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« Il faut avoir un peu d’autodérision » : on a discuté avec un Strasbourgeois qui pose nu

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Il y a de ces métiers qui intriguent : chauffeur de salle, nettoyeur d’écran de cinéma, verbicruciste… ou encore modèle vivant. À quoi pense-t-on, nu devant des élèves dessinant notre corps ? Cette habitude change-t-elle la vision que l’on a de nous-même ? On s’est rendus à l’Université Populaire dans un cours de dessin, où Imhotep a accepté de répondre à toutes nos questions.

Des chevalets, une dizaine d’élèves d’une vingtaine d’années à la soixantaine, Jean-Baptiste le professeur, des crayons plein les tables. C’est Imhotep, originaire des Côtes-d’Armor et actuellement en formation professionnelle de technicien du son, qui nous accueille en peignoir, entre deux dessins. Modèle vivant à ses heures perdues, tout au long de la pose, il se tient debout, nu sur l’estrade, et sans trembler.

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Il y a quelques années, Imhotep n’aurait jamais imaginé travailler nu devant des personnes sans que cela ne le gêne. « Mais aujourd’hui ça me paraît très naturel. Je n’ai jamais fait de séance où je me suis dit « mince je n’ai pas envie de me dénuder aujourd’hui, je préférerais être habillé, ou juste ne pas montrer mon corps » ». Selon ses expériences, poser nu rapporte autour de 20 euros de l’heure dans le milieu universitaire. Ça peut être plus dans certains cadres, comme des cours particuliers avec des artistes renommés par exemple.

Sa première fois, c‘était dans un appartement avec des connaissances de la Hear de Mulhouse, qui n’avaient pas de cours de modèle à ce moment-là. « J’ai eu un peu d’appréhension juste avant de me déshabiller. Ce n’est pas que je regrettais de le faire, c’était plutôt du trac. » Il s’est inévitablement demandé si ça allait bien se passer, si les gens n’allaient pas être mal à l’aise. « Finalement, un peu comme pour un exposé devant la classe, mon malaise s’est dissipé au bout de quelques minutes et tout le monde a passé une séance tout à fait normale. Comme si on avait juste pris un thé ensemble ! »

Comme une méditation... qui demande une certaine condition physique !

Imhotep nous explique qu’il n’existe pas vraiment de formation pour devenir modèle vivant. C’est généralement un travail pour lequel on postule spontanément dans des écoles d’art, d’architecture, de mode… Il n’y a pas vraiment de prérequis à avoir, si ce n’est d’être à l’aise avec son corps, avec la nudité et être en bonne condition physique pour ne pas se faire mal et tenir les poses !

Il nous confie d’ailleurs prendre davantage soin de son corps depuis qu’il pose régulièrement, environ une fois par mois. Pas pour le physique : tous les corps sont les bienvenus. Mais plutôt pour la souplesse et l’endurance musculaire : être dans l’immobilité totale peut s’avérer assez éprouvant physiquement selon le type de séance, la thématique, la durée et le choix des poses.

Quand on lui demande à quoi il pense pendant les poses, Imhotep rigole : « Parfois à rien du tout et c’est génial ! Une vraie séance de méditation, je rêvasse avec pour seule ambiance le son des crayons qui grattent le papier. » D’autre fois, l’ambiance est plus bruyante : « Dans ces cas là, j’organise ma semaine, je cherche des solutions à mes problématiques du moment, je fais ma liste de courses ».

Une nudité désexualisée

Imhotep est à l’aise avec lui-même, n’a pas spécialement de complexes, ni de zones de son corps qu’il voudrait cacher. « La nudité ou celles des autres ne me dérange pas, tant que la situation est appropriée. En modèle vivant nu, seul ou à plusieurs, dans des espaces nudistes…».

Pour lui, le fait d’être nu en dehors d’un cadre sexuel ou médical permet de relativiser et de trouver ça normal, voire agréable. Une séance de modèle vivant nu n’est en aucun cas sexualisée, que ce soit de la part des modèles, des intervenant(e)s, des personnes qui dessinent/peignent… C’est absolument nécessaire pour que les séances se passent correctement, dans le respect des personnes présentes.

« Heureusement ça a toujours été le cas durant mes séances. Je trouve aussi valorisant d’utiliser son corps comme source d’inspiration, de partage d’idées, d’expression dans un processus artistique. Il n’y a pas de côté excitant pour ma part, et je pense qu’il en est de même pour les personnes qui dessinent. C’est pour moi absolument nécessaire pour ne pas générer de la gêne et conserver un cadre neutre, sain et respectueux ».

Une bonne dose d’autodérision

Être modèle vivant implique aussi de se découvrir à travers le regard des autres. Quand on lui demande si il s’est marré parfois, en découvrant les dessins de lui, Imhotep est catégorique : « Carrément ! Quand certaines personnes s’excusent de nous avoir dessiné avec une grosse tête et une jambe plus courte que l’autre, je trouve ça très drôle. Je pense qu’il faut avoir un peu d’autodérision, du côté du modèle, comme de l’artiste.

Imhotep a la chance de ne pas avoir vécu de moments très gênants. L’ambiance est toujours respectueuse, les gens sont compréhensifs en cas de désagrément ou maladresse. Par contre, il a déjà vécu des moments cocasses : « Par exemple, sur une séance nue à deux, on avait posé très serrés l’un derrière l’autre dans une position en porte-à-faux. J’ai été pris d’une crampe au mollet qui m’a fait trembler pendant quinze minutes contre mon partenaire. Et si tu veux tout savoir, je ne peux pas rester allongé cinq minutes sans m’endormir ».

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