Du vent, de la pluie et même de la grêle, des températures qui donnent envie de rallumer le chauffage : en ce mois de mai, la météo à Strasbourg nous en a fait voir de toutes les couleurs, mais surtout une large palette de gris. Si bien qu’on se croirait presque téléporté sur la côte ouest de l’Irlande. Emballé dans un ciré et les bottes de pluie aux pieds, on s’est demandé pourquoi pendant ce mois de mai, on est loin de faire ce qu’il nous plaît ?


Fraîcheur, humidité, grisaille, ce mois de mai nous en a fait voir de toutes les couleurs à Strasbourg. Et selon Florian, prévisionniste bénévole au sein de l’association Météo Suivi Alsace qui propose des prévisions gratuites à partir des données climatologiques de Météo France, la raison est la suivante : “La France est depuis plusieurs semaines sous l’influence de basses pressions, avec un rail dépressionnaire très bas, nous amenant humidité et fraîcheur.” Un mauvais temps qui a largement pesé sur le moral des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois, mais aussi sur les cultures et sur certaines espèces locales.

© Tamara Leroy / Pokaa


Un froid de canard

L’association Météo Suivi Alsace dispose des températures, plus précisément des normales de saison qui remontent jusqu’à 1981. Les bénévoles peuvent donc facilement comparer les températures actuelles à celles relevées au cours de ces dernières années. Et cette année, pas de doute, Strasbourg a eu froid pendant tout le mois de mai. La normale [-NDLR. La référence de température calculée à partir de la norme de la température moyenne minimale et maximale.], est fixée à 15°C pour le mois de mai à Strasbourg.

Et au 24 mai, Florian relève -2,8°C par rapport à cette normale pour ce mois-ci. Et même si ce déficit se résorbe au cours des derniers jours du mois de mai, qui seront, selon le prévisionniste, plus cléments, celui-ci sera encore compris entre -2 et -2,5°C : “Ce mois de mai finira donc assurément déficitaire et pour retrouver un déficit aussi marqué, il faut remonter au mois de mai 1991.Ce mois de mai serait donc l’un des plus froids depuis 30 ans.

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Anomalie thermique mensuelle des mois de mai à Strasbourg-Entzheim par rapport à la normale climatique calculée sur la période 1981/2010. En mai, cette normale est de 15° C. 
© Météo Suivi Alsace

Et ces températures basses ont aussi des conséquences sur les cultures, dont l’évolution dépend beaucoup de la météo locale. Fabien Digel, directeur de l’Interprofession Fruits et Légumes d’Alsace relève notamment deux principaux effets que la fraîcheur du mois de mai a eu sur les cultures alsaciennes : « La première, c’est la difficulté pour les producteurs de semer et planter comme ils le souhaitent. Donc il faut quelquefois attendre des fenêtres de tir entre les passages pluvieux pour accéder aux parcelles. Parce qu’avec les véhicules, on ne peut pas y accéder lorsque la parcelle est collante. » Mais ces températures ont également mené à des retards sur certaines productions comme la fraise, qui arriveront plus tard cette année : « On peut estimer 10 à 15 jours de retard sur la production. » selon Fabien Digel.

Du côté de la faune alsacienne, la fraîcheur de ce printemps a notamment réduit la présence des insectes et dans le même temps, les repas de nombreux oiseaux insectivores. « Pour toutes les espèces insectivores qui reviennent au printemps, c’est un peu difficile, surtout les jeunes qui ont besoin d’insectes pour grandir. À cause de l’absence de nourriture, les hirondelles sont restées très tardivement dans les villages pour nicher et sont restées plutôt sur les bords des cours d’eau, là où se trouvent les insectes. C’est problématique en ce début de nidification, même si certaines espèces pourront par exemple faire une nichée plus tard. » précise Nicolas Buhrel, chargé de mission à la LPO Alsace.

© Coraline Lafon / Pokaa


Strasbourg les pieds dans l’eau

On ne compte plus les fois où on a dû sortir les parapluies en ce mois de mai pluvieux. Souvent plusieurs fois en l’espace d’une seule journée. Pourtant, à y regarder de plus près, la quantité de pluie qui est tombée sur les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois ne semble pas si exceptionnelle. Florian reconnaît que nous sommes sur un mois excédentaire, donc qu’il y a plus de pluie qu’habituellement, mais pas dans des proportions extraordinaires : “Au 23 mai, le cumul de mai 2021 est de 96,3 mm, constituant déjà un excédent de +18% par rapport à la norme 1981-2010 qui est de 81,9 mm. La pluviométrie mensuelle de ce mois de mai 2021 va encore gonfler d’ici la fin du mois, puisqu’on estime, que le cumul d’ici le 31 mai, pourra atteindre entre 100 et 120 mm, soit un excédent qui pourra gonfler lui aussi et être compris entre 25 et 45 % (plutôt 25% si l’on tourne autour de 100 mm, plutôt 45 % si l’on tourne autour de 120 mm).Et si on compare ces relevés aux années précédentes, il suffit de remonter à 2018 pour voir que tout autant de pluie était tombée à Strasbourg. 

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Cumuls mensuels de pluie des mois de mai à Strasbourg-Entzheim depuis 1924.
© Météo Suivi Alsace

Mais alors pourquoi a-t-on l’impression qu’il a plu davantage ce mois de mai et que nos souvenirs des années précédentes semblent bien plus secs ? Selon le prévisionniste bénévole, ce n’est pas la quantité, mais la façon dont la pluie est tombée ce mois-ci qui joue sur notre perception. En fait, le mois de mai est même considéré comme le mois le plus pluvieux en Alsace. Mais en général, c’est plutôt via des orages printaniers que de grandes quantités d’eau s’accumulent sur un temps restreint.

© Tamara Leroy / Pokaa

Or cette année, on n’a pas vraiment eu d’orage, ou très peu, mais un défilé de perturbations et d’averses. Les cumuls ont été beaucoup plus espacés, il a quasiment plu tous les jours, contrairement à 2018 par exemple. Un mois de mai nous semblera moins pourri si la pluviométrie est importante sur un laps de temps court (20 mm en 1h sous un orage), à contrario de pluies qui tombent de manière très étalée dans le temps (par exemple 20 mm qui tombent sous la forme de pluies faibles et régulières pendant plusieurs heures et à intervalle régulier sur le mois entier).” explique Florian. Il pleut donc toujours autant à Strasbourg en cette période, mais le fait que la pluie s’invite de façon presque quotidienne dans nos vies, même en petite quantité, a donc beaucoup joué sur notre ressenti.

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Occurrence de pluie, soit le nombre de jours de pluie à Strasbourg-Entzheim pour les mois de mai depuis 1924.
© Météo Suivi Alsace

Et les oiseaux aussi semblent avoir souffert des mauvaises conditions et des inondations. En particulier ceux qui nichent à même le sol. « Le Courlis cendré par exemple, il ne reste moins de dix couples, c’est une espèce en fort déclin qui niche dans les prairies inondables. Et encore la semaine dernière, il y a des prairies qui ont été inondées donc il y a probablement des nids qui ont été détruits. Le Bruant proyer aussi, c’est une des dernières populations qu’on a ici et le site où il niche a été entièrement détruit la semaine dernière. » indique Éric Brunissen, chargé de mission à la LPO Alsace. Tant de pluie en plein mois de mai, ça ne risque pas non plus de plaire au Grand Tetra, aux Perdrix, aux Faisans ou encore au Tarier des prés, dont les sites de nidifications sont actuellement sous l’eau.

Même si Éric Brunissen reconnaît que cela peut bénéficier parfois à certaines espèces : « À l’inverse, le Vanneau huppé par exemple, niche dans les champs de maïs et il pourrait parfois profiter des inondations car il y a moins de travaux mécaniques sur la parcelle où il se trouve à cause de la pluie, donc il a plus de chance que les nichées ne soient pas détruites par le désherbage mécanique. » Il rappelle tout de même : « Mais même si certaines espèces tirent leur épingle du jeu, en général, la fraîcheur et la pluie leur sont plutôt défavorables.« 

© Coraline Lafon / Pokaa


Un soleil qui joue à cache-cache

Mais s’il y a bien une chose qui nous a donné l’impression que ce mois de mai n’était pas dans les clous habituels, c’est certainement le nombre de fois où le soleil a pointé le bout de ses rayons. Florian confirme :L’ensoleillement est largement plus bas : -47% à Strasbourg-Entzheim. Actuellement, on est à un peu plus de 106 heures d’ensoleillement à Strasbourg pour une normale de 202 heures, donc on pourrait dire que là, il manque la moitié de l’ensoleillement.”

Même si le prévisionniste prévoit une fin de mois plus clémente : “Cet ensoleillement sera probablement compris d’ici la fin du mois, entre 150 et 175 heures. Le déficit restera d’actualité mais se réduira et sera compris d’ici la fin du mois entre -30 et -10 % (fourchette volontairement large). Pour retrouver un déficit aussi marqué, il faudra potentiellement remonter à 2011.”.

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Ensoleillement mensuel à Strasbourg-Entzheim pour les mois de mai depuis 1926.
© Météo Suivi Alsace

Pour le directeur de l’Interprofession Fruits et Légumes d’Alsace, la production d’asperge a particulièrement souffert de ce manque d’ensoleillement. Si la production est bien présente, il souligne qu’il faut cette année faire face à une baisse de rendement de 30 à 40% en terme du volume. « Pour que l’asperge pousse, il lui faut de la chaleur. On a toujours un passage en avril ou mai avec 10 ou 15 jours de soleil et là, on n’a pas eu ce phénomène et donc la pousse n’a pas été au rendez-vous. On va certainement avoir des asperges jusqu’au 10 juin donc on peut encore en profiter, mais il ne reste que 15 ou 20 jours aux consommateurs pour en profiter, sinon ce ne sera que l’année prochaine. » explique Fabien Digel.


Doit-on s’attendre à un été du même acabit ?

Bonne nouvelle, qui dit printemps pluvieux ne dit pas forcément été pluvieux ! Le prévisionniste confirme : “Ça ne présage rien pour le mois de juin, on peut rapidement passer du tout au tout. Un mois de mai frais ne va en rien être annonciateur d’un été frais ou chaud. À titre d’exemple, il rappelle notamment qu’en 2019, le mois de mai avait été plutôt frais (déficitaire de 1,50°C par rapport à la normale), mais l’Alsace a pourtant connu un été particulièrement chaud. “Le troisième plus chaud à Strasbourg-Entzheim depuis 1924, avec deux canicules d’une intensité remarquable.” précise Florian. Inversement, un mauvais mois de mai ne signifie pas non plus que l’été sera chaud, comme pour contrebalancer ce temps peu réjouissant : “Là encore, rien n’est corrélable, ça peut très rapidement changer.” 

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  1. Inversement, un mauvais mois de mai ne signifie pas non plus que l’été sera chaud, comme pour contrebalancer ce temps peut réjouissant : “Là encore, rien n’est corrélable, ça peut très rapidement changer.”
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