Ce lundi 19 mai, tout le fonctionnement habituel du conseil municipal s’est retrouvé bouleversé. Alors que le centre administratif était bloqué par les forains depuis 6h du matin, le conseil municipal s’est finalement tenu à 18h, 8h après son début théorique. Il s’en est suivi un ordre du jour très raccourci, qui a tout de même donné lieu à quelques décisions pour le futur de Strasbourg. C’est au menu du récap’.
Le 19 mai restera une date toute particulière pour le conseil municipal strasbourgeois. Déjà, son horaire de début, plus qu’inhabituel. Pour cause de blocages du centre administratif depuis 6h du matin par les forains protestant contre l’annulation de la Foire Saint-Jean, il a finalement débuté à 18h, après avoir été repoussé deux fois.
Alors qu’on pouvait craindre des débats se terminant aux alentours de 4h du matin [les conseils municipaux durant en moyenne 10h30, ndlr], il n’en fut heureusement rien : seulement 9 points ont été retenus à l’ordre du jour, beaucoup d’autres ayant été renvoyés au prochain conseil du 23 juin.
Exit ainsi les différentes interventions de l’opposition qui viennent pimenter les deuxièmes parties de conseils municipaux : pas de débats sur le secteur des Halles en pleine transformation, sur les difficultés de circulation rue Mélanie, sur les perspectives des finances de la Ville ou encore du nouveau projet immobilier sur le site de l’ancien hôtel Mercure. Ce sera pour une prochaine fois.
Mais même un conseil municipal exceptionnel ne pourrait débuter normalement : après l’intronisation de Carole Santamaria, élue remplaçante d’Hervé Polesi [mais ne siégeant pas dans le groupe écologiste, ndlr], la séance a été momentanément interrompue par des manifestant(e)s pro-palestinien(ne)s, s’opposant au jumelage de Strasbourg avec la ville israélienne de Ramat Gan. Une fois le calme revenu, le conseil pouvait enfin se lancer.
C'est la Foire au conseil
Forcément, on ne pouvait décemment pas débuter ce conseil municipal sans revenir sur le cirque de la Foire Saint-Jean. Si l’on vous a tout expliqué ici, les forains ont organisé un blocage du centre administratif à partir de 6h du matin à l’aide de palettes, pneus, bonbonnes de gaz et barrières. Une cellule de crise a été enclenchée par la municipalité, et une réunion avec 4 représentants forains a été organisée.
Dans l’enceinte municipale désormais libre d’accès, Jeanne Barseghian est d’abord revenue sur l’événement, reprenant les mêmes arguments donnés lors du micro tendu organisé plus tôt dans la journée. Concrètement : Strasbourg n’a plus de foncier disponible pour accueillir la Foire Saint-Jean, c’est pourquoi la Ville veut construire son esplanade festive Plaine des Bouchers.
En attendant, les forains ont refusé les trois solutions provisoires proposées (Hautepierre, Foire sur plusieurs sites, Port du Rhin), tandis que la solution de la place de Bordeaux ne s’est pas révélée pertinente. Faisant dire à la maire : « Ça fait plusieurs années que j’ai été claire avec les forains sur le fait qu’on n’aurait plus de foncier disponible s’ils refusaient les trois propositions. »
Comment voulez-vous qu’ils vous croient sur cet engagement d’aujourd’hui, alors que vous n’avez pas respecté votre engagement d’hier ?
Comme on pouvait s’y attendre, l’opposition ne s’est pas privée de tirer à boulets rouges sur la maire. Pour Jean-Philippe Vetter (LR), « nous étions seul(e)s, élu(e)s de l’opposition à capter ce ressentiment et cette colère ». De son côté, Céline Geissmann (PS) rappelle que les travaux de l’esplanade festive étaient prévus pour 2023, ce que la maire n’a pas mentionné. L’élue s’interroge également sur combien des 8 millions d’euros prévus pour l’esplanade festive iront vers le dédommagement des forains.
Comme à son habitude, Pierre Jakubowicz (Horizons) dénonce le « mépris et la méthode » de la municipalité et indique que celle-ci aurait pu intégrer la Foire Saint-Jean dans ses réflexions, lorsqu’elle a repris le dossier Archipel 2 au Wacken. Enfin, son collègue de groupe Nicolas Matt (Ensemble pour la République) assène : « Vous êtes responsables de cette situation de détresse. »
Il n’existe pas votre projet, pour une simple raison : parce que aujourd’hui les fonciers existant ne le permettent pas. Tant que vous n’avez pas de projets à proposer, ça reste de l’instrumentalisation.
Côté majorité, Marc Hoffsess interroge le « deux poids deux mesures de l’opposition » prompte à dénoncer certains blocages plutôt que d’autres, dressant un parallèle entre le blocage des forains et celui récent des lycéen(ne)s strasbourgeois(es) qui ont bloqué 3 lycées en soutien à la Palestine [un élève a d’ailleurs été blessé après intervention policière, ndlr]. Un point également relevé par Syamak Agha Babaei : « L’égalité républicaine ne peut être vraie un jour, et être pas vraie un autre jour. »
De son côté, Floriane Varieras assène que la municipalité ne peut plus « [se] permettre de dépenser des millions d’euros sur des solutions précaires. », tandis que Pierre Ozenne critique l’opposition : « Vous étiez là pour souffler sur les braises, c’est ça votre méthode. » Passablement éprouvée, Jeanne Barseghian conclut : « Je suis quand même choquée que des élu(e)s de la République cautionnent le blocage d’un centre administratif, alors que dans beaucoup d’autres situations vous vous faites les chantres de l’ordre public. »
La maire évoque enfin des possibilités d’amortir l’impact économique de ces deux années blanches, ainsi que la volonté de trouver un lieu d’accueil pour les forains et leurs familles entre deux fêtes foraines. Suite au prochain épisode.
Deux nouvelles structures à l’Elsau après la liquidation judiciaire de l'association gestionnaire du centre socio-culturel
Le calme revenu, nos élu(e)s se sont attaqué(e)s à d’autres sujets. Lors du dernier conseil municipal, ils et elles avaient longuement débattu de l’avenir du centre socio-culturel, en proie à des grosses difficultés avec le placement en liquidation judiciaire de l’association gestionnaire. Au bout des débats : la création de trois postes pour créer une nouvelle structure.
Ce 19 mai, le sujet revient sur le tapis sous la forme d’une nouvelle délibération, cette fois-ci tournée vers le développement d’activités et services pour les habitant(e)s du quartier. Plus précisément : la création d’un pôle enfance avec la Ligue d’enseignement du Bas-Rhin pour 70 000 € et celle d’un espace d’accompagnement à l’insertion professionnelle avec l’association DACIP pour 60 000 €.
Le premier inclura des accueils péri- et extra-scolaires, des actions d’architecture et d’urbanisme citoyen, des évènements culturels, des interventions dans les écoles, des actions d’aide à la scolarité, des rencontres sportives, des aides au départ en vacances et un déploiement de volontaires en service civique. Le second proposera de faciliter l’accès à l’emploi pour les personnes les plus éloignées du marché de l’emploi et notamment les jeunes.
Dans les débats, Pierre Jakubowicz salue les avancées pour « initier une nouvelle dynamique associative ». Néanmoins, il regrette « qu’un certain nombre de signaux d’alerte n’aient pas permis d’anticiper davantage la situation et qu’ils n’aient pas été partagés en toute transparence. » Un sentiment de manque de préparation partagé par Jean-Philippe Maurer (LR) et Nicolas Matt. Pour ce dernier, c’est le temps des leçons : « La manière dont vous gérez ce dissocier me rappelle la façon dont vous avez géré celui du Tram Nord : on fonce et on verra après. La confiance avec les habitant(e)s me semble définitivement rompue. »
Une intervention qui étonne Jeanne Barseghian, puisque la Ville gère le dossier avec la CEA, où Nicolas Matt est vice-président à la jeunesse. Dans sa réponse, Guillaume Libsig est lui aussi surpris, et assure également que de nombreuses activités sont prévues dans les prochains temps, « avec 100% des services qui ont désormais une vision pour leur continuité ». Hülliya Turan assure quant à elle que le lien avec l’Elsau « est bien réel et régulier ». Pour conclure, Jeanne Barseghian se félicite d’une délibération « qui apporte des solutions concrètes » aux habitant(e)s. Celle-ci est voté à 55 voix pour et une abstention, de Soraya Ouldji.
L’aménagement de la dernière phase du TSPO
Le Transport en site propre de l’ouest strasbourgeois entre dans sa dernière phase. Les deux premières ont consisté en la mise en service de 4,5 km entre Ittenheim et Wolfisheim, puis de 3 km de voies supplémentaires entre Wolfisheim et la centrale thermique d’Hautepierre, avec en outre la création d’une station dénivelée à l’arrêt de tram D « Paul Éluard », directement sur l’autoroute et connectée au réseau tram.
C’est depuis cette station, unique en France, que la dernière section du TSPO va partir, devant ensuite relier Hautepierre à l’échangeur de Cronenbourg et la place des Halles.
Cela demande quelques aménagements, comme la construction d’un nouveau franchissement sécurisé pour les piétons et les modes actifs au-dessus de la M351 entre Cronenbourg et le Parc des Romains, une meilleure insertion des cars express vers les Halles ou encore le réaménagement de la bretelle de sortie des Halles , avec une voie « bus » permettra ainsi une liaison dédiée aux transports en commun jusqu’au secteur, en train de complètement se transformer.
Ce dernier morceau n’est pas le plus simple, mais il est essentiel.
Si les débats sont restés succincts et cordiaux, cela n’a pas empêché Pierre Jakubowicz de pointer « l’absence de visibilité » que donne ce projet. Selon l’élu d’opposition, « la procédure interroge sur un certain nombre d’éléments » et il est difficile de « donner un avis sur un projet dont on ne connaît qu’une petite partie ». De son côté, Joris Castiglione (Communistes) demande à ce que soit pris en compte un « élargissement progressif de la gratuité des transports ».
Sur le TSPO, Pierre Ozenne rappelle que le projet ne date pas d’hier, et qu’il y a eu plusieurs concertations et communications sur le sujet. L’adjoint à l’espace public en profite également pour rappeler l’importance du projet pour offrir le plus de solutions de transport en commun possibles. Finalement, le point est voté, avec néanmoins 8 abstentions, des groupes Faire Ensemble et Centristes et Progressistes. Un avant-goût d’une future alliance pour les municipales ?
Des logements sociaux à la Krutenau
Alors que la crise du logement continue à Strasbourg comme partout en France, la Ville vend un de ses immeubles à OPHEA, le principal bailleur social de l’Eurométropole. Plus précisément, la collectivité vend un immeuble de 3 043 m2 dans le cœur de la Krutenau, au 21 rue de Berne. Coût total ? 842 400 €, 10 % de moins que sa valeur marchande.
Un bâtiment libre de toute occupation, mais qui demande des investissements conséquents de rénovation et de remise aux normes. Concrètement, OPHEA veut réaliser dans ce bâtiment 35 logements sociaux, dont 18 T2, 4 T3, 8 T4 et 5 T5, mais également créer un local en rez-de-chaussée ayant la qualification d’établissement recevant du public de 600 m2, à destination de professionnels privés. Très probablement des bureaux.
Dans les courts débats sur le sujet, c’est Nicolas Matt qui aura joué le rôle du trublion, rappelant certaines difficultés que lui font remonter des habitant(e)s de l’Elsau et de la Meinau. Une intervention quelque peu éloignée du périmètre de la délibération, mais qui a permis à l’élu de nous remettre en tête une citation d’IAM, quelques mois avant leur passage aux Décibulles.
De son côté, Syamak Agha Babaei rappelle que le fait d’avoir des logements sociaux dans le centre de Strasbourg est une bonne chose et invite Nicolas Matt à ne pas être dans le dénigrement du travail des bailleurs sociaux. Le point est adopté à l’unanimité, clôturant ce conseil pas comme les autres.
Il est 21h45 quand ce conseil municipal semblable à aucun autre se termine. Près de quatre heures de débat, largement éclipsées par toute une journée de blocages du centre administratif de la part des forains. Un moment intense et particulier, qui présage déjà d’un conseil de juin très animé.




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