Pour la fin du mois de novembre, le TNS – Théâtre National de Strasbourg laisse carte blanche à l’une de ses artistes associées depuis 2019 : Pauline Haudepin, également diplômée en 2017 de son École, section jeu. Jeune talent du théâtre contemporain, ici à la fois autrice et metteuse en scène (et comédienne ailleurs), elle vient présenter dès le 25 novembre jusqu’au 5 décembre, Chère Chambre, sa nouvelle pièce. Décrite comme une « raconteuse d’histoires, adepte du réalisme magique », Pauline Haudepin signe avec cette nouvelle création, un drame familial qui déborde sur des réflexions sociétales, et ponctué de notes oniriques. L’histoire ? Celle d’un baiser mortel. Un don d’amour et de douceur qui apporte la mort, la souffrance et la douleur. Pourquoi et comment ? Réponses en salle : on vous donne rendez-vous au TNS.


La pièce démarre sur les chapeaux de roues : son héroïne, Chimène Chimère a 20 ans, une compagne et une famille qui l’aiment, et semble avoir tout pour être heureuse. Pourtant, elle annonce un soir à ses proches être atteinte d’un mal incurable, attrapé en embrassant un inconnu, un sans-abri mourant à qui elle a offert son corps. Un don d’elle-même inexplicable et aux conséquences irrémédiables auxquelles sa famille se retrouve confrontée bien malgré elle.

Répétitions de « Chère Chambre » de Pauline Haudepin © Jean-Louis Fernandez


Baiser mortel et don de soi

Pauline Haudepin, tout à la fois autrice et metteuse en scène de cette pièce, cite Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste dans les inspirations qui ont nourri Chère Chambre. Son essai Éloge du risque (2011), et celui sur la douceur – Puissance de la douceur (2013) – où cette dernière écrit ceci : « La douceur est politique. Elle ne plie pas, n’accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s’accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l’humain ».

Sa deuxième source, le thème du « baiser au lépreux » apparaît dans L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, où un baiser vient guérir le souffrant. Ici, point de guérison, point de miracle. Mais ce baiser, incompris par beaucoup, vient révéler ce qui était, peut-être, déjà malade. L’acte de Chimène réveille dans son entourage, craintes, failles et vieux démons de chacun des personnages.



Et au-delà du deuil de Chimène qui va mourir, Pauline Haudepin développe toute une réflexion autour de cette question : « Pas seulement celui [le deuil] qui suit la mort d’un être cher, mais aussi le deuil d’un idéal, le deuil de l’innocence, le deuil d’un amour, le deuil d’un monde obsolète auquel on peut demeurer maladivement attaché tout en s’y opposant, parce qu’il a donné sa forme à nos corps et nos pensées. Tout changement suppose un deuil. Certains deuils portent la promesse d’un changement ».


Une fable contemporaine

Mais si la pièce flirte entre drame familial et questions de société, elle se teinte également d’onirisme avec l’arrivée d’un monstre sorti tout droit de l’esprit de Chimène : Theraphosa Blondi, qui tient son nom d’une espèce d’araignée. Décrit comme une « créature hybride, agent du désordre incarnant à la fois la maladie, l’altérité, le non-humain », il sera interprété par un danseur de Butō [ndlr : une danse japonaise née dans les années 60].

Fable contemporaine et objet spectaculaire hybride, cette pièce s’annonce bouleversante, saisissante, tant par son écriture que par les thèmes qu’elle aborde. …Alors pour vivre des émotions plus vives que depuis son canapé et sa télé, on quitte son salon et on file au TNS, dans la Chère Chambre de Pauline Haudepin.

« Chère Chambre » de Pauline Haudepin © Jean-Louis Fernandez

Chère Chambre


Du jeudi 25 novembre au dimanche 5 décembre 2021
Tous les jours à 20h sauf samedi 4 à 16h / relâche le lundi 29
Au TNS – Théâtre National de Strasbourg
+ d’infos
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*Article soutenu mais non relu par le TNS

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