicolas Matt et Rebecca Breitmann (Modem) demandent à ce que le travail soit lancé dans les logements de bailleurs publics également, pas seulement dans le privé. « Une version strict minimum très en deçà des enjeux » selon Céline Geissmann, dans une intervention dans le même ton que celle réalisée en conseil de l’Eurométropole. Pour Jean-Philippe Vetter, c’est une « usine à gaz administrative », se muant ensuite en défenseur des « petits propriétaires qui croulent sous les difficultés administratives toujours plus importantes ».

« Impératif social, écologique et démocratique » selon Hülliya Turan (Communistes) qui se félicite d’un « levier utile et puissant » et une « victoire pour les locataires ». Aurélien Bonnarel rappelle que la Ville « vise les marchands de sommeil et non pas les propriétaires de bonne foi ». Suzanne Brolly rappelle que ce n’est qu’une seule mesure parmi d’autres en place entre la Ville et l’Eurométropole et qu’il y a trois services différents qui travaillent pour le logement digne. Finalement, le point a été voté avec 54 voix pour et 2 abstentions (Jean-Philippe Vetter et Gabrielle Rosner-Bloch, deux LR).

Quartier Gare 4
© David Levêque / Pokaa

La future gare à 360° assure ses arrières

Autre sujet d’ampleur pour les Strasbourgeois(es) : le projet de la gare à 360°. Un projet qui a pris un sacré coup dans l’aile avec l’échec du tram Nord, remettant en cause les ambitions d’une avant-gare sans voitures et où le parking souterrain aurait été transformé en parking à vélo. Néanmoins, le projet de l’arrière-gare reste lui sur les rails, avec des premiers aménagements qui permettront de renforcer l’accessibilité et l’attractivité de la gare centrale.

C’est un très vieux serpent de mer qui progressivement trouve les voies d’une concrétisation.
Alain Jund

Concrètement, ces aménagements se divisent en deux temporalités. D’abord, à l’horizon 2030/2032, avec l’ouverture d’un parking de 500 à 700 places à l’arrière de la gare, l’implantation de quais routiers au droit du parking pour des cars express qui ne pénètreront pas jusqu’au secteur des Halles, l’accessibilité tous modes de transport au pôle d’échanges via la rue du Rempart, un aménagement urbain repensé, l’aménagement d’un cheminement piéton via la rue Georges-Wodli ainsi que le le long du faisceau SNCF, ou encore l’ouverture du tunnel des Postes.

Mais comme le dit Alain Jund, « le ferroviaire, ça demande du temps ». Ainsi, la deuxième étape de cette gare à 360° se tiendra entre 2040 et 2045. Elle concernera le franchissement de l’arrière-gare vers l’avant-gare (où trois hypothèses sont aujourd’hui à l’étude), le passage de 9 à 19/20 voies car la gare de Strasbourg est quasiment saturée, la réorganisation globale de l’arrière-gare et un nouveau parvis Ouest.

Place gare de Strabourg 2
© David Levêque / Pokaa

Côté opposition, on n’est pas franchement convaincu, avec Pierre Jakubowicz qui critique « une annonce quelque peu maximaliste qui manque d’une vision globale pour l’arrière-gare ». Pour Catherine Trautmann, qui avait annoncé ses propositions pour le secteur il y a quelques mois, c’est la déception : « On est très loin de ce qui avait été évoqué ; que devient le parking imaginé comme un parking vélo et que devient la place de la Gare ? Comment connecter le quartier de la Gare à celui de Cronenbourg ? » Un projet insuffisant selon elle.

Hülliya Turan met en garde contre la gentrification du secteur, tandis que pour Floriane Varieras, ce projet pourra « reconnecter les quartiers ouest au centre-ville » et former « un carrefour du 21e siècle, qui relie au lieu d’enfermer ». Enfin, Jeanne Barseghian évoque une « logique de vision urbaine qui dépasse le foncier de l’arrière-gare. »

Elle précise la volonté municipale de garder des activités culturelles dans le secteur, avec La Grenze, Le Wagon Souk, La Semencerie et même La Laiterie. Finalement, la délibération est adoptée à 44 voix pour et 9 abstentions (les groupes d’opposition).

gare voyage trains transport
© Samuel Compion / Pokaa

Le sujet chô : le camp de réfugié(e)s d’Aïda, 6e ville jumelle de Strasbourg

Pour terminer, on s’attaque au plat de résistance de ce conseil, après quasiment 2h de débats : la conclusion d’un jumelage avec le camp de réfugié(e)s palestinien d’Aïda, établi depuis 1950 à proximité de la ville de Bethléem en Cisjordanie. La Ville de Strasbourg devient ainsi la première grande ville de France à initier un tel jumelage. Annoncée à la fin du mois de mai, on avait eu le droit à une polémique, encore une, après un cadeau offert à la maire de Strasbourg fin mai.

La raison ? Une photo publiée sur les réseaux de Jeanne Barseghian portant un keffieh et recevant une carte qui reproduit la Palestine au moment des accords Sykes-Picot. Des photos d’ailleurs supprimées du compte officiel de la maire de Strasbourg, comme le montre l’historique de modifications de son post Facebook. Surtout que, dans le même temps, le gel du jumelage avec la ville israélienne de Ramat Gan avait été décidé. D’ailleurs, avant le conseil, une manifestation pro-israélienne s’est tenue devant le centre administratif à l’appel du Crif protestant, justement contre ce gel. Une contre-manifestation pro-palestinienne a également eu lieu. Bref, l’ambiance était chaude.

Pourtant, le jumelage avec Aïda n’est pas une décision qui sort de nulle part, puisque des actions sont menées depuis le début du 21e siècle. Ici, ce jumelage s’organisera principalement autour de la jeunesse, du sport, de la culture et du droit des femmes.

La délibération permet également de renforcer les liens avec la ville de Bethléem, en créant avec les villes de Montpellier, Chartres et Grenoble une bibliothèque pour enfants. Enfin, Strasbourg contribue également au Fonds de solidarité pour les populations civiles de Gaza, via une subvention d’un montant de 20 000 €.

Pour l’opposition : « un calcul politique plutôt que la recherche de la paix et du consensus »

Pour l’opposition, sans trop de surprises, ce choix de jumelage n’est pas le bon. Jean-Philippe Vetter assure que « le choix d’un jumelage avec Bethléem aurait été plus fédérateur », même s’il remet globalement en cause le fait de lancer un jumelage, alors que la municipalité gèle en même temps celui avec Ramat Gan. Enfin, il essentialise cette décision à la maire de Strasbourg, qui « a donné de sa personne pour ce jumelage alors que les Strasbourgeois attendent qu’elle se mobilise pour eux ».

Catherine Trautmann reprend le même argumentaire que son collègue d’opposition sur le gel du jumelage avec Ramat Gan et la coopération avec Bethléem, tout en critiquant l’impréparation de la délibération. De son côté, Pierre Jakubowicz accuse sans sourciller Jeanne Barseghian « d’importer le conflit dans les rues de Strasbourg, en creusant de douloureuses fractures ».

Ce jumelage est un calcul politique plutôt que la recherche de la paix et du consensus.
Pierre Jakubowicz

Nicolas Matt reprend l’argumentaire de son compère en accusant Jeanne Barseghian de céder à la « pression de vos partenaires de la France Insoumise » [alors qu’il n’y a aucun lien local politique entre la municipalité strasbourgeoise et LFI, ndlr], la tenant comme « responsable des tensions dans la ville ». De son côté, Gabrielle Rosner-Bloch (LR) l’accuse d’être « la maire de ceux qui ne veulent pas de l’État sioniste ». Ci-gît la nuance.

Enfin, davantage dans l’argumentaire que dans le festival d’attaque ad hominem sur Jeanne Barseghian, Céline Geissmann critique « une délibération déséquilibrée » et estime que la maire n’a pas répondu aux interrogations sur le gel du jumelage avec Ramat Gan.

céline geissmann
© Live conseil municipal / Capture d'écran

Pour la majorité, la volonté de « construire la paix en construisant des ponts entre les peuples »

Du côté de la majorité, ce jumelage a pour but de « construire la paix en construisant des ponts entre les peuples ». Revenant sur la polémique, Jeanne Barseghian rappelle qu’elle est favorable à une solution à deux États, et assène : « Nous assistons à Gaza à des violations du droit international de la plus grande gravité. » Pour Yasmina Chadli (Communistes), ce n’est pas seulement un symbole, mais un acte politique fort, « une passerelle entre les peuples pour soutenir le chemin de la paix ».

La maire précise que cette décision provient des recommandations venant du ministère des Affaires Étrangères, qui préconise de sceller des partenariats avec des camps de réfugié(e)s. Elle rajoute également que la ville de Bethléem possède déjà plusieurs centaines de jumelages et qu’elle a été associée à la décision du jumelage avec Aïda. Enfin, elle dénonce des propos diffamatoires de Catherine Trautmann et de Pierre Jakubowicz, tout en répondant à Jean-Philippe Vetter que « quand on est maire d’une ville particulière comme Strasbourg, on a la responsabilité de porter sa voix singulière de réconciliation et de la paix ».

Il ne peut pas y avoir de paix sans respect du droit international. 
Alain Jund

Concernant le jumelage avec Ramat Gan, Abdelkarim Ramdane explique que c’était « un geste posé et réfléchi », tandis que Benjamin Soulet explique que ce n’est pas gravé dans le marbre et qu’il pourra reprendre lorsque les conditions seront réunies. Carole Zielisnki s’indigne sur les remarques d’un quelconque calcul électoral, qu’elle trouve indécentes « alors que des enfants meurent ».

Finalement, après une suspension de séance permise pour que chaque groupe puisse s’organiser et voter, la coopération avec Bethléem et la subvention sont votées à l’unanimité. Quant au jumelage avec le camp de réfugié(e)s d’Aïda, il a finalement été adopté avec 49 voix pour, 10 contre et 5 abstentions. Fait notable : les socialistes et centristes n’ont pas été unanimes dans leurs votes, puisque Pernelle Richardot (PS) et Dominique Mastelli (PS) ont voté contre, tandis que le reste du groupe s’est abstenu. De l’autre côté, Nicolas Matt et Christel Kohler (Renaissance) se sont abstenu(e)s alors que le groupe centriste a voté en majorité contre.

jeanne barseghian
© Live conseil municipal / Capture d'écran

Le conseil en bref

Parce que presque 14h de débats ne peuvent pas se résumer en un seul article, deux sujets intéressants ont été évoqués en conseil, sans néanmoins faire partie du récap’. Dans le détail :

  • Les débats sur les comptes administratifs de la Ville. La Chambre régionale des comptes les a passés au crible, alertant sur une situation financière qui s’est dégradée et une propension à beaucoup financer ses investissements par la dette. Des débats « en vase clos » selon Jeanne Barseghian, ce qui ne surprendra aucun(e) fana du conseil municipal qui a l’habitude des discussions sur le budget municipal.
  • Un débat particulièrement houleux sur le gel du jumelage avec Ramat Gan. Après les près de 2h de débat sur le jumelage avec le camp de réfugié(e)s d’Aïda, le sujet est revenu sur la table par une résolution portée par Jean-Philippe Vetter. Celle-ci a été adoptée à 12 voix pour, 11 contre, « les élus les plus extrémistes » selon l’élu LR, et 4 abstentions, le groupe écologiste dans son immense majorité n’ayant pas pris part au vote. Néanmoins, cela ne signifie pas que le jumelage sera dégelé ; les résolutions n’obligent en rien la municipalité.

Punchline battle

  • « Les ratios financiers doivent aussi s’adapter au monde dans lequel nous vivons », Jeanne Barseghian
  • « À défaut d’y pousser, les épillets sont de retour dans notre hémicycle », Marie-Françoise Hamard
  • « Vous nous promettez « Demain, c’est loin » d’IAM et on a droit à « Auteuil, Neuilly, Passy » des Inconnus », Nicolas Matt
  • « Soit vous sortez de votre silence, soit vos propos perdent en substance »Syama Agha Babaei
  • « Filmer des bouchons, ça fait de belles polémiques faciles mais ça ne fait pas avancer le schmilblick », Pierre Ozenne
mairie punchline
© Pokaa

Il est 22h42 quand ce dernier conseil municipal de l’année scolaire se termine. Un conseil forcément dense et long, ce qui était attendu au vu du dernier, et qui a eu ses moments de tension. Contrairement à d’autres néanmoins, il a permis de voter plusieurs points qui vont avoir des conséquences sur Strasbourg dans les années à venir. C’est désormais l’heure de partir en vacances politiques, avant une rentrée qui n’aura presque qu’un seul objectif en vue : la campagne des municipales.

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Commentaires (1)

  1. Jean-Philippe Vetter c’est vraiment le pire de la politique locale, critiquer pour critiquer, avec des arguments parfois ridicules, par ex. pour l’opéra « où l’on vivait un moment extraordinaire même si on n’entendait pas forcément tout « ; le problème n’est pas d’ordre auditif mais visuel ! (ne pas voir correctement la scène n’implique pas une mauvaise écoute).

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