Alsace Nature interpelle les élus régionaux actuels et les candidats à la Région sur la toxicité des pesticides pour les humains et la biodiversité en général. Mardi 8 juin, les écologistes étaient au siège du Grand Est et demandaient des politiques d’incitation à la transition vers l’agriculture biologique. Reportage.



Un peu après 11h ce mardi 8 juin, 4 membres d’Alsace Nature entrent dans le siège de la Région Grand Est à Strasbourg. Les écologistes portent des pancartes affichant le nom de pesticides toxiques pour l’être humain et la nature : glyphosate, metirame, fluopyram … Ils transmettent, à l’accueil, des lettres à destination des élus de l’exécutif régional. Anne Vonesch, l’une des activistes, explique : « Nous souhaitons les interpeller pour les pousser à prendre enfin des mesures fortes qui vont dans le sens de l’intérêt général, à savoir la réduction de l’utilisation des pesticides. »

Si Alsace Nature fait cette action devant le siège du Grand Est, c’est parce qu’en France, les Régions dispatchent une partie des aides de la PAC (Politique Agricole Commune, ndlr), soit plus de 60 milliards d’euros d’argent public tous les ans, dont nombres d’agriculteurs sont dépendants. Ces subventions, de part leurs conditions d’attribution, orientent les pratiques agricoles. « Pour l’instant, dans le Grand Est comme ailleurs en France, la politique n’est pas suffisamment incitative pour que les agriculteurs soient poussés à se convertir en bio », poursuit Anne Vonesch.

© Thibault Vetter

Soutenir l’installation et les investissements en bio

Avec la nouvelle PAC, qui entrera en vigueur en 2023, les Régions géreront les aides à l’investissement, à l’installation et à la formation. Selon Anne Vonesch, « pour répondre à l’urgence sanitaire et écologique, elles devront alors diriger prioritairement les aides à l’investissement et à l’installation vers l’agriculture biologique. Entendons-nous bien, le but n’est pas d’enfoncer les paysans, au contraire, nous voulons qu’ils soient soutenus et accompagnés dans la transition. L’agriculture doit changer, c’est urgent, et ça passe par la politique ».

De son côté, le syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, connu pour ses positions en faveur de l’agriculture productiviste et son influence auprès des décideurs, n’est pas de cet avis : il s’inquiète des contraintes imposées aux exploitants. Et l’exécutif régional dans le Grand Est est plutôt proche, justement, du syndicat agricole en question, vu que Patrick Bastian, le vice-président en charge de l’agriculture, est l’ancien vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin.

© Thibault Vetter

Une toxicité cachée en Europe

Pendant des mois, entre 2019 et 2020, l’association Alsace Nature a planché sur la toxicité des pesticides épandus en France. Alain Bertrand détaille la démarche : « Nous avons sélectionné une zone comprenant 12 communes dans les alentours de Molsheim, où les cultures sont représentatives d’un espace agricole classique en France. Nous avons découvert qu’en 2017, 343 pesticides différents y ont été commercialisés. C’est énorme, et cela implique une multitude d’effets cocktails méconnus.

En cherchant des informations sur leur toxicité, nous nous sommes rendus compte que l’étiquetage européen était incomplet par rapport à des bases de données canadienne et britannique : certains impacts sur la santé ne sont pas indiqués en Europe. Par exemple, parmi toutes les substances étudiées, seulement 9% étaient classées cancérigènes par l’étiquetage européen, contre 48% par les autres bases de données.« 

© Thibault Vetter

Alsace Nature propose des engagements aux candidats

Et Michèle Grosjean, aussi membre d’Alsace Nature, d’ajouter : « Les impacts concrets, ce sont des maladies graves. Mais le lien de cause à effet est difficile à prouver comme leur apparition est multifactorielle. » Anne Vonesch poursuit : « Nous voulons pousser les élus actuels et les candidats aux Régionales à prendre des mesures pour la réduction des pesticides. C’est pourquoi nous avons envoyé, à toutes les listes, des questions sur leurs engagements. »

Alsace Nature demande à tous les candidats s’ils sont prêts à « prioriser l’agriculture biologique de manière systématique et à rendre les grilles de sélection réellement incitatives ? » ou « à conditionner les aides aux filières soutenues par la Région par la sortie des pesticides ». Les écologistes demandent aussi si les candidats s’engagent à sortir d’une situation où les représentants d’une profession sont aux manettes pour distribuer énormément d’argent public à cette même profession.

« Nous rendrons publiques les réponses et les engagements des différents candidats », indique Anne Vonesch, avant de glisser : « Nous ne donnons pas de consigne de vote à ce stade, mais il est clair qu’il y a une certaine convergence avec la liste écologiste « Il est temps ». » Le premier tour des élections régionales aura lieu le dimanche 20 juin.

Lien vers l’étude complète d’Alsace Nature

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