Le 28 juin dernier, le vert était dans l’air, à Strasbourg comme en France. Notre belle ville changeait de Maire, après des décennies d’alternance gauche-droite qui avaient fini par se brouiller dans un méli-mélo politique, et se drapait de sa plus belle couleur verte, avec Jeanne Barseghian à sa tête. Désormais, nous sommes le 28 août, cela fait donc deux mois qu’elle est au pouvoir. Quelles ont été les décisions prises jusqu’à présent ? On a décidé de vous faire un petit bilan.

Les différentes décisions prises

En deux mois, il est difficile de prendre de grandes décisions, le calendrier politique prenant toujours son temps. Néanmoins, il est intéressant de voir de quelle manière ces décisions ont été prises jusqu’à présent. Et Jeanne Barseghian et son équipe ont déjà pris quelques décisions, qui se sont principalement arquées autour de l’écologique, du politique et du social.

Le volet écologique

La déclaration de l’état d’urgence climatique

C’est la première décision prise, et sans doute la plus symbolique. Comme elle l’avait promis lors de la campagne et le soir de son élection, Jeanne Barseghian a déclaré Strasbourg en état d’urgence climatique. Une décision bien plus symbolique qu’avec de vrais effets, mais qui a eu le mérite de faire parler de Strasbourg, ainsi qu’acter une des priorités du mandat : l’écologie.

Comme on vous l’expliquait ici, cette déclaration d’état d’urgence climatique n’est pas novatrice, puisqu’elle avait déjà été faite dans des villes comme Bordeaux ou Mulhouse pour ne citer qu’elles. L’objectif, c’est finalement surtout de prendre la mesure de l’urgence, de placer symboliquement cette préoccupation avant les autres. Il s’agit là de reconnaître publiquement une menace afin de pouvoir lutter efficacement contre. Cette déclaration permet donc de fixer la préservation de l’environnement en tant que priorité n°1 et peut servir d’écrin à plusieurs mesures en lien avec cette préoccupation

Marche pour le climat, mai 2019 / © Martin Lelièvre pour Pokaa

La mise en place d’îlots de fraîcheur sur huit places strasbourgeoises

Toujours dans le côté écologique, la deuxième décision prise par la mairie de Strasbourg concernant l’écologie a été de mettre en place des îlots de fraîcheur au sein de la ville, plus particulièrement au sein de huit places extrêmement minérales. Pourquoi les mettre sur ces places ? Particulièrement parce que ces dernières sont considérées comme des îlots de chaleur, où la température au sol peut dépasser les 40, voire les 50 degrés, comme on vous l’expliquait récemment ici.

Contrairement à l’état d’urgence climatique, planter des arbres n’est pas une mesure purement symbolique. Néanmoins, là encore, rien de très innovant puisque c’est une mesure qui était proposée par l’intégralité des candidats aux municipales cette année. De plus, mettre des arbres en pot n’a pas vraiment d’influence sur l’ombre et donc sur le rafraîchissement de l’environnement et de la biodiversité autour. Cela reste tout de même une mesure « visible » par la population et donc efficace en termes de communication. Et puis, il faut savoir que les grands travaux commenceront vraiment le lundi 31 août prochain, avec la présentation de l’ambitieux plan Canopée en Conseil municipal. Un plan qui prévoit 10 000 arbres supplémentaires à l’horizon 2030, le tout dans une réflexion en plusieurs axes sur la place de l’arbre dans la ville.

© Samuel Compion

Le volet politique

La diminution des indemnités de la Maire et du 1er adjoint

En voilà une annonce qui avait fait grand bruit dans la deuxième moitié de juillet : Jeanne Barseghian, comme promis lors de sa campagne, a réduit ses indemnités de Maire de 1 200 euros, passant de 6 000 à 4 800 euros. Dans le même temps, son premier adjoint, Syamak Agha Babaei, a également baissé ses revenus. Le tout permettant de rémunérer davantage tous les conseillers municipaux de l’exécutif, qu’ils siègent à la ville uniquement (passant de 900 à 1 100 euros) ou non (ayant obtenu de nouvelles responsabilités, ils gagneront désormais 940 euros par mois) tandis que les conseillers municipaux de l’opposition gagneront autant que sous la dernière mandature (c’est-à-dire 495 euros par mois). Une diminution qui va donc dans le sens d’une plus grande équité politique et des responsabilités.

Réduire ses indemnités est une mesure qu’ont également pris d’autres maires écologistes, que ce soit à Poitiers, Besançon ou encore Lyon. Une annonce qui a été énormément relayée, que ce soit en local ou en national. Ce qui l’a moins souvent été était la question des rémunérations annexes, notamment celles à l’Eurométropole, où Jeanne Barseghian est vice-présidente et peut donc prétendre à des rémunération supplémentaires. Une question toujours un peu taboue, qui sera probablement tranchée dans les prochains jours, peut-être pendant le Conseil municipal de retour de congés.

Des élus de quartier qui ne sont plus tous des adjoints à la Maire

La deuxième mesure politique a été bien moins médiatisée mais elle n’en est pas moins intéressante, et va de pair avec la diminution des indemnités. Lors des précédentes mandatures, les élus de quartier étaient tous adjoints au Maire. Désormais ce n’est plus le cas, ce qui a en outre permis d’augmenter considérablement le nombre des élus de quartier qui, n’étant plus tous adjoints à la Maire, auront bien plus de temps pour jouer leur rôle de premier interlocuteurs des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois. Sur les 19 nouveaux élus de quartier, seuls 5 ont d’ailleurs une double casquette : Marc Hoffsess, Hülliya Turan, Pierre Ozenne, Abdelkarim Ramdane et Guillaume Libsig. On revenait d’ailleurs sur l’équipe municipale ici.

Strasbourg se voit donc découpée désormais en 19 quartiers. Un travail organisé par quelqu’un qui s’y connaît bien en découpage puisque c’est Benjamin Soulet, cartographe de formation et adjoint en charge de l’équité territoriale et de la politique de la ville, qui s’en est chargé. De plus, ces 19 élus de quartiers seront « pilotés » par Hervé Polesi, adjoint en charge de la coordination des élus et élues de quartier. Cette équipe d’adjoints est un trio puisque Carole Zielinski, adjointe en charge de la démocratie locale, des initiatives et de la participation citoyenne, sera également de la partie. Ce qui signifie que le quartier devient la nouvelle échelle pour développer des réformes en termes de politique locale.

Le stationnement n’est plus gratuit entre midi et 14h

De son côté, le stationnement n’est plus gratuit entre midi et 14h et c’est une décision politique, dans le sens où elle s’oppose avec ce qu’avait fait la précédente mandature en sortie de confinement. Cette problématique a provoqué plusieurs pommes de la discorde entre les différents candidates et candidat à la mairie pendant la campagne, a ensuite été déconfiné avec des exceptions, et a été finalement rétabli payant depuis le 17 août.

La raison ? Sur le site de la Ville, on retrouve que c’est « pour permettre la reprise de la dynamique en cours avant la crise sanitaire, en matière de rotation des véhicules, de fluidité de la circulation, de sécurité et de protection de l’environnement à Strasbourg. » La gratuité entre midi et deux avait été mise en place après le confinement par la mandature encore en place pour soutenir une industrie commerçante au bord du gouffre financier, et il reste donc à savoir de quelle manière Jeanne Barseghian et son équipe vont réussir à soutenir les commerçants.

© Martin Lelièvre

La descente de ses bureaux du 9ème au 1er étage

Enfin, dans la famille « décision symbolique », je demande le déménagement des bureaux ! Pas grand-chose à dire là-dessus, juste que les bureaux de Jeanne Barseghian sont désormais au premier étage, alors qu’avant ils étaient au neuvième. Une façon de montrer qu’elle n’est pas au-dessus des autres.

Le volet social

L’abrogation de l’arrêté anti-mendicité

Cette mesure aurait très bien pu avoir sa place dans la partie politique, pour la simple et bonne raison que l’arrêté anti-mendicité avait été pris il y a plus d’un an déjà par Roland Ries, sous le motif de la sécurité, un mot souvent porté en étendard par la droite – ou par LREM lorsqu’elle veut se rapprocher de la droite pour gagner des voix afin de remporter une mairie. C’est donc une rupture nette avec ses prédécesseurs qui est ici opérée.

On vous l’expliquait ici, Jeanne Barseghian fait elle le pari inverse, celui de la pédagogie et de l’humanité, « en renforçant les moyens de l’équipe mobile de rue et en associant la prévention, la médiation, l’accompagnement social, médical, psychologique, le traitement des addictions, la recherche d’un logement et l’insertion sociale ». Ce qui ne doit pas non plus maquiller un autre problème : Strasbourg n’est plus seulement une ville où l’inégalité se voit si on va chiner des chiffres çà et là, c’est une inégalité que l’on observe, que l’on vit parfois et que l’on peut subir aussi. Alors on espère de tout coeur que cette voie, plus longue certes mais moins répressive et plus humaine, permettra de contrer les sentiments d’insécurité des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois. Surtout dans un temps où l’insécurité à Strasbourg est de plus en plus relayée par une presse à fait divers.

100 nouvelles places d’hébergement créées, dont 50 pour les femmes victimes de violences conjugales

Comme promis dans son programme, Jeanne Barseghian s’est engagée, lors du Conseil municipal du 27 juillet dernier, à créer d’ici la fin 2020 100 nouvelles places d’hébergement, dont 50 pour les femmes victimes de violences conjugales.

Alors que le confinement a continué de mettre en lumière la problématique insupportable des violences conjugales, la mairie strasbourgeoise s’est donc positionnée dans un objectif à terme de 500 nouvelles places d’hébergement, en plus de toute une réflexion pour bannir l’état d’esprit anti-SDF. Cette réflexion n’a pas encore de calendrier fixe, mais elle concernera davantage de fontaines à eau ou encore de toilettes publiques. En plus évidemment de l’abrogation de l’arrêté anti-mendicité, évoqué plus haut.

Le pudding à la communication politique : symbolique, contre l’ancienne mandature et peu de com’

Maintenant que le bilan est fait, si l’on avait à tremper quelques doigts de pied dans l’océan sauvage qu’est la communication politique, on pourrait dire que la grande majorité des décisions qui ont été prises sont très fortes en leur caractère symbolique. Que ce soit pour s’affranchir de la dernière municipalité, ou pour envoyer un message avec des décisions qui demandent peu de temps mais qui marquent les esprits, Jeanne Barseghian et son équipe réussissent à donner l’impression d’une mandature qui bouge et fait bouger, et cela alors qu’il lui est encore difficile de mettre immédiatement en place des mesures à long-terme. En politique – et on a tendance à l’oublier – les décisions mettent du temps à aboutir, encore plus dans cette période compliquée. En termes de communication politique, il est donc plutôt malin de favoriser des décisions symboliques, « faciles » à mettre en place et qui parlent concrètement aux gens.

Jeanne Barseghian / Photo : @Pokaa

De plus, impossible de ne pas avoir entendu parler de Jeanne Barseghian ces deux derniers mois. De manière extrêmement cynique, en étant femme, écolo et Maire d’une grande ville, notre Maire cochait un peu toutes les cases du profil parfait, qui attirerait l’oeil des grands médias nationaux. Il suffit de faire une petite recherche pour voir que, les deux premières semaines après son intronisation, les photos de sa victoire tournaient sur les médias, dès que le parti Europe Écologie les Verts était mentionné. Dès lors, elle et son équipe n’ont pas eu le besoin de communiquer à outrance sur leurs prises de décision, ce qui est rafraîchissant, par rapport à d’autres hommes politiques qui peuvent en faire des tonnes. Plutôt malin que l’on parle de vous sans que vous parliez de vous-même.

Néanmoins, au bout de deux mois maintenant, et à l’orée d’une rentrée qui s’annonce des plus délicates dans tous les secteurs, il va falloir remettre les pieds dans le plat. Le Conseil municipal du lundi 31 août va sans doute être très important à cet égard. Surtout que cette propension à aller à l’encontre des décisions prises par l’ancienne mandature met également en lumière l’arrêt total des gros chantiers : quid de la Coop, de la Manufacture des tabacs ? Zéro nouvelle également au niveau des Sports ou encore de la Culture, ainsi que dans le volet économique. Des sujets qui rythment encore la vie d’énormément de personnes aujourd’hui, sans qu’il y ait une once de début de réponse. Affaire à suivre comme on dit.

Alors finalement, quel bilan, calmement, posément ? Depuis deux mois, Jeanne Barseghian et son équipe tiennent parole en respectant leurs promesses de campagne, se focalisent sur des mesures rapides, efficaces et qui marquent les esprits. Une petite leçon de communication politique illustrée on ne peut mieux par les arbres pour végétaliser. Il y a également une vraie volonté de faire différemment de ses prédécesseurs, notamment dans la très bonne idée des élus de quartiers, et ce n’est pas peu dire que c’est presque aussi rafraîchissant que l’ombre d’un arbre. Espérons néanmoins qu’avec la rentrée qui se profile, on commence à avoir plus de visibilité sur les grands axes qui seront développés pendant les six prochaines années. Ce qui est sûr, c’est qu’on suivra tout cela de près.


Photo de couverture : page Facebook de Jeanne Barseghian

2 COMMENTAIRES

  1. Et donc ? Rien vu de neuf dans les quartiers dits sensibles. Au contraire. Ce sont les citoyens qui sont obligés de prendre les choses en main a l’instar des applis anti-harcèlement ou des « clean Walker », face a l’inefficacité des services publiques. C’est mou !

  2. il y a pas très longtemps on nous nettoyer encore les rues avec des grands jets d’eau et il y avait des vrais balayeurs avec des balais Rien non plus sur la propreté de la ville qui devient de plus en plus sale ce n’est pas des balayeurs que nous avons ce sont des promeneurs avec une pincette, et les camions qui continuent à traverser la ville de Strasbourg avenue de la Forêt-Noire tard le soir sans contrôle parce qu’ils sont étrangers

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