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Le train orange au bord de l’A4 fête ses 50 ans. Mais qu’est ce qu’il fait là ?

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Y a-t-il quelqu’un parmi vous qui ne s’est jamais demandé ce que faisait ce train orange sur le bord de l’autoroute A4, celle qui nous fait quitter Strasbourg pour aller vers Metz (peu probable) ou Paris ? À l’occasion de ses 50 ans, revenons sur l’histoire qui l’a amené là.

En effet, en voilà un drôle d’endroit pour exposer un train – ou plus exactement une motrice (la partie qui tracte le train) – telle une tête de serpent trônant sur un monticule de cailloux, avec pour tout décor quelques immeubles, au beau milieu de l’échangeur Schiltigheim-Bischheim.

C’est que cette sortie ne mène pas qu’à la piscine de Schiltigheim ou à la salle de spectacle de la Briqueterie mais aussi au Technicentre de Bischheim. Et c’est de ce côté qu’il faut investiguer…

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Le Technicentre de Bischheim © Florian Crouvezier / Pokaa

On le sait peu mais il y a à Bischheim un très important centre de maintenance de la SNCF : le Technicentre. Celui-ci est pourtant gigantesque : pas moins de 23 hectares, employant quelques 1000 personnes et s’étalant sur plus d’un kilomètre et demi le long de la voie ferrée qui va de Strasbourg à Lauterbourg, commune la plus au nord-est de l’Alsace, frontalière avec l’Allemagne.

Inauguré en 1879, quelques années après l’intégration de l’Alsace à l’Empire allemand, cet atelier avait pour vocation de remplacer la vieille rotonde de maintenance de Cronenbourg afin d’accueillir les nouvelles locomotives à une époque où le chemin de fer était en plein boum.

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Le Technicentre de Bischheim vu du ciel © ville de Bischheim

Les grandes heures d’un train

Mais l’affaire qui nous concerne prend sa source plus récemment, dans les années 1970. La France cherche alors à se doter d’un réseau de trains à grande vitesse. C’est le temps des turbotrains, ces trains qui fonctionnent grâce à des turbines à gaz, comme les hélicoptères. Si leur nom peut paraître aguicheur, il est aussi prometteur : car c’est bien les 300km/h qu’ils promettaient d’atteindre!

Et c’est là qu’entre en scène notre fameuse motrice orange, partie moteur de la rame (c’est-à-dire de l’ensemble des éléments composant un train) baptisée TGV001 (Turbotrain à Grande Vitesse 001). Elle est utilisée pour toutes les recherches et expérimentations en ce début des années 70 : tenue de ligne, aérodynamisme, traction, freinage, suspension, signalisation embarquée, sécurité, etc. Le TGV001 enchaîne les essais fructueux.

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Plan de la motrice du TGV 001 © OpenArchives SNCF

Un premier palier de vitesse est franchi en 1972 lorsqu’il atteint les 240km/h sur la ligne de la plaine d’Alsace, entre Strasbourg et Mulhouse. Et pourquoi pas un record du monde de vitesse?! Ce sera chose faite en cette même année avec 318 km/h ! Record en traction thermique qui tient toujours aujourd’hui.

C’est donc un franc succès pour l’usine d’Alsthom à Belfort, qui a assemblé la rame, et pour les ateliers de Bischheim qui l’ont équipée pour les essais.

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Le TGV 001 lors d'un essai sur rails © OpenArchives SNCF

L’heure de la déchéance

Mais il y a un hic. Car voilà, l’année 1973 est célèbre pour son célèbre choc pétrolier. Et qui dit crise des carburants dit économie. Notre bon TGV001, notre super turbotrain, qui roule grâce à une énergie fossile, consomme beaucoup trop. Et devinez quoi… la fée électricité repointe le bout de sa baguette et, sans surprise, c’est elle qui va prendre le relais pour tracter désormais les trains. Comme quoi nos questions de société actuelles se posaient déjà il y a 50 ans !

Résultat : le TV001 ne transportera jamais de voyageurs. Mais le premier TGV (on passe de Turbotrain à Train « tout court » à Grande Vitesse) à transporter du public en 1981 devra beaucoup aux essais de son prédécesseur, sur le plan technique mais aussi pour son esthétique due au designer français Jacques Cooper.

Malgré tout, le TGV001 n’a pas fini tout de suite à la casse. Au contraire, il devint une sorte de laboratoire roulant pour les recherches de grande vitesse. D’abord jusqu’en 1978, avant une première retraite anticipée, puis de 1982 à 1988, période durant laquelle ses pièces furent réutilisées pour tester les futurs TGV.

La résurrection d’un symbole

En 1988, le TGV 001 et ses deux motrices (car il y en avait deux !) furent définitivement remisés au placard, abandonnés à la rouille au fond des ateliers de Bischheim.

Au total, ce TV001 avait connu plus de 5 000 marches d’essais et parcouru quelques 450 000km. Cela aurait été dommage de le laisser pourrir, grignoté par le temps. La ville de Bischheim décida donc de racheter une des motrices en 1996 afin de la faire inscrire au titre des monuments historiques et de l’installer à son emplacement actuel.

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Photographie d'une image présentée lors de l'exposition "Bischheim, le train de l'Histoire"

Il faut dire que l’atelier de maintenance de Bischheim avait radicalement transformé le visage de la ville, la faisant passer à la fin du XIXe siècle de village agricole à cité ouvrière, avec une population qui avait triplé dans les années suivant son ouverture. D’où le choix de la ville de mettre en valeur « son » monument, plus emblématique encore qu’une église ou qu’une statue de personnage célèbre.

50 ans après sa création, vous connaissez maintenant l’histoire de ce « morceau de train orange », comme beaucoup d’entre nous l’appelaient jusqu’alors, et pourrez désormais le renommer « motrice du Turbotrain à Grande Vitesse 001 de 1972 repeint dans sa couleur d’origine ». C’est plus classe quand même ! Pour briller en société, vous pourrez même ajouter que la seconde motrice a connu elle aussi le même destin : elle a été rachetée et restaurée et on peut aujourd’hui la voir au bord de l’autoroute A36, au niveau de la sortie Belfort, la ville des usines Alsthom.


Je tiens à remercier tout particulièrement Patrick Diebold, cheminot retraité et passionné, pour les éclairages qu’il a pu m’apporter durant la rédaction de cet article.

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Commentaires (13)

  1. Pour info sur un tgv il’y a 2 motrices , une à chaque bout du train donc la 2eme en hommage aux salariés d’Alsthom à Belfort qui l’ont construit , est aussi exposé sur un talut de l’autoroute A 36 aux abords de la ville

  2. J ai un doute sur la date, 1996, de mise en place de cette tram sur les abords de l A4 . Il me semble que c est bien avant, dans les années 80 peut-être, mais pas 1996 .

    • 1996 me semble être l’année correcte. Dans les années 80, le TGV001, démotorisé, participait aux essais du futur TGV Atlantique, tracté par un TGV normal). Puis la rame a été abandonnée aux ateliers de Bischheim pendant plusieurs années.

  3. Je l’ai vu tous les jours de 1974 à 1978 en allant au taf, je passais sur un pont et il était là sur les voies des ateliers SNCF. Et je ralentissait pour l’admirer. Quoi que je n’étais pas fan de la couleur.

  4. Il n’est pas tout à fait correct de qualifier cette caisse du TGV001 de « motrice » car ce train avait la particularité d’être entièrement motorisé (tous les bogies étaient moteurs), et de plus, d’être de conception entièrement articulée (contrairement au TGV électrique dont les motrices ont des bogies indépendants du tronçon voyageurs).
    Ce sont donc les deux caisses d’extrémités qui ont été érigées en monuments.
    Il me semble de mémoire que dans les années 90, cette rame était à l’abandon et posée hors rails aux ateliers de Bisheim, et peinte dans une décoration blanche et grise, avec un bandeau orange, qui était envisagée pour le TGV Atlantique initialement.

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