Parce que Strasbourg regorge de sportives et de sportifs, parce que certains sports ne bénéficient pas d’une médiatisation suffisante et tout simplement parce que raconter des histoires sur le sport me passionne, Pokaa lance une série de portraits sur les sportives et sportifs à Strasbourg. Aujourd’hui, et après quasiment une année de pause : Jules Ribstein, champion du monde, d’Europe et de France de paratriathlon.

La découverte du triathlon au lycée

Quand on s’attable autour d’un petit café – pour lui – et d’un gros café viennois pour lutter contre le réveil matinal – pour moi – Jules est souriant, un peu timide. C’est toujours touchant de voir qu’un athlète de si haut-niveau, champion du monde et d’Europe de paratriathlon en 2019 et tout récent champion de France en 2020, peut être aussi gêné devant une interview. Mais revenons aux bases : Jules est un Strasbourgeois pure choucroute. « J’ai 33 ans, bientôt 34. Je suis né à Strasbourg, j’ai grandi au Neuhof jusqu’à dix ans et après mes parents ont déménagé à Dachstein, près de Molsheim, où j’ai réalisé ma scolarité. »

© Nicolas Kaspar/Pokaa

C’est à Molsheim, théâtre d’un des meilleurs semi-marathons d’Alsace, qu’il a découvert ce qui allait devenir son sport fétiche : le triathlon. Il est rentré en sport-études au lycée et il a commencé à y faire ses gammes. Pourtant, la découverte de ce sport s’est un peu réalisée par hasard : « C’était un peu une surprise dans le sens où je ne connaissais pas le sport. Un copain de classe à l’époque me dit « tiens moi l’année prochaine je vais faire du triathlon au lycée » et moi je me suis dit « attends mais c’est quoi du triathlon ? ». Je connaissais pas du tout, je ne savais pas qu’il fallait tout enchaîner, course, vélo et natation. Je me suis dit que ça avait l’air marrant donc j’ai essayé. » Très vite, il gagne en galons et gagne le triathlon d’Obernai – une référence en la matière – en catégorie junior. Mais son parcours sportif est malheureusement stoppé fin 2008 par un accident de moto. Désormais, il a repris le triathlon depuis 3 ans, plutôt bien on pourrait dire.

L’appel de la nature

Mais pourquoi Jules est-il aussi attiré et passionné par le triathlon ? Première réponse : il s’éclate en pleine nature. « C’est vraiment fun. Déjà, les compèts’ c’est trop cool : tu nages en extérieur, tu cours, il fait beau, t’es dans la nature… Et puis c’est fun quoi. Le fait de faire trois sports différents aussi, tu t’ennuies pas. » Par rapport au foot, qu’il a pratiqué de 10 à 15 ans, il n’y a pas photo : « Au foot, quand tu perds c’est la faute de bidule ou machin, c’est vite devenu chiant. Il faut dire qu’on perdait beaucoup aussi, ce qui n’a pas du aidé (rires). Là t’es seul, si quelque chose arrive tu peux t’en prendre qu’à toi-même, et en même temps tu t’entraînes en groupe. Donc c’est un peu le meilleur de tous les mondes. »

© Document remis

De plus, le fait de pratiquer trois sports est parfait pour un personnage qui a toujours envie – et surtout besoin – de se dépenser : « J’ai envie de me dépenser physiquement et de bouger. Du coup, je suis reparti en études après mon accident et quand tu bosses 45 heures par semaine au taf et que tu fais pas de sport, tu ressens comme un gros manque et je me suis dit qu’il fallait que je reprenne. C’est un besoin physiologique de dépense physique ; je n’arrive pas à ne rien faire. » Dès lors, il a repris le triathlon pour ne jamais arrêter, ce qui lui a procuré de nombreux beaux souvenirs : « Le meilleur souvenir c’est le titre de champion du Monde à Lausanne l’année dernière– 2019, ndlr. Lausanne c’est superbe, le lieu de course aussi, l’ambiance est top, on était, nous les paratriathlètes, en train de courir en même temps que les Élites. Donc énormément de monde, c’est trop cool. »

Le triathlon, un sport à tenter pour les amoureux de nouvelles sensations

Si vous êtes intéressés pour un jour essayer, Jules a des petits conseils : « Je dirais, pour ceux qui aiment la nature, faut tenter. T’es souvent en pleine nature, tu partages ça avec énormément de monde, y a une vraie bonne ambiance et l’expérience est collective. » En outre, tu peux découvrir des paysages complètement dingues dans des endroits dans lesquels tu n’aurais jamais imaginé d’aller et qui te font rêver : « Moi j’aimerais bien faire un triathlon en Grèce, j’ai de très bons souvenirs à nager dans les criques. J’étais aussi en Tasmanie au début d’année et faire un triathlon là-bas c’était incroyable. Ou sinon Hawaï, pour le mythe, même si avec le handicap ça risque d’être compliqué. »

Néanmoins, ce qui rebute le plus de débutants en règle générale, c’est la perspective de la natation, l’enfer de nos années lycée. Tout le monde « peut » faire du vélo ou courir, mais la barrière de nager en eau libre est parfois dure à faire sauter. Néanmoins, comme le dit Jules, il n’y a pas matière à s’inquiéter :« Faut pas avoir peur non plus de la natation, ce n’est qu’une petite partie de la course comparée au vélo et à la course. Vous n’allez pas vous noyer, faut pas se focaliser là-dessus, faut tenter. Les triathlons découverte ce n’est que 500m de natation, vous pouvez tranquillement les faire en brasse. Y a souvent des gens qui courent, qui font un peu de vélo, faut juste passer le cap, oser. »

© Christophe Guiard – Document remis

Enfin, pour celles et ceux qui auraient la passion du bricolage et de la mécanique, le triathlon permet de pimper son vélo et de travailler là-dessus. Un aspect qui fait d’ailleurs dire à Jules que le vélo est son épreuve préférée des trois : « J’aime l’aspect mécanique de l’engin sur lequel on se déplace, tout ce côté-là de la performance qui se trouve dans la mécanique de précisionJ’adore aussi bricoler donc forcément, la mécanique vélo ça me plaît direct : je monte et démonte mes vélos, je change des pièces… j’adore. »

Passion jardinage

Ce côté bricoleur se retrouve dans les autres passions de Jules. Et alors que sa vie tournait énormément autour du triathlon ces dernières années, le confinement du mois de mars lui a paradoxalement fait beaucoup de bien : « J’adore m’occuper de mon fils et jardiner. Alors le confinement c’était super parce qu’on a pu refaire un petit jardin, comme beaucoup de gens je pense. J’ai pu continuer à m’entraîner, sauf en natation, et en plus j’ai pu jardiner comme jamais. En plus mon fils a deux ans et demi, ça faisait deux ans que je bougeais beaucoup à cause du triathlon et je ne le voyais pas trop trop. Sur l’année, en cumulé, je passe un quart de l’année sans le voir, et c’est beaucoup pour un enfant de deux ans qui grandit vite. Donc le confinement a été positif sur cet aspect-là. »

Quand sa vie ne tourne pas autour du triathlon, Jules travaille en temps qu’orthoprotésiste. Un métier qui regroupe la passion du manuel et l’envie de partager son expérience avec d’autres personnes : « Quand j’ai eu mon accident j’étais en 3ème année de ma Licence Staps. J’ai essayé de la finir à l’hôpital mais ça a pas trop marché (rires). Puis j’ai découvert le métier d’orthoprothésiste quand j’étais en rééducation. J’ai trouvé ça super intéressant : c’est un métier manuel et j’adore ça, et en même temps il y a aussi du social, pour aider les gens. Je suis donc parti faire le BTS à Valence. Ça a duré trois ans et quand je suis revenu en Alsace je suis tout de suite parti bosser en tant qu’orthoprothésiste à Haguenau. »

Les Jeux Paralympiques comme gros objectif

Mais en ce moment, Jules passe ses journées à faire du triathlon. Et quand il n’en fait pas, il y pense tout le temps : « Actuellement je ne fais plus que ça donc ça prend tout mon temps. 70 % c’est de l’entraînement et de la logistique d’entraînement, les 30 % restant c’est du marketing et de la recherche de sponsors. » Comme souvent dans les sports peu médiatisés, la recherche est longue et difficile, encore plus lorsqu’on ne concoure pas dans les épreuves valides : « C’est compliqué. Parce que la visibilité est… y a aucune visibilité. Déjà qu’en triathlon elle est pas terrible alors en paratriathlon, laisse tomber. Comme je suis sur liste ministérielle Élites, grâce à mon titre de Champion du monde j’ai la Région et le département qui m’aident de facto. La ville de Strasbourg elle m’aide par principe, pour aider les athlètes de haut-niveau de son territoire Jules est licencié à l’ASPTT, ndlr. Après c’est du démarchage pour du privé. »

© Christophe Guiard – Document remis

Loin de se démotiver, ce n’est pas du tout le genre de la maison, Jules a toujours beaucoup d’objectifs pour l’année à venir, même si celle-ci a été perturbée plus que de raison par le Covid. En premier lieu, se teste au cyclisme : « Je vais m’aligner aux Championnats de France de paracyclisme qui ont lieu à Annecy, pour me confronter aux spécialistes de vélo. » Un défi supplémentaire pour cet amoureux de mécanique. Mais qui n’entre pas dans la même catégorie que l’objectif ultime : les Jeux Paralympiques de Tokyo en 2021. Une qualification qui risque d’être très difficiles pour Jules, comme il me l’explique « Faut que je me qualifie mais ça va être chaud : le CIO et l’ITU revoient les classifications tous les 4 ans après chaque Jeux et décident ou non d’intégrer telle ou telle classe de triathlon. Et à Tokyo, ils ont retiré ma catégorie et une autre. Donc je vais devoir me qualifier dans une catégorie de handicap deux classes au-dessus de la mienne. Ça va être très compliqué, voire impossible, mais je vais essayer et tenter d’y aller. Je vais pas faire de podiums aux Jeux hein, mais je vais tout faire pour me qualifier. » En tous les cas, on est à fond derrière lui. 


Crédit photo de couverture : © Christophe Guiard – Document remis

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