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Géante d’acier classée Unesco : visite de la « Völklinger Hütte », l’usine XXL à 1h30 de Strasbourg

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Une carcasse de métal, aux allures de cathédrale. Depuis la route se dresse une géante d’acier : « Weltkulturerbe Völklinger Hütte », usine sidérurgique de Völklingen (près de Sarrebruck, en Allemagne). Construite en 1873, mise à l’arrêt en 1986, elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1994. Première construction de l’ère industrielle à rejoindre cette liste, elle est devenue un lieu d’art et de mémoire qui se visite. Et aujourd’hui, elle est l’objet de notre escapade en duo, à 1h30 de Strasbourg.

Le temps est frais, le ciel est bleu, et l’odeur : curieuse. Si pour l’un, elle rappelle l’odeur métallique du métro parisien ; pour l’autre, elle évoque le caoutchouc grillé. À peine arrivé(e)s, qu’il plane déjà dans l’air le souvenir de ce que fut un jour cette géante d’acier.

Du parking, le monstre métallique s’élève. Nous contemplant de sa grandeur, celui-ci nous salue d’ailleurs avec ses drapeaux qui flottent au loin. De nombreux « Hello World » qui martèlent ses nouvelles ambitions : la Völklinger Hütte est désormais un lieu ouvert au monde.

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Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
Usine sidérurgique de Völklingen. © Wilfried Rion / Pokaa

Une visite alambiquée, guidée par notre curiosité

Une fois les billets en poche, on s’engouffre dans le château d’eau restauré, accueilli(e)s par des voix lointaines dont on s’approche… Dans la fraîcheur de la première salle, résonnent des chants d’Afrique, en lien avec l’exposition du moment : The True Size of Africa (jusqu’au 17 août 2025).

Ce que l’on entend ? The Land Remembers, une installation sonore in situ d’Emeka Ogboh. Et plus encore : le « Steigerlied », l’hymne traditionnel des mineurs allemands de la Ruhr et de la Sarre, qui célèbre leur camaraderie. Ici réinterprété par un chœur masculin namibien, il rappelle l’exploitation des ressources (en partie minières dont a tiré parti la Völklinger Hütte après la Seconde Guerre mondiale) et des peuples d’Afrique.

Ce chant puissant nous « plonge dans l’histoire violente du règne colonial, expose les cicatrices laissées sur les terres, et rend hommage à la résilience de celles et ceux qui se sont dressés contre l’oppression ». Cet écho qui enveloppe, réverbéré tout autour sur le carrelage recouvert d’une épaisse couche de poussière, impose tout à la fois notre silence et le recueillement : une belle entrée en matière. Ça y est, la visite commence.

À l’instar de la tuyauterie qui s’échappe de la première salle, pour rejoindre l’extérieur, avant de remonter par ailleurs, notre parcours dans la Völklinger Hütte s’annonce alambiqué, tortueux, entre ombre et lumière, sur les pas des ouvriers d’hier. Des profondeurs jusqu’aux plate-formes extérieures : appareil photo ou stylo à la main, rien ne sera épargné par notre curiosité.

Et dès sa « salle du soufflant », l’ancienne usine est bien décidée à nous le couper, le souffle. En y pénétrant, un espace aux dimensions folles s’offre à notre regard, avec la vue imprenable et de haut sur l’exposition. Une expo’ qui s’imbrique à merveille dans le dédale métallique et la scénographie du lieu. C’est aussi canon que vertigineux.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
Exposition temporaire « The True Size of Africa » (jusqu'au 17 août 2025). © Wilfried Rion / Pokaa

Silence de plomb et vacarme oublié

Ce jour-là, notre duo fut à peine perturbé par les rares groupes croisés un mardi après-midi : des lycéen(ne)s en visite scolaire, que l’on croise s’amusant dans les couloirs, et une vingtaine de quinquagénaires, suivant tranquillement leur guide.

Entre chaque, un silence quasi monastique, interrompu seulement par nos pas.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
© Wilfried Rion / Pokaa

Difficile d’imaginer aujourd’hui le vacarme d’autrefois. Les odeurs, les vapeurs, la chaleur. Dans l’« atelier de frittage », plongé(e)s dans la pénombre, on croise un banc branlant en bois, recouvert de poussière, avec son torchon sale : fragile témoignage des conditions de pause des ouvriers de l’époque. Des pauses de fortune, sous des fenêtres opaques. On y lit qu’ils vivaient entourés de « poussières de gueulard et de poudre de coke » [le coke étant le matériau de base pour la production d’acier, ndlr].

L’écho lointain de travaux sur un des silos nous y replonge à peine, avec le tintement de l’acier contre l’acier, comme un témoignage de son passé ouvrier. « Wir bauen für Sie » (« nous construisons pour vous ») lit-on sur les bâches dressées pour ce chantier.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
© Wilfried Rion / Pokaa

Sur les traces du passé

Dans une salle au décor moderne et minimaliste, un documentaire avec des images d’archives nous apprendra plus tard qu’ils étaient des milliers à s’y croiser jour et nuit, entre les flammes, les étincelles, le danger et les fumées. Plus de 25 000 au début du siècle dernier. On nous y parle de son temps d’avant, de ses heures de gloire dans un monde où celui qui possédait le fer, possédait le pouvoir.

La Völklinger Hütte était une « cathédrale du travail », considérée en Allemagne comme à l’international, à la pointe du progrès et des innovations techniques.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
© Wilfried Rion / Pokaa

Un site titanesque, dans lequel planait une odeur de soufre et une chaleur suffocante. Et dehors comme dedans : des hommes et des femmes exposé(e)s aux conditions climatiques extrêmes. Des hivers froids et venteux, et la fournaise, l’été. Plus de 32 tonnes de poussière jaune rejetées chaque jour autour de l’usine, formant « une croûte poisseuse » sur le corps, nous dit-on.

Et sous cette croûte : un passé sombre, aussi ; pour elle qui exploitait pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, des travailleurs et travailleuses forcé(e)s. Et puis, dans les années 1960, une main d’œuvre venue d’ailleurs pour renforcer les rangs et la faire tourner 24h sur 24, jusqu’à la crise mondiale de l’acier en 1975, qui causa son déclin puis sa fermeture en 1986.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
© Wilfried Rion / Pokaa

Mais après avoir « fermé les portes », la vidéo nous explique que ces dernières s’ouvrent désormais à toutes et tous, passant de « ville interdite », réservée aux employé(e)s, à un site classé : le premier de l’ère industrielle.

En 1994, l’usine sidérurgique de Völklingen rentre en effet au patrimoine mondial de l’Unesco, aux côtés des pyramides de Gizeh, de l’Acropole d’Athènes, du Taj Mahal et autres merveilles du monde d’autrefois. Une « sculpture à vivre de près », et un témoignage d’un monde qui a changé, figure de l’ère de la grande industrialisation (de son ascension à son effondrement).

Plus loin, une installation permanente et immersive de l’artiste français Christian Boltanski (1944-2021), connu pour son travail autour de la mémoire, redonne une identité à ces anonymes exploité(e)s pendant la Seconde Guerre mondiale. En tout, 12 393 hommes, femmes et enfants recensé(e)s, originaires de 20 pays, dont certain(e)s qui y perdront la vie.

Entre les casiers empilés, la montagne de vêtements de travail : des voix chuchotent leurs noms. Bouleversant.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
L'ossature de la « salle des mélanges » depuis la passerelle. © Wilfried Rion / Pokaa

Depuis le haut d’une passerelle qui surplombe l’immense « salle des mélanges », on aperçoit un dédale de salles. Comme plongé(e)s dans le ventre de la bête, sous sa large ossature de métal, on y observe des échelles et des trous d’évacuation vers lesquels on imagine encore la matière dégueuler par tonnes.

Une fois redescendu(e)s, on s’aventure d’une pièce à l’autre… Aux murs, s’écrivent des prénoms, se dessinent des traces de mains et du street art. Comme un mémorial d’hier et d’aujourd’hui. Au détour d’un couloir : des extraits de documentaires, dans de petits espaces de visionnage qui permettent d’en apprendre plus encore.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
« Salle des mélanges » vue du haut. © Wilfried Rion / Pokaa

Une autre installation de Boltanski nous fait slalomer entre les casiers de vestiaires et leur lot de pin-ups placardées. D’éternelles beautés des années 70, figées à jamais, dans un labyrinthe de souvenirs, éclairé à l’ampoule, duquel s’échappent des enregistrements de témoignages d’ancien(ne)s ouvriers/ères.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne – « Memories » de Christian Boltanski
Installation permanente de Christian Boltanski : « Souvenirs » (avec des casiers et témoignages). © Wilfried Rion / Pokaa
Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne
Détail d'un casier / installation permanente de Christian Boltanski : « Souvenirs ». © Wilfried Rion / Pokaa

Un musée à ciel ouvert : rouille, street art et espaces verts

Musée à ciel ouvert, chaque détail capte l’attention de nos yeux avides et curieux (tout étant traduit en français, et un audioguide est disponible à la demande).

Sur les façades, notre regard s’arrête sur les vestiges de précédentes Biennales de street art que l’ancienne usine accueille, à l’instar de festivals et de concerts internationaux. Des stickers muraux qui s’effritent par là ; ou plus haut : une installation de caméras agglutinées sur un silo, et une pyramide de casques jaunes.

Tout est explorable [et en partie pour les PMR et poussettes aussi, à l’exception des passerelles et de la plateforme panoramique à 45 m de hauteur, ndlr], on se perd de l’intérieur à l’extérieur… S’éloignant vers la sortie, ou revenant en son cœur.

Croisant de la végétation qui reprend ses droits çà et là, comme dans la « Cokerie », où il n’y avait alors que feu, chaleur et poussière. On y voit un arbre qui traverse désormais une fenêtre, une racine qui perce les rails. Et même un toboggan, pour les petit(e)s et grand(e)s enfants. Derrière chaque porte : un potentiel. En épargnant le moins de recoins possibles de son large parc, on s’y perdrait presque.

Il manquait l’altitude… Ni une, ni deux, casques jaunes sur la tête, on décide d’aller tutoyer le ciel. Là-haut, depuis la plateforme des « Hauts fourneaux », après une volée d’escaliers raides : on y entend le cliquètement du métal, et le vent qui souffle fort.

Au loin, le parking et la petite voiture qu’on devine à peine. La vue est sublime et le timing, parfait : c’est la golden hour et le soleil vient sublimer le métal rouge. Spectaculaire.

Plus loin encore… La ville de Völklingen avec ses églises qui paraissent minuscules, et une usine en fonctionnement qui crachote de la fumée.

Et à nos pieds : le train qui passe dans sa gare – construite par l’usine – et dans lequel s’engouffre une salve de gens. Pour eux comme pour nous : c’est la fin de journée, et il est temps de rebrousser chemin. L’heure de la fermeture approche.

Après une cavalcade express dans les escaliers et un tour rapide de l’exposition, c’est avec regret qu’il faut s’en aller. Avec une arrivée à 15h, le constat est sans appel : trois heures suffisent à peine. On conseillera donc aux plus curieux/ses de prendre leur journée, et un casse-croûte dans le sac [ou de s’arrêter au café ou au biergarten de l’usine ouvert de 11h à 18h, ndlr].

C’est donc des étoiles plein les yeux, mais l’estomac creux, que l’on quitte le site, direction Völklingen, la petite ville allemande qui donne son nom à l’usine ; sans fioritures ni trop de charme, quelques boutiques de proximité, des façades colorées, des designs approximatifs et deux églises… Et un Netto, sur lequel s’achève notre visite, pour choper des bretzels gratinées de fortune avant de reprendre la route : 1h30 jusqu’à Strasbourg. Oui : la Völklinger Hütte valait vraiment le détour.

Usine sidérurgique de Völklingen – Weltkulturerbe Völklinger Hütte – Allemagne- Perpetual Ending Zevs
© Wilfried Rion / Pokaa

Établissement

Usine sidérurgique de Völklingen

Quoi ?

Ancienne usine sidérurgique / musée

où ?

Weltkulturerbe Völklinger Hütte, Rathausstraße 75 – 79, 66333 Völklingen (en Allemagne)

Plus d'infos ?

Le site web du lieu

Horaires :
Du 1er avril au 1er novembre : tous les jours de 10h à 19h
Du 2 novembre au 31 mars : tous les jours de 10h à 18h
Fermeture les 24, 25 et 31 décembre

Tarifs :

17€ sans réduc, gratuit jusqu’à 18 ans et pour les étudiant(e)s jusqu’à 27 ans

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