Depuis jeudi dernier, un arrêté anti-mendicité pris par le maire (PS) Roland Ries sous l’impulsion de Robert Herrmann est devenu l’épicentre de plusieurs contestations, mais également des approbations, venant de plusieurs commerçants. Pour cause, si l’objectif est de limiter la mendicité pendant la période estivale et durant le prochain marché de Noël, il remet sur le devant de la scène les questions liées aux personnes en situation de grande précarité, souvent sans domicile fixe, le tout avant les élections municipales de 2020.

En effet, afin de mettre fin à la mendicité « agressive » et permettre « plus de sécurité », l’arrêté pris jeudi 25 avril devrait rester en place jusqu’au 30 septembre, pour ensuite reprendre du 23 novembre au 31 décembre 2019, période du marché de Noël. Instauré en guise de test, sa reconduite est très probable en fonction des résultats.

Roland Ries, maire de Strasbourg

Pleinement assumé par le maire, ce type d’arrêté est le premier pris depuis sa prise de fonction en 2008. S’il porte essentiellement sur trois secteurs : les places du Marché-Neuf, du Temple-Neuf et la rue des Grandes-Arcades, la mendicité ne pourra être interdite que si elle porte atteinte de façon prolongée « à la libre circulation des personnes, à la salubrité publique et à la tranquillité publique ». En bref, ceux en faveur d’une telle mesure avancent la nécessité de préserver la paisibilité de certains lieux et des espaces publics, face à des comportements parfois jugés dangereux. Dans cet optique, l’arrêté oblige désormais à ce que les chiens soient tenus en laisse sous peine d’amende.

Néanmoins, une telle mesure n’est pas sans conséquences. Les réactions de la majorité et de plusieurs associations se confrontent depuis. D’un côté, plusieurs adjoints, dont Éric Schultz – en charge de l’état civil et la mission des temps – et Paul Meyer – adjoint au Tourisme –, pointent les risques et la réelle utilité d’un tel arrêté, de l’autre, certains riverains et l’association de commerçant strasbourgeois « Les Vitrines de Strasbourg » semblent être satisfait de cette décision. Si le risque d’une telle mesure est de créer une stigmatisation et donc d’éloigner les personnes sans abri de la ville, elle répond néanmoins aux dénonciations des riverains face à la présence de marginaux sous leurs fenêtres, notamment par le biais d’une page Facebook « Place du Marché neuf ». Concernant les commerçants, la présence de certains groupes de marginaux ou de certains individus aux agissements considérés comme dangereux, devant les devantures des boutiques, entraîne souvent un manque à gagner et remet en cause la sécurité des lieux.

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Publiée par Les Vitrines de Strasbourg sur Mardi 30 avril 2019

L’association d’aide au plus démunis « Strasbourg Action Solidarité » exprime quand à elle une profonde stupéfaction et attend certaines réponses des élus. De plus, Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste et vice-président de l’Eurométropole est clairement opposé à cette décision et souhaite même attaquer l’arrêté au tribunal administratif.

Le souhait d’attaquer cet arrêté en justice semble donc être une solution partagée par plusieurs associations et certains élus. À noter que dans une situation similaire, le maire de Besançon avait également pris un arrêté anti-mendicité en 2018, qui a par la suite été confirmé par la justice après qu’une requête ait été déposée par un militant associatif devant le tribunal administratif. Affaire à suivre pour le cas strasbourgeois, même si le maire souhaite déjà remettre de l’ordre dans les rangs du groupe majoritaire. En effet, il a expressément demandé à Philippe Bies, président du groupe, de mettre fin à la cacophonie présente depuis la signature de l’arrêté et aux menaces qu’il reçoit désormais.

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Publiée par Strasbourg Action Solidarité SAS sur Lundi 29 avril 2019

Finalement, la vraie question est de savoir quelle est la situation sur le long terme pour aider ses personnes souvent sans domicile fixe, aux faibles ressources. Il est logique de vouloir lutter contre cette mendicité agressive et celle des réseaux organisés, mais ne pas permettre à ceux qui vivent en grande partie de la générosité des habitants de continuer ainsi, est critiquable sur plusieurs points. Strasbourg est une ville touristique, c’est un atout, mais il serait dommage de l’utiliser contre ceux qui arpentent nos quartiers 365 jours par an. Inutile de faire une généralité, même si le problème ne peut se résoudre en un claquement de doigts.

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